Se vêtir pour pas trop cher au Canada

Se vêtir pour pas trop cher au Canada

Salut à toi ami (moyen) pauvre, immigrant bulgare en guenilles débarqué du Lutecia, pévétiste fauché. Maintenant que tu ne dors plus dans des cartons, que ton scorbut s’est résorbé grâce aux excellents conseils alimentaire de sa fenekissime plume tu vas pouvoir te vêtir comme un milord avec tes piastres durement gagnées .

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La parade nuptiale au Canada est une affaire de bon goût

Venez (si c’est l’été !) avec des chaussettes, des sous-vêtements, un maillot, des serviettes et une bonne paire de chaussures montantes, un jean et 3-4 tee-shirts. Et ce que vous avez sur le dos. Le climat local est tel que vous ne possédez pas en Europe la garde-robe (sans compter le volume bagage) nécessaire à l’amplitude thermique qui oscille entre moins 40 et plus 35 Celsius. Il vous faudra donc vous approvisionner sur place. Pas de panique, de nombreuses alternatives existent. Par une de ces bizarreries locales, les caleçons droits (pas boxer mouletonboule) sont relativement rares icittes (on en trouve à Wallmart), si j’avais su j’en aurais ramené plus.

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Nous rappelons aux Canada Goose-sluts que les Québ se foutent du fétichisme des français (ici un coureur de Ramparts dans le dénis de sa prostitution) pour cette marque hors de prix de petit bourge et ses pratiques de cruauté envers les pauvres coyotes et oies . Et bon appétit bien sûr. Si tu vois quelqu’un se balader en automne en Canada Goose, t’as de bonnes chances qu’il soit français. C’est un peu comme un signe de ralliement de gang ethnique. Sauf qu’au lieu de vendre de la drogue, ils font la gueule devant le Fitzroy et l’Avenue. Si tu veux vraiment porter de l’animal mort, achète-le d’occase, comme ça tu garderas le karma pur et empêchera la mort inutile d’une pauvre bestiole de nourrir les mites dans un grenier.

Si vous arrivez quand il fait encore un temps potable (cad au dessus de moins 5) ne commencez pas à vous emmitoufler dans votre parka. Vous allez devoir fortifier votre corps tel un héros de film de kung fu, et lui apprendre à encaisser ce petit vent froid dégelasse qui vous lapide la gueule passée janvier. Il n’est pas rare de croiser des filles en jupettes courtes et leurs chums en short sous un climat considéré comme grand froid par ces chochottes d’Européens de l’Ouest (parce que la Finlande c’est badass, j’aime la Finlande).

Où acheter?
Vaste question. Des promotions occasionnelles « nous payons les taxes » vous donneront le privilège insensé de payer ce qui est marqué sur l’étiquette (sans taxes donc).
LA grosse journée de solde systématique c’est le « Boxing day » (26 décembre) et un peu aussi le « black Friday/Vendredi Fou ». L’état canadien se garde totalement d’intervenir dans les soldes et les commerces sont libres d’organiser leurs ventes spéciales toute l’année. En général s’il y a un festival (rue bloquée et tréteaux sur la route) c’est Bingo. A noter que Johannie (notre experte, voir plus bas) ne partage pas mon analyse. Encore une chicanerie…

Les enseignes Winners et Mark’s proposent des « grandes marques » à prix bradés toute l’année pour ceux qui veulent se vanter de payer la même m… moins cher. A Montréal l’Aubainerie, à Toronto Honest Ed (terminé hélas) cassent les prix. Les toutes petites mains d’enfants chinois et mexicains fournissent aussi Walmart en vêtements neufs peu onéreux. Pas mal de vêtements chinois (qualité bof-bof) pas cher vers PIE IX (MTL)et Bloor West (GTA). Etant vous-même un pauvre, vous n’avez pas forcément le luxe d’avoir une éthique de consommation. A moins bien sûr que… (voir plus bas).
La fausse bonne affaire : les petites annonces sur Facebook de gens revenants au pays une main devant une main derrière (ça sera votre cas, mais j’espère que vous limiterez la casse en suivant mes conseils). Dieu que nos contemporains sont rats, c’est affligeant. La vraie bonne affaire, la section « dons » et échanges de Kijiji.ca et Craiglist.

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Même la Police de Montréal aime s’habiller cool (nan en fait c’est une marque de protestation syndicale de porter des futals non réglementaires)

Si comme moi vous adorez chiner vous allez kiffer les « thrifts stores » (en gros les Emmaüs) du Canada. Les gens donnent leurs vieux vêtement (entre autres) à ces enseignes dont les plus connues  sont le village des valeurs/Value Village , The Salvation army (l’armée du Salut) et Renaissance. Le ratio de vêtements homme/femme est d’environ 1/3 sans que je puisse établir si les femmes sont plus généreuses ou plus achalandées niveau garde-robe. Ces magasins font aussi office d’œuvre de réinsertion et l’étiquetage/ classement laisse à désirer (la partie sportswear est toujours unisexe). On y trouve des perles rares à des prix défiant toute concurrence avec des arrivages quotidiens. Pour vous faire une aprèm shopping bien BS (Rmiste en Québécois) rendez-vous sur le croisement Ontario-Est/Pie 9 (MTL) ou à celui de Bloor/Lansdowne (GTA) avec deux magasins et plein de bazars. Les affaires partent vite et si vous laissez un truc dans coin, il risque de n’être plus là à votre retour. J’ai personnellement trouvé des jeans de marque à 12 boules, des vêtements polaires à 30 et des vestes en cuir à 30. Perso, je vire les étiquettes de marques à coup de cutter et de patchs de Punk. NO LOGO 4 EVER. Les églises organisent aussi des ventes de charité hebdomadaires dans leurs sous-sols lors des jours de congé de Jésus (typiquement vendredi-samedi-dimanche).

Les Canadiens ont pour tradition de laisser leurs biens en trop dans la rue à destination des moins fortunés lors de déménagement ou de ménage de printemps. En général c’est rangé proprement dans des boîtes (en attendant la pluie). Il convient de faire TRES attention à ne pas ramener à la maison des petites bébêtes inamicales types puces de lit. C’est possible de « stériliser » des vêtements secs trouvés dans la rue au moyen d‘un traitement prophylactique impitoyable. Transportez-les dans un grand sac-poubelle ETANCHE noué serré. Dirigez-vous vers la laverie la plus proche. Transférez le contenu du sac directement dans le séchoir. Traitez le sac comme une couette de pestiféré (ne pas réutiliser au retour). Et faites-leur subir une heure de séchage (à sec) à puissance maximale (meurt, pourriture communiste suceuse de sang). Deux si vous êtes paranos. Si vous êtes psychotique, un mélange de cryogénisation (une nuit dehors par moins 20) et/ou de micro-onde pour les grands malades (40 secondes, vérifier si ya du métal, ne pas foutre le feu à la maison) semblent donner des bons résultats. Puis lavez-les normalement comme du linge sale. Les larves (ou pire, la gale !) ne survivront pas au traitement de choc. Les vêtements vendus dans les thriftstores sont traités et nécessitent juste un classique lavage à froid avant utilisation. Fuyez comme la peste les canapés et les matelas laissés dans la rue, particulièrement s’ils sont lacérés.

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Wep, c’est vraiment une fille, et même une jolie quand elle déconne pas avec le makeup

Johannie* est quebecoise et maquilleuse pro, elle nous livre ses conseils, pour vous les filles:

Pour les basics (chaussettes, sandales, accessoires pour les cheveux, quelques fois des bijoux cool, costumes ou t-shirt): Ardene. Pas de la grosse qualité, mais on peut acheter en gros pour pas cher. Certains trucs font ados, mais on peut y trouver des trésors. Environ 20$ pour des chaussettes, mais tu en as 15 paires. Pour les amoureuses du vintage: L’armée du salut ou Renaissance (celui sur Masson à les meilleurs trucs, souvent des marques). Environ 5$ le haut et 7$ le bas. Astuce: Attendre les soldes géniales. Évitez le Boxing Day (prix moyens, trop de gens, clientes agressives). Préférez la fin de janvier, la mi-mars, la mi-juin, juillet, la fin août, mi-octobre (après l’Action de Grâce), la mi-novembre (au Black Friday, pour l’achat en ligne). Certaines rues deviennent de charmants marchés à ciel ouvert. St:Hubert: parfait pour les amoureuses de la mode ou pour la demoiselle d’honneur qui cherche sa robe. Il y a également des boutiques de lingerie et des Sex Shop (lors des braderies, les soutifs sont très abordables et la qualité est acceptable). Mont-Royal: Rue centrale du Plateau et noyau principal de l’invasion française, elle comporte peu de boutique12513894_10153700280851888_1982899840623142667_o de vêtements. Cependant, c’est un coffre à accessoires. Plusieurs bonnes adresses proposent des chaussures allant de l’escarpin à la botte de combat, bijoux de hippies pour danser au son des tam-tams sur la montagne, ceintures et lunettes de festival. Il faut absolument arrêter au Blue Boy pour déguster un fabuleux sorbet fait maison, dans une ambiance des années ’50 (*Me contacter si vous souhaitez faire appel à elle, elle habite désormais Toronto.)

I’m too sexy for my short

5798cbcfc70b9Les filles voilà la bonne nouvelle. Ici c’est pas l’Europe, et tu peux t’habiller sexy moulant, ou même en jupe sans attirer la meute de schlagues usuels. Enfin si, mais ils seront moins relous. Et n’ai surtout pas peur d’être de mauvais goût, t’as pas le level du Canada.

Pour les hommes si tu veux t’intégrer, je te conseille le MUST du mâle québécois urbain moderne: la chemise-barbe.D’ailleurs pas qu’en boîte ou au bistrot, au travail ca marche aussi.

Inversement, si tu pousses du plomb en écoutant du Jay-Z essaie la douchebag attitude qui fait fureur chez la jeunesse dorée du boulmich’ Saint-Laurent. Pour etre un douchebag il te faudra un débardeur, un bukkaké à l’autobronzant, un jean, et une casquette bien vilaine.Ensuite c’est dans les manières, essaie de te comporter comme si t’étais un gros thug sexiste qui écoute du rap de merde. Si tu es un bon Red Pill Player qui sèmes des MST à tout vent, tu finira peut être même par atteindre la consécration du douchebag: ta propre fiche dans thedirty. C’est maman qui va être fière.

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Contrairement aux apparences, ces douchebag sont  officiellement heterosexuels

(NDF: Ça fait un moment que je veux te parler de thedirty, cette abjection digitale qui te fera vomir. C’est comme regarder confession intime ce truc. Avec des kassos Tinder qui s’accusent mutuellement de se filer des DRD. Si tu soupçonnes les anglos d’être légèrement faux culs, tu pourras rire un bon coup. Et vérifier au passage si ce beau gosse n’est pas le père de 14 enfants de 8 femmes, et cette blonde siliconée, un mec.)

T’es encore là toi? Allez, voilà du porno vestimentaire d’Arabie Saoudite

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Election day, marble style 1

Demain, le Canada change de Premier ministre et je serais au cœur de l’action. Pas attablé au Fouquet’s à sucer un Partagas. Pas dans la rue à fredonner « au revoir président ». Ni même en garde à vue, après un autodafé automobile à la cité.

Nan, en coulisse, à l’usine. Au turbin, à compter les petits bouts de papier d’un processus démocratique auquel je ne participerai pas en tant que citoyen.

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Il y a de cela deux semaines, ma seule amie en cette terre anglophone d’ultra-capitalisme m’avait proposé de donner un coup de main. Ce qui, vu mon isolement social, prouve que ce n’est pas une amie imaginaire. Sa chef, une grisonnante quinqua aux airs de prof de math revêche avait tout de suite trouvé les mots pour me vendre le poste :

« Même une amibe y arrivera ».

Le temps de signer 2-3 papiers, de filer mon RIB et l’amibe était sur le pont à remplir des classeurs, des centaines de classeurs de documents.

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Les kits électoraux sont entreposés dans un gymnase d’ancien lycée privé catholique. Ici, on a la laïcité relative. Des linéaires de présentoirs, des cartons. Et moi, m’activant sous le « Walking in the light of Christ » d’un genre de douanier rousseau en culotte courte. Les horloges et les speakers sont grillagés pour éviter le vandalisme au ballon de basket.

Au Canada on peut voter avec presque n’importe quoi : carte de maison de retraite, de crédit, permis, quittance de loyer, carte de chasse. Plus de 40 documents. Mais si vous n’avez pas ces documents, jurez –crachez (sans croiser les doigts, sinon ça ne compte pas) et hop voilà.  Avec une burqa sur la tête, un masque de Dark Vador ou un sac de pommes de terre. Ouaip, c’est constitutionnel et les québécois ont décidé de s’en moquer . Je présume que deux nains empilés dans une grande veste peuvent aussi compter.

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Canadian Citizen, CIRCA 2015

Ce qui apparemment ne pose aucun problème aux candidats, sauf au pire de tous. Faut pas stigmatiser Dark Vador. Ce n’est pas pasqu’il a vaporisé Alderaan et envoyé des petites filles se faire exploser sur des marchés de Kano qu’il n’a pas sa place au Canada comme les autres.

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Comme l’homme à la tete de cheval, ou Monsieur Pomme de terre

Du coup, c’est compliqué pour les agents électoraux de savoir quels documents marchent. Alors j’invente des histoires aux flash-cards. Les faux documents d’identification présentent des faux citoyens aux profils aussi cosmopolites et multiethniques que la population du pays de la feuille d’érable. Les photos d’acteurs ressemblent toutes vaguement à des gens connus. Ici une Gloria Jone entre deux âges, plus loin un Takeshi-Kitano sans œil fatigué. Et si c’était Kitano en fait, en vacances au Canada, qui avait accepté un petit cachet ?

J’y pense en marchant une heure chaque jour pour aller au boulot. J’ai maigri, mon bedon Kronenbourg a diminué. Les pommettes empruntées à ma mère, qui avaient disparues avec l’arrêt du tabac recommencent à tendre mes joues. J’ai retrouvé, un temps, un peu de cette maigreur de prédateur émacié, fébrile. Un regard de loup avec un strabisme. Et les bobo tatouées de Kensington Market me jettent des regards en coin de biche apeurées.

4e jour. 6 heures à coller des stickers, prendre 3 feuilles, les mettre dans un dossier, plier le dosser. Puis, coller des stickers, plier le dossier, prendre 3 feuilles, Puis plier le dossier, prendre 3 feuilles, mettre le sticker.

En empilant des listes de dossiers des 6 partis, je fais des blagues connes de français.

  • Regardez, j’ai 6 conservateurs, on va pouvoir se faire des bocaux de Balladur en saumure pour l’hiver.
  • 4 cocos ? Hop une fédé ! Encore un et c’est la scission.
  • 3 écolos dans le désordre, mais on peut jouer Placé aussi.
  • Vous pensez que si je mets un démocrate dans le paquet de libéraux ils vont le privatiser ?

En théorie, on est pas censé causer politique dans cette ville libérale et gauchiste avec une liste communiste (une rareté en Amérique du Nord). Mais personne ne loupe une occasion de casser de la fracture hydraulique sur le dos d’un candidat, que la neutralité éminente de ce blog m’interdit de nommer ici. Mais pas là.

Après avoir voté sans papiers et en Burqa, le bulletin de Dark Vador servira à élire un MP, un genre de sénateur français en moins bien payé et en moins grabataire. Puis, après consultation du chapeau magique de Poudlard de la Reine d’Angleterre, ces messieurs/dames choisiront le nouveau VRP des Chinois et bizut’ des Américains.

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Bien sûr, l’équipe sortante couvre déjà ses arrières en votant en catastrophe toutes sortes de motions « prends l’oseille et tire-toi ». Des mesurettes aussi inconséquentes que la servitude éternelle de l’armée canadienne envers les USA, ou la signature du pacte fondamentaliste libéral de libre-échange transpacifique. Pacte dont on découvrira le contenu (ou pas) avec le temps, vu que même les politiciens qui l’ont voté ne le connaissant pas. Ce qui ne les empêchent pas d’avoir un avis vu que si c’est du libre-échange c’est toujours bon pour certains. Meme si au final le libre échange est relatif puisque les consortium et cartels se voient renforcés. Les européens apprécieront la saillie drolatique.

Ces derniers jours, la torpeur des débuts a laissé place aux cernes, aux doubles doses de café et aux comportements bizarres.   On se croirait dans les épisodes spéciaux pleines lunes d’Urgence, ou ceux où le docteur Housse tripe sous kétamine.

Les gens qui travaillent 90 heures dans la semaine peuvent devenir …fantasques. Mon superviseur par exemple, un Canadien qui ressemble à la version coréenne de Michel Blanc. Je le suppose de dormir dans un coin, et de rentrer chez lui se doucher une heure.

Les milliers de stickers sur des dossiers, les piles de kits électoraux, les cartons jusqu’au plafond et les coupures digitales vicieuses à force de compter des pages et des pages de liasses de documents touchent à leur fin.

Demain, c’est le D-day, le jour des élections

[à suivre…]

Le gagnant du loto, le paraplégique, le moine bouddhiste et l’homme des cavernes : le pouvoir des émotions positives sur l’homme contemporain

 

Les hommes heureux ne consultent pas et leur étude ne soigne rien. Voilà pourquoi il aura fallu près d’un siècle pour que la psychologie s’intéresse à ce qui va bien : le bonheur plutôt que la dépression, le bien-être plutôt que la folie. Une toute nouvelle discipline fondée en 1998 -la psychologie positive- se penche sur les vertus sociales, médicales et intellectuelles des émotions. Présentation d’une de ses théories : diversifier et construire.

Et si les pensées négatives (peur, colère) n’étaient au final qu’une manière extrêmement limitée, et restreinte, de voir le monde ? C’est là l’essence de la théorie « diversifier et construire » de la chercheuse américaine en psychologie sociale Barbara Fredrickson. L’enseignante de l’université de Caroline du Nord à Chapel Hill a fait de l’étude des émotions positives (satisfaction, joie) sa spécialité.

Les émotions positives, élément essentiel du bien-être

Les etudes tendent à le démontrer. Les gens qui voient la vie en rose vivent plus  longtemps[1] et meurent moins du SIDA si ils sont séropositifs[2]. Ils vieillissent mieux[3], sont plus satisfaits de leur mariage[4], se font plus facilement des amis[5] et ont des meilleurs revenus[6]. Même le positif se distille à dose homéopathique : la simple lecture de passages de cet article diminuera votre tension sanguine en suscitant des images agréables inconscientes. Et, une méta-analyse affirme la causalité, prouvant que les émotions positives sont la cause de tous cela, et non sa conséquence[7]. Reste donc à déterminer l’origine du formidable potentiel de la positivité. Et pour cela il va falloir évoquer leur opposé naturel, les émotions négatives :  votre tension sanguine va augmenter.

Peur, colère : des réflexes de survie ?

Les émotions négatives sont les descendantes lointaines de réactions à des stimuli mettant directement notre existence en danger. Celles-ci-déclenchent un processus commun à l’homme et à la plupart des animaux : la « réponse combat-fuite », décrite par le physiologiste Walter Bradford Cannon. Le sujet confronté à un prédateur profitera d’une cascade de phénomènes physiologiques : augmentation du rythme cardiaque, de la pression artérielle,  amélioration de la coagulation sanguine en cas de blessure, amélioration des réflexes. En quelques dixièmes de seconde le voilà naturellement dopé, et prêt à fuir ou à défendre chèrement sa peau et sa progéniture. Bien sûr l’humain est nettement moins exposé aux attaques de loups et ours qu’auparavant. Ce phénomène perdure de nos jours sous la forme du stress, dont l’origine n’est souvent plus physique, mais psychologique. On a longtemps considéré le stress comme purement néfaste. On sait aujourd’hui qu’il a des effets parfois positifs si il est occasionnel (amélioration de la combativité et des performances) mais qu’il est très néfaste sur la durée (incidence de maladies mentales, d’accidents vasculaire, effets négatif sur l’agressivité, le système immunitaire et la consommation de stupéfiants et d’alcool).

Les émotions négatives inhibent la pensée,

Le stress est donc un véritable « turbo biologique ». Mais ce formidable effort de l’organisme a un effet négatif proche de la potion du Docteur Jekill : il bloque les fonctions cognitives de l’esprit. En effet, cet état limite volontairement notre capacité à faire des choix rationnels. Réfléchir à une voie alternative est un luxe que ne donne pas l’ours ou le loup. Un phénomène qui explique les réactions de panique inconsidérées, ou les bagarres qui mènent à la prison. Seule la survie immédiate compte dans la réponse combat-fuite. Les émotions négatives descendent de cet impératif évolutif de survie. Et elles limitent notre vision du monde aux précieuses secondes d’avance sur la mort tapie dans les hautes herbes ou le regard d’un ennemi. Voilà qui représente un inconvénient fâcheux, hors de la savane de l’aube de l’humanité.

Diversifier et construire par les émotions positives

A l’opposé de ce mécanisme inhibiteur, les émotions positives semblent être liées au jeu chez les humains et mammifères évolués. De la même manière qu’un chaton apprend à chasser en jouant, les humains tireraient pour Barbara Fredrickson des précieuses leçons des comportements nouveaux, audacieux et exploratoires issus d’émotions positives. A terme ces comportements permettraient l’acquisition à vie de compétences précieuses : L’individu très actif enfant gardera par exemple une hygiène de vie et un gout pour le sport aux effets bénéfiques sur sa santé d’adulte.

Dans sa théorie « diversifier et construire » (broaden and built) Barbara Fredrickson considère ainsi que les émotions positives font sortir l’humain du domaine de la survie immédiate pour lui permettre d’améliorer ses conditions de vie globales. Une amélioration qui donne envie de faire preuve de plus de positivité et d’ouverture. Et voilà notre sujet heureux qui sourit aux passants et s’en fait parfois des amis. Au travail, sa disponibilité et sa gentillesse font le bonheur de ses collaborateurs qui travaillent mieux. Plus tard, on le remarque. Le voilà augmenté. Les pensées positives se font cercle vertueux, un phénomène d’amélioration qui pousse ceux qui les pratiquent vers le haut. Tout en faisant du surplace d’un point de vue émotionnel.

Car, c’est là qu’entre un autre concept en ligne de compte : le tapis roulant hédonique.

L’adaptation hédonique : la stabilité émotionnelle dans le mouvement

Peu de chose rendent dans l’inconscient collectif plus heureux et malheureux que de respectivement gagner au loto ou devenir paraplégique. En 1978, une étude[8] s’est intéressée aux destins de  gagnants du loto et personnes devenues paraplégiques suite à un accident. Surprise, à plus ou moins long terme (1 à 18 mois) la joie de gagner au loto s’est estompée et les lauréats retombent à leur niveau de satisfaction initial. Même constat chez les paraplégiques qui après deux mois de désespoir retrouvaient un niveau de satisfaction d’avant leur accident. Conclusion : le bonheur est relatif et temporaire. Et pourtant, nous le cherchons quand même, comme un toxicomane recherche sa dose.

Cette quête permanente d’émotions positives fugaces c’est l’adaptation (ou tapis roulant) hédonique (hedonic treadmill). Comme le coureur sur le tapis roulant d‘une salle de sport, le niveau d’émotion positive est globalement stable chez l’humain. Il fait littéralement du surplace, même si il est propulsé en avant par sa recherche de plaisir, de pouvoir, de satisfaction. Comment bénéficier davantage des bienfaits des émotions positives ? Changer la vitesse du tapis (le niveau global d’émotion positive) est lié à un processus radical : découverte d’une religion, d’une relation amoureuse profonde ou autre changement radical de vie (déménagement, changement de carrière, nouvelle passion).

Heureusement, il n’est pas besoin de vivre sous les tropiques, de rencontrer le grand amour ou dieu et de se mettre à la philatélie pour cultiver les émotions positives à un niveau supérieur.

La méditation, source d’émotion positive ?

Longtemps considérée comme une sorte de « prière orientale », la méditation est aujourd’hui vue comme un exercice intellectuel, affectif, musculaire et respiratoire aux nombreux effets bénéfiques. Dans une étude[9], Barbara Fredrickson a fait pratiquer la variante laïque de la méditation Bouddhiste de la pleine conscience à 202 employés d’une entreprise TI de Detroit au Michigan. Résultat : une baisse sensible des états dépressifs, un sommeil amélioré et un niveau d’émotions positives (de bien-être) accru en quelques semaines.

Depuis, d’autres formes de méditation (comme la méditation Mettā) ont prouvé leur efficacité sur l’activité du nerf vagal[10] (un marqueur physique du stress), la réduction des migraines[11], douleurs chroniques[12], syndromes de stress post-traumatique [13] et effets négatifs de la schizophrénie[14]. D’autres vertus ? La méditation rendrait plus tolérant[15], plus sociable[16], plus ouvert aux émotions des autres[17] et  aux siennes[18]. Encore ? La méditation augmenterait la civilité[19] et diminuerait la longueur des télomères[20] chez les femmes ainsi que le volume de matière grise[21]. N’en jetez plus. D’autant plus que les effets sont durables, même à petite dose.

Perspectives

Les émotions positives et le bonheur sont des concepts subjectifs, fluctuants et fugaces dont l’étude est encore trop récente pour en tirer la recette-miracle d’une vie meilleure. Pourtant, dés aujourd’hui, on peut affirmer que l’origine des émotions positives est sans doute  à la fois innée et acquise.

Pas de quoi déprimer cependant pour les retardataires sur la route du bonheur : la méditation et une attitude ouverte et curieuse offrent un moyen d’attendre aussi surement le mieux-être, qu’un ticket gagnant de loto.

Et surtout, un moyen plus durable

[1] Danner DD, Snowdon DA, Friesen WV. Positive emotions in early life and longevity: Findings from the nun study. Journal of Personality and Social Psychology. 2001;80:804–813

[2] Moskowitz JT. Positive affect predicts lower risk of AIDS mortality. Psychosomatic Medicine.2003;65:620–626

[3] Ostir GV, Markides KS, Black SA, Goodwin JS. Emotional well-being predicts subsequent functional independence and survival. Journal of the American Geriatrics Society. 2000;48:473–478.

[4] Harker L, Keltner D. Expressions of positive emotion in women’s college yearbook pictures and their relationship to personality and life outcomes across adulthood. Journal of Personality and Social Psychology. 2001;80:112–124

[5] Waugh CE, Fredrickson BL. Nice to know you: Positive emotions, self-other overlap, and complex understanding in the formation of new relationships. Journal of Positive Psychology.2006;1:93–106

[6] Diener E, Nickerson C, Lucas R, Sandvik E. Dispositional affect and job outcomes. Social Indicators Research. 2002;59:229–259.

[7] Ostir GV, Markides KS, Black SA, Goodwin JS. Emotional well-being predicts subsequent functional independence and survival. Journal of the American Geriatrics Society. 2000;48:473–478.

[8] Lottery winners and accident victims: is happiness relative? Brickman P, Coates D, Janoff-Bulman R.

[9] http://www.unc.edu/peplab/publications/Fredrickson%20et%20al%202008.pdf

[10] http://www.unc.edu/peplab/publications/Kok%20et%20al%20PsychScience%202013.pdf

[11] Meditation-based treatment yielding immediate relief for meditation-naïve migraineurs.

Tonelli ME1, Wachholtz AB2.

[12] Loving-kindness meditation for chronic low back pain: results from a pilot trial.

Carson JW1, Keefe FJ, Lynch TR, Carson KM, Goli V, Fras AM, Thorp SR.

[13] Loving-kindness meditation for posttraumatic stress disorder: a pilot study.

Kearney DJ1, Malte CA, McManus C, Martinez ME, Felleman B, Simpson TL.

[14] A pilot study of loving-kindness meditation for the negative symptoms of schizophrenia

David P. Johnsona, , , David L. Penna, 1, , Barbara L. Fredricksona, Ann M. Kringb, Piper S. Meyera, Lahnna I. Catalinoa, Mary Brantleyc

[15] The nondiscriminating heart: lovingkindness meditation training decreases implicit intergroup bias.

Kang Y1, Gray JR2, Dovidio JF1.

[16] How Positive Emotions Build Physical Health: Perceived Positive Social Connections Account for the Upward Spiral Between Positive Emotions and Vagal Tone

Psychological Science July 2013 24: 1123-1132, first published on May 6, 2013

[17] Functional neural plasticity and associated changes in positive affect after compassion training.

Klimecki OM1, Leiberg S, Lamm C, Singer T.

[18] A Wait-List Randomized Controlled Trial of Loving-Kindness Meditation Programme for Self-Criticism.

Shahar B1, Szsepsenwol O, Zilcha-Mano S, Haim N, Zamir O, Levi-Yeshuvi S, Levit-Binnun N.

[19] http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0017798

[20] Loving-Kindness Meditation practice associated with longer telomeres in women.

Hoge EA1, Chen MM, Orr E, Metcalf CA, Fischer LE, Pollack MH, De Vivo I, Simon NM.

[21] Regulation of the neural circuitry of emotion by compassion meditation: effects of meditative expertise.

Lutz A1, Brefczynski-Lewis J, Johnstone T, Davidson RJ.

Saturday first of may night fever

Jo, la diaphane barmaid anglaise blonde du hump coupe un ananas pour la sangria. Elle a les même fines cernes plissées sous les paupières que Jo la Corse brune de Paris. Son homme, Brian, un irlandais à bouclette porte le sound system dans le bar qui surplombe la cours carrée. Les regarde faire en sirotant des bières à la nuit tombée. La lune se lève. Pleine lune. Bien sur.

Arrive Lin. Deux jours trop tard. Explications confuses. Trop tard ma belle. L’ignore. Me no more horny. Vexée, elle se sert une bière et drague Eric, un suédois chauffeur de poids lourd. Diner communal dans la cours. Concert de rock. Des Chinois regardent devant une table couverte de bières. Dans la rue, un feu de joie entouré de gens bariolés. Techno. Biere. Baijiu. Makha danse un genre de  tektonik. X, un arménien de passage a l’air trop rougeaud. Les yeux trop brillants. 45 images par secondes. Il a l’air de mâcher un chewing gum qui serait composé de ses dents. Je demande : Extasy ? Crystal, me répond-il. Il sort un sachet de sa poche pour me montrer.

Le crystal meth, ou metamphetamine, ice, crystal etc. Attendu d’un moment à l’autre en Europe. Est au crack ce que l’alcool à 90 est au cidre. Sale drogue. Indiscernable du bon vieux MDMA, alias Extasy. 48 heures d’effets en moyenne. Se fume, se shoote, se sniffe, s’ingère. Hyperactivité. Paranoïa. Délire de persécution. Agressivité. Ultraddictif. Facile à produire avec une passoire, un filtre à café, deux boites d’allumettes et un flacon de médicaments contre la toux. Littéralement. Devenu un problème de sécurité majeur dans le sud de la Chine. Ignorantes des risques à cause de la politique  de l’autruche en vigueur des jeunes femmes en prennent pour maigrir. Radical pour ressembler à un déporté. Deviennent accro. Se prostituent. Vieillissent de 10 ans par année d’usage. Gencives qui saignent, immunodéprimées, sida, hépatites. Réponse pénale chinoise: Balle dans la tête pour les trafiquants. Facture à la famille. Attaché à un lit jusqu’à ce que désintoxication s’en suive pour les accros. Do not try this at homeDo not try this in  China. Do not try this at all.

A ce moment là, 3 flics font irruptions dans le bar pour parler à Brian. X range sa came. Trop de bruits. Sont chauds pour verbaliser. Discutent avec Brian. Rangent le calepin.

Des chinois dansent sur de la grosse techno germanique. On dirait qu’ils pogotent.

X est confiant. M’explique qu’il dormira avant le lever du soleil en se massant la nuque les yeux grand ouverts. Je ricane. Bonne chance mec.

Allons à un autre bar. Bad monkey. Billard. Fresques, peinture fluo aux murs. Barre de strip-tease. Chinoise vulgaire qui s’y frotte. Jolie cul. Un américain bourré essaye de jouer starway to heaven. Pas terrible. Pub pour de la Stella –les anglais appellent cette bière wifebeater– mais yen a plus.

Retour au hump. Les flics repassent. Enervés. Baissez le son. Comme un air de déjà vu. Me retrouve à faire le gué devant le bar avec les autres autours du feu. X n’a plus l’air de s’amuser du tout. On dirait Lookoom à 10 heures du mat’. Tousse. Commence à s’étrangler. Gerbe une mauvaise bile. Continue de s’étrangler. Devient rouge. Cours lui chercher de l’eau. Le mec devient un peu moins rouge. Il trépigne.

Lin roule des pelles au Suedois. D’abord avec réticence. Puis avec entrain. Me regarde fixement. Me no more horny  girl. Cible une jolie canadienne d’origine indienne à la crinière flamboyante. Avocate, grande gueule. Mon genre. Râteau. J’en ai marre. Drague une hippy australienne bariolée. Lui roule des pelles et la pelote. M’explique que ce n’est pas possible de… avant une semaine. Beurk. Veux pas trop savoir pourquoi. Fatigué.

J’aime pas ces moments ou j’ai l’impression que tout le monde va baiser cette nuit sauf moi.

Makha danse un genre de danse de la pluie en hurlant une chanson des doors. X aussi.

Un Chinois arrive. Chaud. Crane rasé et tatoo. Demande de couper la musique. Le style gangster asiat’ dans un mauvais film américain.  Anglais parfait. X essaye de jouer les médiateurs. Le type l’envois chier comme une merde. X lui colle une beigne. Sur des bonnes bases, les négociations reprennent. Les deux hommes vont dans un coin s’expliquer. Petit à petit. Le ton baisse. Ils finiront au bar à s’envoyer des bières en rigolant. Comme deux amis de toujours.

Vais me coucher. Prend soin de boire un litre d’eau tiède pour prévenir la gueule de bois.

Le lendemain. Midi. Types qui émergent. Mal de crane communautaire. Ralentit. X est debout, droit au milieu de la cours. Rouge pivoine. Yeux grands ouverts. On dirait un fou. Pas dormis. Premières sorties du coma. Inventaire. Untel a trouvé un poivrot dans son lit. Le lavabo du dortoir de bidule est bouché par la gerbe. Et un troisième n’a pas dormis à cause de la baise tonitruante d’un couple dans sa piaule. Complainte, chœurs, refrains. Vais me promener.

Marche jusqu’à une pagode décatie. Bookine à l’ombre fraiche. Repart sans trop savoir ou je vais dans le village paysan. Odeurs de charogne. Nuées de mouches. Vieilles sur les perrons. Terrains vagues. Route défoncée. Bifurque. Trouve un petit champ de cannabis sauvage sous les vergers. Continue. Arrive au bord d’une riviére asséchée sous le soleil rutilant. Tombe sur un énorme bâtiment aux murs crénelés. Une prison ? Continue ma route. Derrière les murs, des pagodes. Une prison pour bouddhistes ? Plus loin une carriole et des touristes. Un site touristique ?

Me faufile. Entrée. Que des chinois ! Entrée chère, 5 euros pour accéder à la télevision city du conseil municipal de Dali. Demande à un touriste de Canton si c’est bien, il me répond que oui. Je prends un ticket et là… C’est le drame. Comment dire. Un genre de OK Coral asiatisant pour le coté bidon, avec un petit peu de parc Astérix pour l’entretient –c’est dégelasse-. L’endroit sert à tourner des téléfilms avec des rues japonaises, des rues laotiennes, des rues chinoises des dynasties diverses et des bâtiments bien kitchs. Ya aussi des trucs indéfinissables comme cette épée géante en plastique, la fontaine enchantée totalement fake, un mur gonflable d’escalade Pékin 2008 pour les minots. Certaines parties étaient fermées. Dommage. Je rêvais de voir le village traditionnel de la minorité –fictive- Kirikulu. Des Chinois en pagne avec un os dans le nez peut-être ?  On peut aussi se faire shooter déguisé en Japonais/Mandarin/Empereur. Avec les Nikes, c’est mieux. Ou alors faire une super vidéo déguisé en Bai sur un tapis volant survolant divers sites touristiques chinois. Pour vous faire une idée du professionnalisme du résultat, regardez sur Youtube le clip de David Hasseloff « Hooked on a feeling ». C’est dans le même ordre d’idée. Atroce !

Rentre, pionce 12 heures. Le lendemain nous partons pour le marché « pittoresque » de Shapin avec Sharon, une Israélienne rencontré au Hump. Bof. Un genre de terrain vague avec des broyeuses à piments, des étals de boucher qui font peur, des poissons encore vivants du lac. Mangeons dans une gargote tout en négociant ferme –une bonne demie heure quand même- pour acheter de l’artisanat local à une vieille qui arrête pas au passage d’essayer de me refourguer de l’herbe et du hash. Retour. Tombons sur Lin et Eric le Viking. Qui ne se quittent plus depuis leur nuit torride au milieu du dortoir qui a empêché de dormir tout le monde. Nous proposent d’aller voir la pêche au Cormoran sur le lac Errhai.

Les Cormorans en fait c’est des genres de canards noirs. Pas hostiles pour un sous. Font des drôles de bruits assez pathétiques. Ficelle autours du cou pour pas gober les poissons. Le lac Errhai est en train de mourir. La pèche est limitée à 2 mois par ans. Et uniquement au Cormoran, pour les touristes. Parfois la préfecture interdit de manger les poissons dans le coin. Mercure, plomb, produits chimiques. La traduction que j’ai fait pour le chef de mon département sur la pollution des marécages du Jiangsu était flippante. Taux incroyables de saloperies diverses. A coté de Dali il y a une fontaine aux papillons ou ils venaient se reproduire. Plus de papillons, la pollution les as tués il y a 3 ans. Le phénomène est mondial. Je me rappelle étant gosse les nuages de papillons en été à Mouchin dans le nord. Maintenant quand j’en vois un, je fais un vœu tellement c’est rare.

Le pécheur me propose de poser avec des cormorans pour la photo. Un sur chaque bras. Le contact des palmes n’est pas désagréable. Un peu comme les mygales en plastique mous des magasins de farces et attrapes. 5 kilos sur chaque poignet, les bras en croix, on fatigue vite. Oui, j’ai les photos. Satisfait de la pèche –deux énormes poissons que les cormorans lâchent à contrecœur- le pécheur fourre une ablette dans le gosier de chacun d’eux.

Un tour à la fête foraine en bordure de Dali. La mystérieuse femme-serpent dans sa tente. Approchez, approchez : 3 koueis seulement. Une mère de famille lao danse paresseusement en short avec un serpent aussi usé qu’elle. Jeux de tir avec des AK47 jaune poussins. Manèges rouillés qui grincent. Brochettes douteuse.

Vais poster un colis pour mes parents et ma tante, et aussi pour me débarrasser d’un encombrant classeur de DVD pirates : J’essaye d’alléger mon sac. Explication confuse dans le patois local. Interdiction d’envoyer plus de 10 dvd. Et un des objets du colis -un bibelot- est susceptible d’être considéré comme une antiquité par les douanes. Quand même réussit à envoyer 3 dvd de photos puisque facebook bloque toujours autant.

Dans la rue, hasard incroyable, je tombe sur Cornelius. Un allemand couch-surfer qui m’avait hébergé à Canton il y a maintenant un mois ! Et de se percher dans les montagnes pour une rando à 3000 mètres d’altitude. Essoufflement, palpitation : Rien n’a changé depuis mon voyage il y a un an à Shangrilla avec Alex et Corinna.

Perché sur un genre de nid d’aigle pour Hermite, le regard embrasse la vallée.

Sans trop s’attarder sur la chute possible, vu l’abime : Un peu comme l’Europe.