Fait frète!

Fait frète!

Ah mais non mais non, mais c’est l’hiver, jme souviens plus d’quoi c’avait l’air.[1]

On me demande parfois si il fait froid à Montréal. Je répond que non, c’est un lieu de villégiature hivernale exceptionnel. Comme ceux où l’URSS envoyait ses citoyens exemplaires pratiquer la cryothérapie.

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La mort au coin d’une rue, un peu comme dans le 9-3.

Il fait -36 degrés aujourd’hui. Enfin pas vraiment. Juste moins 22, mais vous aurez froid comme si il faisait -36. Celsius hein, pas l’échelle bancale de Fahrenheit.

La raison est simple et elle porte un nom de suppositoire anti-rhum.

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L’humidex, c’est l’indice qui vous permet de calculer les infinies variations dans la symphonie de souffrance en ouil majeur que va vous infliger cette saison qui cesse définitivement d’être drôle après la derniere galette des rois. L’humidex vous fera insulter le vent, vous demander si votre pénis va congeler quand vous urinez sur un arbre en rando, et globalement vous faire développer un syndrome de Stockholm singulier au terme duquel vous deviendrez fou, ou Canadiens..

Je sais ce que vous allez me dire : L’hiver c’est fun, on se torche au grog en écoutant Richard Cheese au coin de la cheminée. En se demandant ce qu’il y a sous le sapin et en discutant avec Tata Ingrid. Enfin, peut-être pas vous, mais moi oui.

Sauf que ça, c’est Noel en Europe, c’est-à-dire les 4 ou 5 jours d’hiver qu’on attend avec impatience. Le temps de dessoûler et de se débarrasser discrètement de la cravate de tata Ortense (on appelle ça Janvier) et nous voilà en Février, le mois des suicides. Le mois des examens où on ne va pas pasque on est à peine capable de sortir du lit pour aller aux toilettes.

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Scène d’une rare violence, des jeunes défavorisés sans chauffage à la maison ni NetfLix, obligés de jouer dehors par moins 45

Le mois où on colle une claque aux enfants quand ils demandent à sortir faire un bonhomme de neige (ça t’apprendra à faire le malin ). L’hiver: on s’ennuie tellement qu’on copule sans contraceptif juste pour le grand frisson de faire une petite scorpion ou un petit vierge de plus (les deux signes les plus répandus statistiquement, faut bien se réchauffer).

Si un jour je suis président des saisons, j’interdirais les févriers et les mars pour offrir une double ration de mai-juin.

Aujourd’hui donc il fait moins 32. Je m’équipe comme si j’allais gravir le K2. L’important c’est de colmater tout ce qui est en contact avec cette saison pourrie : visage, mains, pieds (par le sol). Ma veste est la plus chaude du monde ( et je l’ai acheté 20 dollars au lieu de 1500 au Emmaus du coin) alors je pourrais être torse nu dessous et ne rien sentir. Par contre mon visage, sans ressembler à un nationaliste corse c’est moins facile. Et puis c’est illégal de ressembler à un nationaliste Corse. Aucun respect pour le folklore de nos jours.

La neige, fascinant ça la neige. Ya plein de types de neiges ici. Des mots intraduisibles en français pour la décrire autrement que par « putain de merde je souffre ».

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Le gros flocon qui se pose dans ton œil alors que t’es mal réveillé, le petit sournois qui fond et gèle en un quart de seconde juste derrière ton oreille, la goutte pas vraiment solide qui te crachote à la face comme un chat en colère. L’hiver est une école de souffrance, sortir dehors c’est comme si quelqu’un vous pinçait les fesses fort, partout.

Une fois par terre, la neige cesse d’être un cliché rigolo de carte postale pour devenir un danger publique qui risque de t’envoyer aux urgences, le tibia à l’air libre. Si au début on s’en félicite (ca diminue les dividendes des fonds de pension que nos salaires peinent à rassasier, nous les négres modernes du capitalisme  des baby-boomers) on réalise qu’on est pas à l’abris. Et qu’on risque d’atterrir en hurlant 8 heures dans un hôpital avant d’avoir une sucette et une injection de morphine.

Car ne l’oubliez pas: ici c’est le Canada. Si ça ne l’est pas pour vous et qu’il fait froid c’est que vous êtes en Finlande, ou en Sibérie, pays où on apprend à hurler à cause du froid de manière vocale.

Tout ça pour dire que le Canada c’est le meilleur système de santé d’Amérique du Nord. Apres celui de Cuba (authentique).

La neige n’est pas ce que vous croyez. La neige est dangereuse et sournoise, elle se cache dans vos souvenir d’enfance pour vous molester, un peu comme pédobear.

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Il y a :

  • La neige de base qui fait cronch cronch quand tu marches dessus. Celle-là je l’aime bien car elle est peu malfaisante.
  • La neige gelée dessus molle dessous, un peu comme une crème brûlée.
  • La neige mesquine tassée par les passants qui forme un genre de miniglacier sournois dont le seul but est de te faire chuter et de tuer en t’éclatant la tête comme Clement Meric (bon celle-là n’est pas fine).
  • La neige qui te guette au bord du 35eme étage au centre ville pour te sauter dessus et t’exploser aussi la boite crânienne comme un sniper Serbe.
  • La vieille neige marron pourrie dans laquelle tes lacets vont venir s’abreuver en t’obligeant à te dégelasse les mains en les renouant. A ce moment-là typiquement le bus passe, comme une ultime injure du destin.
  • Le petit glaçon pervers qui t’attends pour se glisser sous ta chaussette quand tu te crois à l’abri du danger sur le palier de ton appart. Ou plus tard, la flaque froide qu’il a laissé.
  • Les particules de glace en suspension dans l’air, un peu comme quand tu te frottes longtemps les yeux. Si elles sont là, c’est que ta durée de vie dehors se compte en minutes.

Tu attends donc en sautant d’un pied sur l’autre ton putain de bus en te disant que 5 minutes de retard par ce temps, ça devrait être passible du peloton d’exécution.  Comment ça le métro ? Pour suer comme un soudeur brésilien avant d’attraper une pneumonie une fois à l’air libre ? Comment ça la voiture ? Pour pelleter comme un cheminot dans un film d’Alain Renais, t’asseoir dans un fauteuil par moins 30 pendant un quart d’heure en attendant que le moteur daigne te sauver de l’hypothermie ?

Tu n’y penses pas. Prend le bus.

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Ou alors, à bicyclette?

Mieux, appelle le boulot et reste devant le marathon les Simpson sur le câble.

[1] Chanson des colocs, groupe dont le chanteur s’est suicidé par Hara-Kiri, preuve que l’hiver tue.

La COOP en folie

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Le plus dur, quand on cherche une colocation, c’est de bien choisir ses colocataires. Éviter le pervers renifleur de slip, le polytoxicomane semeur de seringues, la cradingue à verrues ou le serial killer en goguette. Ça s’apprends, par un savant mélange d’instinct, de bon sens et d’enquête de crédit.

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Quel colocataire exprime le mieux la personnalité de mes meubles?

L’expérience aidant, j’ai appris à éliminer systématiquement ceux qui prennent leurs colocs pour un accessoire de mode faisant contrepoids à une certaine faiblesse morale et intellectuelle de panurge. On appelle ça des bobos. Souvent endogames, toujours semblables à force de vouloir être différents. Ils ne recherchent pas vraiment un coloc, mais un truc harmonieux à poser entre le pug à tête de porcelet, le créatif gay obligatoire, et la table Ikea du salon.

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Bon là c’est too much, mais vous voyez le genre?

Certains signes ne trompent pas :

Il y a ceux qui vous demandent une rédaction. Genre lettre de motivation « en expliquant pourquoi vous voulez vivre avec eux ». Comme si, entre deux visites au pas de charge aux quatre coins de la ville, on avait que ça à faire de se vendre comme un vulgaire pitch marketing.

Autre grand classique: l’humiliante visite en groupe évoquant le genre de jeux de téléréalité fasciste qui a initié toute une génération aux saines valeurs du piétinage humain.

Enfin, certaines demandes plus farfelues sont censées cerner votre moi profond, votre profil numérologique et sans doute quelques-unes de vos vies antérieures.

On m’a ainsi demandé « quel personnage de Disney [j’aimerais être] ». J’’ai répondu « Merlin l’enchanteur » pour faire consensuel. Mais en vérité, je crois que je suis plutôt un mélange de Pumba dans le Roi Lion ou d’Archimède, le Hibou râleur. Je n’ai pas été sélectionné. Il fallait répondre « Peter Pan », du nom du pédophile homonyme en collant vert recherché pour mutilation de capitaine dans un paradis fiscal imaginaire.

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Susceptible moi?

Sur ce préambule, voici la merveilleuse histoire de la COOP X, un repère de douze théâtreux, manchards et autres artistes maudits qui sent le pipi le chat. Avec une seule salle de bain.

 

COOP : nom fém. Communauté grégaire de théâtreux des faubourgs bohèmes de Montréal. Exemple : Cette coop sent le mouflon qui s’en revient du footing (Ravachol, 1904).

 

Sur la porte du 14xxx rue G… dans le centre de Montréal il y a des petites phrases de dazibao moderne genre “Soyez raisonnables, demandez l’impossible”. Je lève un sourcil puis soupire. J’ai repéré les trois théâtreux dans la ruelle qui s’approchent à ma gauche et glisse d’un pas chassé pour les laisser rentrer les premiers des fois que ça soit une embuscade. Au troisième étage d’un escalier raide et crade, une forte odeur d’humains en communauté me gratte le bulbus olfactorius alors que j’enlève mes chaussures. Je suis venu à pied, de loin. Les remugles viennent rejoindre le pandémonium hormonal.

J’explique : je suis venu pour l’annonce. Faute de réponse, je me tourne vers un vaste salon, repère une estrade sommaire composée d’une palette industrielle recouverte d’un tapis raide de crasse et me dirige vers un jeune homme qui a l’air de s’emmerder.

Par terre à côté de lui un livre « Développer son QI pour rentrer chez les Mensa » que je suis sûr d’avoir vu abandonné dans la rue la veille en m’en revenant quelque peu désorienté (fumée passive oblige) du 420*.

*Vous savez le 420, le grand rassemblement de théâtreux nord-américains qui chaque 20 avril milite pour la légalisation des Dead Can Dance. Et accessoirement du Cannabis. Mais ça, c’est moins grave. Pourquoi 420 ? Car il semblerait que ça soit la bonne heure pour se rouler le premier de la journée.

J’entame une conversation sans intérêt avec le surfeur blond de Bueno Aires . Puis m’approche d’une étudiante qui m’observe depuis un quart d’heure en se touchant les cheveux.

Notre échange ? « Faut que je te dise un truc Jessica, je suis pas illégaliste, alors si vous plastiquez des préfectures ou kidnappez des fifilles de millionnaires comme la guérilla Symbionaise ça sera sans moi ». Jessica ne plastique rien. Je suis rassuré. Une autre jeune femme, le regard fuyant, a écouté la conversation en se balançant comme une autiste.

–          Tu es un couch-surfer ou là pour l’annonce ?

–          Les deux !

–          Ça veut dire qu’il faut être gentil avec toi si tu veux prendre la chambre…

Je ne relève pas car je suis toujours un peu jetlaggé l’étrange remarque. Je suis encerclé par trois jolies filles. On essaye de me refiler la chambre sans fenêtre « pour deux ».

Je refuse de partager ma piaule avec un hippie voleur de gel-douche en arguant d’un impératif scolastique propre aux tourments de la création littéraire. Et à youporn. On essaye de me refiler une autre chambre pour deux. Chère et donnant sur la pièce commune : insomnie garantie.

La belle petite brune aux yeux rêveurs parle tout lentement comme Brigitte Bardot dans Bonnie and Clyde de Gainsbourg. Elle me propose de me faire visiter une chambre solo au deuxième. Mais elle ne sait laquelle. Une constante dans les colocations c’est qu’au départ de chaque coloc, l’attribution des chambres vire aux chaises musicales. Mais untel ne sait pas quelle chambre il va prendre. Les baraquements ont en commun d’être atrocement bordéliques, avec des murs peints et partout des dazibaos genre « libère ton esprit, danse avec les licornes ». Je soupire.

L’une des chambrées est acceptable, l’autre est occupé par une blonde qui pionce à 8h du soir et sent la pisse de chat non castré.

Il est temps de manger des pâtes. Avec deux sauces : Végétarienne au gorgonzola ou chili à la viande. Les ingrédients sont probablement des invendus de supermarché récupérés dans une benne. Ça ne me dérange pas… Mais, le lendemain ça a été une autre histoire digestive catastrophique à mon actif.

Puis on fait ça dans les formes, et c’est le moment de raconter sa semaine en cercle, chacun son tour. En anglais et en français. Puis nous sommes invités à se présenter. Je note que Raywoman se roule un joint mais le garde pour elle. Un type à moustache lissée d’homme fort de foire coupe la parole à l’argentin blond en lui disant « t’inquiètes je vais t’enculer ce soir». Et tout le monde rigole, de bon cœur.

Moi ? Je me rappelle avoir sorti un truc bateau genre :

–          Salut c’est Fennec je suis jetlagué et on m’avait parlé de filles nues, je suis déçu. Mais si vous vous me vouez un culte, et que les femmes se soumettent à mon pouvoir phallico-patriarcal on se fera un genre de Manson Familly. Et on ira éventrer Shia Laboeuf sous GHB avant d’écrire « de la part d’Indiana Jones enculé »  sur le mur. Oui, je suis un type simple qui cultive les petits bonheurs.

Ce qui était au final nettement moins bath que les autres candidats : S qui tape la manche dans le métro, G le réalisateur de théâtre en survet’ qui sent la vodka, le surfer Del Barrio de Buenos Aires ou R, l’étudiant en ethno perdu.

Mais comme je suis le seul à avoir une coupe de cheveux faite par une grande personne non parkinsonienne, je suis un peu pénalisé. Le jury se retire pour délibérer, je me casse. Personne ne répond à mon « au revoir ».

Un mois plus tard la sanction tombe sur Facebook : je n’ai pas été sélectionné. C’est comme ça que j’ai rencontré le gang de Saint Joseph Est, dont je vais vous parler bientôt.

Une journée à Xinhua

Récit d’une journée-type de travail à Xinhua.

Dimanche 10 octobre Beijing

Je me réveille malmené dans le petit salon que j’ai aménagé de façon spartiate à coté de ma chambre pour y regarder des DVD. Par terre, sur un matelas de fortune. La bonne vieille insomnie familiale est en train de me rattraper et ce que n’est qu’a 6 heure du matin hier que j’ai réussit à trouver le sommeil. Ce salopard de cabot qui aboie m’a encore réveillé à 10 heure et je suis donc allé au salon mitoyen de ma chambre où, avec une baie vitrée fermée, des boules quies et l’oreiller sur la tête je ne l’entend presque plus.

Midi 55
J’ouvre les yeux. Je me traîne en bas des escalier au premier étage de mon duplex où je croise ma coloc Sacha qui a passé la nuit avec ses potes de l’ambassade d’Arabie Saoudite. No joke. Mon nouveau coloc Jaime est absent du paysage aussi. Probablement chez la jolie chinoise à l’air coincé du cul qu’il a ramené hier et présenté comme « une collaboratrice de travail ». Je fait revenir un peu de riz de la veille dans de l’huile d’olive sur lequel j’ajoute une louche du curry vindaloo légume-boeuf d’hier. Café instantané. Je mange devant le parisien, le monde et libé en ligne. Je vanne des salariés de l’UMP sur le forum venus faire la promo de Sarkonazy, le président que la Lybie nous envie.

Douche rapide- séchage-habillage. Comme toujours me demande comment m’habiller. Et si la clim déconne encore au taff? La météo annonce de la pluie. La lumière glauque et blanche et l’humidité rappellent Paris en Octobre.

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13h30
Je sors de l’appart, marche une dizaine de minute dans mon complexe résidentiel genre banlieue 13 pour atteindre le métro. Met mon faux casque sony -6euros- sur la tête. Portishead.

13h40
Dans le métro rentre un enfant crade. Son sweat shirt et sa peau sont recouverts de boue séchée.
We suffer every day, was is it for? This crowd of illusions; are fooling us all
Il tient à la main une liasse de billets de 1 yuans. Il se prosterne devant une chinoise. Celle-ci très gênée s’éloigne et se cache derrière son petit amis. le gosse avance vers elle à 4 pattes et pose son front contre le sol dégueulasse de la rame. Refus. Il s’éloigne dans la rame à 4 pattes en s’arrêtant et en s’agenouillant devant chaque personne assise. Résiste à la tentation de lui filer du fric. Le seul moyen d’empêcher les mafias de gâcher les vies de ces gosses est de faire de la mendicité des enfants une activité déficitaire. Je donne uniquement aux vieux et aux aveugles. 2 yuans (20 cents) par jours, tout les jours. Ils sont analphabètes et viennent des villages. Ils portent un grand sac en toile pour ramasser les bouteilles en plastique dans les rames et les revendre. Parfois quand vous vous baladez dans la rue avec une bouteille d’eau vide à la recherche d’une des rares poubelles, une vieille femme vous la prend des mains en vous remerciant pour la mettre dans son sac.

13h55
Mon iphone joue désormais du immortal technique. je sort de la rame et met mon pass magnétique de sécurité. Dehors, le temps est passé du bistre au ocre sale. Il fait sombre. Pense au spleen de Baudelaire: Quand le ciel sombre et bas pèse comme un couvercle. Presse le pas. Franchit l’entrée -avec des caltrops qui percent les pneus pour un éventuel passage en force de véhicule- en frottant mon pass sur une borne. Salue le militaire en faction -avec un flingue- et rentre dans la tour phallique de Xinhua. Vu sous un certain angle elle ressemble en effet à un sexe d’homme circonscrit en érection molle affublé d’une paire de couilles flasque. Triste vision. Salue un autre militaire -avec un flingue, aussi-. Presse le bouton du 4eme.

14h02
Pénètre dans la ruche, l’immense open space de Xinhua. Ce qui frappe c’est par moment le silence, par moment le bruit. Aujourd’hui c’est dimanche et l’activité est à minima. Un cliquetis sourd de clavier tient lieu de bruit de fond avec une exubérante et ennuyeuse sonnerie de téléphone à l’occasion. Les chinois aiment les sonneries bruyantes. Les sonneries de mobiles chinois sont toutes trois fois plus fortes qu’en France. Les mélodies vont de Usher au théme de Celine Dion sans jamais être de bon gout. Les chinois aiment aller dîner et laisser leur téléphone sonner dans le vide pendant que je travaille. Les portables me font chier. D’où le casque sony qui couvre les oreilles et ne me quitte pas depuis que j’ai cessé les piges à domicile.

Je m’installe et lance mes deux PC. Un pour les infos de Xinhua et l’autre pour les recherches et pour glander aussi. Met mes lunettes pour éviter de voir tout brouillé aprés une journée de travail. Une pile de papier m’attendent et une 50taines de photos. Voilà qui devrait m’occuper. Les articles arrivent en Anglais et sont traduits en Français par mon équipe. Plus ou moins bien et plus ou moins vite suivant les individus. En théorie je suis censé relire mais je finit souvent par réécrire. Entre les maladresses de langage et la faute caractérisée; c’est parfois plus long de corriger que de traduire moi-même. Quand c’est le cas j’efface et retraduit si je compte plus de 2 contresens et lourdeurs dans une même phrase. Pour m’aider j’ai la brève en anglais. Parfois avec des fautes et des imprécisions et je dois demander à un collègue de se plonger dans la source en chinois. Il est intéressant de constater que pendant que mon anglais oral s’appauvrit mes capacités de traduction écrite anglais-francais s’améliorent de plus en plus. Pour les photos le taff est répétitif et consiste essentiellement à copier coller 10 fois de suite le même texte générique avec des variations. Par exemple aujourd’hui c’est le défilé militaire pour les 65 ans de la fondation du parti des travailleurs coréens en Corée du Nord. 15 photos de petits soldats de plombs de derrière le rideau de fer en lambeaux.

Mes collègues chattent sur msn et moi je bosse non stop pendant 2 heures. A peine le temps de me faire un café en sachet au samovar à coté des toilettes. Je pourrait être un goulet d’étranglement pour mon service, surtout quand comme aujourd’hui je suis le seul expert international mais je travaille vite.

14h50
Bosse. Derrière les vitres teintées le ciel est devenu très très sombre et il pleut. On dirait qu’il fait nuit.

15h40
Boulot finit. La glande commence. Attendre une nouvelle information. Chatter sur msn, jouer à la nintendo DS, lire le monde qui s’empile dans un coin sans que personne ne le lise vraiment. Répondre au minettes russes qui m’envoient des photos d’elles en string sur le meetic du coin. Ou, si j’en ait le temps et l’envie aller voir les journalistes pour signaler des fautes ou contresens. Préciser que « non; Berlusconi n’est pas premier ministre italien mais président du conseil », « Inception n’est pas un film DE mais AVEC DI Caprio » ou alors « la réhabilitation n’est pas la construction d’un nouveau quartier mais son réaménagement, et réaménagement en fait c’est mieux ». Parfois un peu de mauvaise volonté « Non regarde RFI met que Berlusconi est premier ministre » qu’il faut trancher. Voire pour certain carrément de la mauvaise foi qu’il faut régler à coup de dico et de wikipédia. Je n’ai de toute façon jamais le dernier mot mais globalement on m’écoute. Et des fois je sais pas trop: « MAdame la porte-parole » « Le porte-parole » « la porte-parole »? D’habitude je demande ce genre de trucs au doyen de la rédaction ou à MC Fourcy, mais là c’est limite moi le doyen.

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17h09
Fin de la glande, nouveau papier. La sécurité dans Canton pour les jeux asiatiques.

17h13
Fin du papier, nouvelle glande. Mes collègues vont déjeuner. Moi j’ai mangé à midi alors je sort juste acheter un goûter à la supérette dans Xinhua. J’utilise mon pass pour payer. Chaque mois la compta crédite mon pass de 300 yuans -30 euros-. Comme la cantine est pas très bonne le soir je vais souvent déjeuner dehors dans un resto du shanxi -nouilles et sandwich au porc-. Le porte monnaie électronique me sert surtout à faire mes courses que j’empile dans un coin au boulot et ramène le soir à 10h-11h à la maison. Une barre chocolaté, une coupe en carton avec du chocolat chaud instantané et une bouteille de pocari sweat -mon nouveau soda japonais de régime vu que j’ai décroché du coca-. 90 cents. En général entre 17 et 18h c’est quitte ou double: Soit je taff comme une mule soit je fout rien. Aujourd’hui je fout rien.

18h36
Toujours rien. Un rédacteur fait tourner un paquet de cacahuètes au piment dans le service. Je branche la nintendo.

18h49
Un article. La réforme agraire de la sylviculture

18h53
Rien. Glande. On parle du prix Nobel de la paix chinois. Quand je déclare qu’il est quasiment inconnu en Chine la réponse fuse « normal c’est un intellectuel » je leur montre un article de libé sur Wen Jiaboa, premier ministre chinois dont l’interview trés « democracy for ever » sur CNN a été caviardée dans les médias chinois. Faut dire qu’il appelait à mots à peine couverts au multipartisme, à la liberté d’expression fondamentale et à au respect de la constitution chinoise censée garantir ces droits. Oui en Chine même le premier ministre peut finir censuré. Sauf par Xinhua, mais uniquement les éditions en anglais et français  Dommage que la politique interne chinoise soit aussi insondable et secrète, je suis très curieux de voir les conséquences politiques de ses saillies à son retour aujourd’hui en Chine d’une visite diplomatique en Europe. Il a rencontré les dirigeants Belges, Italiens, Grecs et Turcs. Tient, que des pays en crises -économiques et politiques-. Bizarre.

19h03
Arrivée du deuxième shift de rédacteurs. L’équipe qui était là à mon arrivée rentre à la maison. La numéro 2 du service me supervise désormais. Sonnerie de téléphone infernale. Elle passe son temps à regarder des annonces pour des appart gigantesques sur son ordi. Mais des fois elle insiste sur des conneries. Probablement pour faire croire qu’elle bosse. Je fait une série de photos sur des couples qui font des mariages de masses -une pratique traditionnelle chinoise- le 10/10/2010 à 10h10. Dans la tradition chinoise le chiffre dix répété trois fois signifie la perfection.

19h40
Ils font du zèle alors que ya rien à faire. Une bordée de photos est en route.

20h05
Fin de la correction de la bordée de photos. je vais manger une salade de concombres au vinaigre et une soupe de nouilles au porc déchiré -oui c’est le nom-. Je joue à la Nintendo DS.

20h40
Je revient au bureau. Je suis censé avoir une heure mais bon ya pas grand chose à faire et il pleut. En plus je préfère rentrer plus tôt pour pas finir à pas d’heure. Deux article m’attendent.

21h10
Articles finit, l’un des rédacteurs est pas très bon d’où le délais.

21h41
On m’annonce que vu le rush du dimanche soir je peut partir plus tôt. C’est rare mais ça arrive.

21h55
Dans le métro un aveugle guidé par sa mère tape la manche. Je lui file 2 RMB.

22h10
Sous la pluie je cours. Une tempête est en cours et un ruisseau coule entre les bâtiments de mon immeuble. Arrivé à la maison ma coloc passe la tête à la porte de sa chambre et m’annonce qu’elle va se coucher. Je monte dans ma piaule et joue à Drakensang en écoutant la pluie battre sur le toit. Puis je regarde des épisodes de « Fringe », puis je bouquinne le dernier Elroy.

6h00
Je crois que j’arrive à dormir. Enfin.

10h00
Un chien aboie. A moi

Je me réveille malmené dans le petit salon que j’ai aménagé de façon spartiate à coté de ma chambre pour y regarder des DVD. Par terre, sur un matelas de fortune. La bonne vieille insomnie familiale est en train de me rattraper et ce que n’est qu’a 6 heure du matin hier que j’ai réussit à trouver le sommeil. Ce salopard de cabot qui aboie m’a encore réveillé à 10 heure et je suis donc allé au salon mitoyen de ma chambre où; avec une baie vitrée fermée, des boules quies et l’oreiller sur la tête je ne l’entend presque plus.

Midi 55
J’ouvre les yeux. Je me traîne en bas des escalier au premier étage de mon duplex. Je fait revenir un peu de riz de l’avant-veille dans de l’huile d’olive sur lequel j’ajoute une louche du curry vindaloo légume-boeuf d’avant hier. Café instantané. Je mange devant le parisien, le monde et libé en ligne.

Aujourd’hui il fait grand et beau soleil. J’ai du mal à garder les yeux ouverts.

Apocalypse nowadays

Il est minuit moins 5 docteur Schweitzer

Alors Hippy t’as les boules ? T’attendais quoi ? Que la fédération galactique vienne nous filer un mode de propulsion supraluminique, le remède contre le cancer et des planètes à coloniser ? Te réveiller avec des supers pouvoirs trop cool façon Matrix? Que ton connard de patron soit transformé en canard pour expier ses crimes ?

Au lieu de ça, te voilà avec ton crystal perrave à 500 € et une nuit trempée à méditer sous un chêne sans que le moindre petit gris vienne te tirer de ton coma existentiel.

Alors survivaliste t’as la haine ? T’attendais quoi ? Que tes voisins zombifiés attaquent la porte de ton appart à coup de griffes ? De tirer avec une mauvaise kalash bulgare sur des hordes islamo-fascistes arabes cannibales ?

Au lieu de ça te voilà avec des kilos de riz et de bouteilles d’huiles, des antibios vites périmés et  le risque bien réel de te prendre une descente pour possession d’arme à feu (4 ans) si ton vendeur te balance.

Alors bondieusard extrémiste t’as les glandes ? Tu pouvais la sentir ta rapture imminente et le vol en première classe sur Air Jésus ou Mahomet. Tu te voyais déjà à la droite de dieu balancer des boulettes de papier sur les pécheurs pédésexuels et paiens qui croupiraient en enfer.

Soyez trois fois maudits, vous qui depuis 2008 (début de l’apparition de la rumeur) êtes assis sur  vos mains. L’histoire vous jugera comme des êtres passifs par excellence. Des tristes moutons qui attendent qu’on leur façonne un futur moins glauque.

L’apocalypse c’est maintenant. C’était hier et ça sera demain. L’apocalypse c’est les océans qui éructent leur CO2 captif, c’est les arbres qui vont mourir en masse avec la multiplication des canicules. L’apocalypse c’est les radionucléides flottant dans l’air, des banques qui ont déjà fait de toi un esclave de leurs pertes.

Une fin du monde transgénique, industrielle, culturelle, sociale, économique. Un jour tu raconteras ce qu’est un bain ou un steak à ta progéniture métastasée. Et ils y croiront comme les enfants croient aux fées.

Ils te haïront même quand tu leur diras qu’en 2012 c’était trop tard. Que tu t’es fait massacrer à coup de riot-gun pour les abeilles, les grues cendrées, les bocages nantais et le droit au logement, à l’emploi, à une vie décente.

Toutes ces petites choses si fragiles qui ensemble ont creusé ta tombe en disparaissant.

Ils te diront que les promesses de tes élites n’engageaient que les cons pour y croire.  Que si les terroristes arrangeaient ceux qui mettent des traits sur les cartes, les militants faisaient chier dans leur froc ceux qui n’ont jamais accepté que la pyramide comme ordre social. Que tu pouvais les ruiner en restant chez toi à faire l’amour et la grève. Que tu as surestimé la politique et négligé de les frapper à coup de boycott dans les bourses.

Les plus malins -ceux qui seront peut-être encore capables de lire- observeront que ce qui a provoqué ta perte c’est l’envie. Tu as voulu être comme eux, mais la monarchie du fric n’anoblit pas le vulgaire, elle le déforme. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un vide à combler à coup d’Ipad, de sapes inutiles, de graisse saturée et de 8 cylindres. Une faim insatiable d’obèse.  La monarchie du fric t’as couronné toi et les tiens barons de la porcherie. Et tes dieux mineurs en col roulés comme Steeve Jobs crèvent de cancer du foie

Ta grande erreur aura été de croire que tu pouvais sauver le monde en continuant à en jouir. D’attendre qu’une figure anthropomorphique  te sauve ou que 8 milliards d’humains aient le bon gout de mourir pour te rendre l’Eden auquel tu aspires.

Désormais 90% de l’humanité qui a jamais existé est en vie actuellement. Si l’on accepte l’hypothèse d’une extinction massive humaine, elle n’a donc jamais été si probable. Seule une organisation cohérente, rationnelle, nous sauvera. La somme des sacrifices à ton confort te paraîtra insupportable de manière inversement proportionnelle au bien-être qu’elle apportera au damnés de la terre accablée par la faim du monde institutionnalisée.

Mais si, un jour, les aliens ou Jesus nous rendent visite, tu seras fier de ta planète.

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Mais n’espère pas trop d’aide.

L’apocalypse c’est maintenant, la solution aussi.

Meurt, pourriture de trafiquant de cannabis

Il parait que je me HunterThompsonise. Pas pour la drogue même si je bois des shots de vodka polack au poivre blanc agrémentés à l’occasion de Jomeo Y Julieta numéro 4. Une chose est sure, j’ai développé comme lui il y a peu une passion pour les armes à feu. Cela n’a rien d’étonnant vu que je suis de cette génération qui frag à tout vent sur half life ou doom (mais pas Call of Duty, shooter des gens, même dans un jeu vidéo c’est malsain) et connait la moitié des répliques de Die Hard par cœur.

There’s one thing for sure; you can’t kill sixteen children in less than two minutes with a club, a knife or even a machete. (le père d’une victime aux USA)

J’ai aussi –mais je n’ai pas l’attention d’en parler ici- commencé des petits contes balistiques, un ensemble de nouvelles que je souhaite à la Pulp Fiction avec pour dénominateur commun les armes à feu. Cela fait donc un moment que je consulte d’imbitables catalogues « Fiream 2009 » US pour me faire une petite culture sur le sujet. Je parcours aussi d’abominable forum NRA (National Rifle association, le gros lobby US des armes) où je frissonne en lisant les aventures balistiques de gros beaufs républicains du Midwest.

Les armes, du FUN pour toute la famille. Sauf le chien car il est démocrate.

L’un d’entre eux (vaux d’ailleurs le coup d’œil pour sa forte dimension freudienne. Il y est en effet question d’un père de famille du Nevada qui teste (je cite) «le coefficient de pénétration des balles » (fin de citation) en tirant un peu sur n’importe quoi. C’est utile pour apprendre par exemple qu’une portière de bagnole n’arrête même pas une balle de 22LR ou qu’ ou qu’une balle de 9mm n’entame pas un cadenas (comme quoi les films, c’est des conneries).

Un quoi ? Un GLOCK 9mm ! (La Haine)

Aujourd’hui j’ai donc chevauché ma monture (une 110 cc antique Thaïlandaise, non ce n’est pas une femme mais une mob) pour aller tirer sur des trucs légalement au stand de tir.

Une adorable minette me suggère puisque je suis débutant un automatique 22 de compétition. Je décline car j’ai d’autres projets en tête. Et pourquoi pas une carabine à plomb ?

Jvous prévient qu’on a la puissance de feu d’un croiseur et des flingues de compétition

Le choix de l’arme était tout trouvé car je souhaitais tirer au revolver. Tout simplement car si un jour j’étais un bandit ça serait mon arme : Le revolver ne s’enraye pas, ne laisse pas de douilles brulantes à ramasser aux experts balistiques. Le revolver a une mécanique simple à nettoyer, peut servir de casse-noix et a ce petit côté justicier des années 70 qui fait craquer les indicateurs rastaquouéres du Bronx. Il n’a que 6 balles, mais « si vous ne pouvez pas régler pas son compte au méchant avec 6 balles c’est d’un pain de plastique dont vous avez besoin, pas d’un calibre » (un type rencontré dans un bar).

Si ces messieurs veulent bien me les donner…

Feeling lucky punk ? (Client Eastwood)

Hélas il semblerait que je sois un peu trop fluet pour commencer par le .357 magnum qu’on me retire des mains derechef en rouspétant. Il me faudra faire le joli cœur pour avoir un chouette .38 spécial Smith et Wesson chromé comme une jante de Berline. Un flingue de flic. Pour le coté bandit on repassera…  J’allonge mes 40 euros (ce n’est pas donné ces conneries) et  on m’apporte mon pénis de substitution sur un plateau, avec  une boite de 30 balles Thaï Arms, des protections pour les oreilles et des lunettes en plastoc. J’explique au vieux militaire thaï fatigué que je suis un noob et il m’apprend à tenir le bazar sans m’exploser le pouce. Première balle dans le chargeur pour me faire la main. Je vise un panneau à 10 mètres. Je m’arrête et demande si c’est pas un peu proche. Il me dis :

When you have to shoot, shoot!  Don’t talk (Le bon la brute et le truand).

Je vise entre les deux yeux du mannequin-en-papier-caid-de-la-drogue-qui-a-mangé-mon-chat-et-violé-ma-maison : Une salle histoire qui remonte à mes jeunes années au LAPD dans l’unité du LT Badass.

Boom. Loupé. Ou alors, si le mec avait un perroquet sur l’épaule à la limite… Le recul est réel et le canon monte à 20 centimètres par rapport à l’horizentale. Ça sent le pétard un 14 juillet. Le bruit est moins assourdissant que prévu.

Je file mon appareil photo au Thaï mais il est plus doué pour tirer sur des gens que pour tirer des portraits. Je lui montre comment faire du bras gauche en pointant mon flingue vers le stand et le coup part tout seul. J’étais sûr que le chargeur était vide pourtant. Putain comme c’est dangereux ces conneries !

J’interpelle la bande de Français désagréables à coté qui essayent un Beretta en demandant à un jeune malingre de prendre quelques photos pour immortaliser l’évènement et faire peur aux grands-parents sur facebook.

We need some bullet control. Man, we need to control the bullets, that’s right. I think all bullets should cost $5000. $5000 for a bullet. You know why? ‘Cause if a bullet costs $5000, there’d be no more innocent bystanders… (Chris rock)

Les 6 autres balles touchent le même endroit, au-dessus de l’épaule gauche de Esposito Cocaloca (c’est le nom de la cible). Donc il faut compenser. A chaque fois je remonte le chien, vise, bloque ma respiration.

7 balles au total et ce connard de Guatémaltèque  se fout toujours de ma gueule même si son Perroquet de combat est à terre. Je demande à éloigner la cible. 15 mètres. Longue portée pour un flingue.  Maintenant que la cible est acquise, c’est partit mon kiki.

Je touche entre les deux yeux, au cœur, au foie, je vise le bras et touche, j’emporte la carotide. Hein tu fais moins le malin Esposito ? Ça t’apprendra à vendre ta saloperie de plante séchée aux cancéreux en stade terminal et aux étudiants en art!

Oui, Esposito vend du cannabis, l’ordure.

L’instructeur me demande si c’est sûr que je n’ai jamais tiré. Je sors ma discrètement ma plaque  « Badass Police SVU » avant de lui glisser :

–          « Je suis ici pour un réseau qui revend des DVD de Schrek 3, je veux pouvoir regarder monsieur  DreamWork dans les yeux et lui dire que justice a été rendue ».

Il est temps de passer aux choses sérieuses. On relève des cibles en métal  censées représenter les 6 desperados venus venger leur patron pour le cartel d’Acapulco. Des gros mexicains dégelasse avec des cartouches en bandoulière, une squaw qu’ils tiennent par les cheveux  d’une main, une bouteille de Tequila avec un scorpion de l’autre (je m’excuse envers mes amis mexicains je sais que vous savez que je ne suis pas sérieux).

Les desperados

Boum et de 1, de 2, de 3, de 4. José, Javier, Manuel et Rico

A chaque fois j’entends très distinctement un « clang !»  sinistre. La cible reste dressée une seconde avant de tomber raide morte.

La cinquième balle touche, j’entends un clang. Et là il se passe un truc flippant. Des putains d’éclats de plâtre me sautent à la gueule et ricochent sur mes lunettes. Je regarde si un ricochet ne m’a pas atteint et je flippe un max. Rien. L’instructeur rigole.

J’ai cette étrange impression, une réminiscence de mon accident sans doute. Peut-être que je suis touché mais que la douleur est prise dans un embouteillage.

La dernière cible est là.

Bam, par terre. Le petit village de Tequiladosgringobario est à nouveau sûr. Une jolie chica se jette dans mes bras. Je la porte vers ma chambre au-dessus du saloon pour la prendre virilement sur fond de Gipsy King.

Il reste les douilles que j’inspecte. Elles sont percutées et sentent la cordite. Un petit rond parfait au milieu de l’amorce. Les balles ont-elles une âme ? Un karma ? Cette mauvaise balle rejoindra-t-elle le samsara en se réincarnant en bastos plastoc d’AirSoft ? J’envisage d’en chourer une (on a tous un élu à menacer non ?) mais un panneau en mauvais anglais l’interdit explicitement.

Tant pis.

J’insiste lourdement pour prendre quelques photos avec le flingue pour envoyer à la famille (ça fait toujours plaisir de savoir que les proches ont des activités saines en vacance) et enfourche Juanita (mon scooter 110 cc) direction Chiang Mai.

Mon smartphone Lenovo passe Peruvian Cocaine d’Immortal Technique. Aujourd’hui, je suis un bad boy certifié, j’ai ma cible en carton coincé derrière le guidon pour l’attester.

The end

Epilogue : Dans les ruines de son laboratoire clandestin de la jungle du Chiapas une main sort des décombre. Esposito Cocaloca se dégage des débris. Un homme de main l’aide à se relever en sang.

–          ¿Está muerto ese hijo de la chingada de Fennec?

–          no, señor, salió en su coche, con su hija

Le trafiquant pousse un cri de sanglier enragé et  descend son ouvrier agricole. Il plonge sa main dans la plaie et se fait avec son sang une croix à l’envers sur le front.

Il hurle :

–          A la verga, pendejo Fenneko! Te encontraré e iré a por ti! Sí, iré a por ti, mamón!

Dans la jungle, comme un écho à sa malédiction, les perroquets chatoyant s’envolent dans le soleil couchant.

Esposito Cocaloca est de retour.

Ne devenez pas une France-Afrique à vous tout seul!

 Un pamphlet contre la pingrerie du backpacker.

Je voudrais dire un truc sur un sujet qui me parait primordial.

Vous étiez enfant et vous avez entendu parler de ce type qui a fait le tour du monde avec 20 roubles et un clou rouillé. Comme vous étiez enfant, vous ne vous êtes pas immédiatement dis « ce boulet a tellement dû taxer de gens que la moitié de la planète le déteste comme elle déteste Angela Merkel« .

Nan vous imaginiez un type charismatique les cheveux dans le vent marchant tel Jésus et refusant les offrandes des rois mages, tout ces sales pauvres météques qui se sentent obligés de nous faire des sacrifices. A nous, l’homme blanc devant, capitaliste derrière.

Et ben tout ça, c’est de la merde. Je dirais que c’est même une représentation personnifiée de la tendance du libre marché à tout voler tout le temps. Il y a des personnes qui ont fait des tours du monde à la sueur de leur cul. On appelle ça des marins, des stewards. Ou ces tarés qui font la cordillère des Andes en trottinette. Dépendre des gens volontairement, non pas pasque on est handicapé ou dans le besoin c’est devenir un enfant ou un vieillard.

N’acceptez pas de cadeaux, de nourriture, d’une personne pauvre en Asie si il n’y a pas une occasion spéciale (un mariage par exemple et il reste du rab, un baptême de communion, une fête religieuse où il faut donner du pain aux sales clochards pour avoir sa place au paradis).

 Accepter de la nourriture dans un pays du tiers monde d’une personne plus pauvre que vous n’est pas cool. Ça ne fait pas de vous un gros dur du voyage à l’arrache mais un putain de pingre. Offrir à manger est une obligation sociale. En Asie on se doit de proposer mais il est de bon ton de refuser. Les chinois refusent d’habitude une bonne demi-douzaine de fois. Ainsi la face est sauvée. L’hôte apparait comme prolixe et l’invité comme modeste.

N’acceptez pas quelque chose de quelqu’un qui dois pour cela faire un effort financier sans commune mesure avec 200 grammes de pates Leader Price en France. Si vous vous percevez comme un ami en tout cas. Si demain votre pote RMIste pète un plomb et vous invite au Ritz il est de votre devoir de refuser plutôt que de lui sucer le sang comme un vampire. Vous pouvez pour sauver la face lui proposer de vous faire la bouffe. Le plat que le paysan vous offre c’est peut-être le traitement pour la tuberculose de la grand-mère. Pensez-y.

Une horde de connards jeunots  orientalisants (je n’ai pas d’autres mots) déferle actuellement sur l’Asie. Elle pense que chialer pendant 20 minutes pour une reduc’ de 50 centimes en achetant un truc au marché c’est ça être un voyageur aware. Non, ça c’est être un minable. Comme se balader en guenille avec des locks crades. C’est très exactement l’inverse que vous devez faire. Ici vous pouvez lâcher des pourboires à 20 centimes et passer pour un grand seigneur, vous pouvez littéralement filer des sous à tous les mendiants que vous croisez (mais jamais aux enfants) et acheter une pomme aux vieux moines tout maigres. Ici vous pouvez être un pauvre et sapé comme un milord avec des manières de prince.

Et ce n’est pas le fait de chialer que vous  êtes fauché  avec un prêt étudiant qui vous rendra sympathique sous-raclure estudiantine à sac Quechua. La mendiante vous a vu becter une pizza à 15 euros dans votre Guest Housse petit- bourgeoise Lonely planet qui passe du Bob Marley en boucle.

Elle sait. Et elle a pitié de vous au fond. Car avec votre Iphone vous êtes infirme du cœur si vous n’avez pas une pièce pour un lépreux. Ceux qui ont déjà tapé la manche et fait du stop vous le diront : les plus généreux sont rarement les plus riches.

Sur le pont entre la Birmanie et la Thaïlande j’ai vu un inepte imbécile braillard français tartiné à la crème solaire dans son tee-shirt Billabong de merde rigoler en disant qu’une mendiante lui avait mis une pièce de 1 bahts dans la main quand il avait refusé de lui donner de l’argent.

 Ça,  gros silure marseillais, ça veut dire « va t’acheter une âme ». Le fait que tu sois capable d’en rire et que tu ais accepté est préoccupant pour ton karma : Tu risques d’être chancelier allemand dans une autre vie, ou délégué CFDT .

Oui, ça craint.

 En Asie on ne se vante pas d’être fauché, on en a honte. Si vous êtes pauvre restez à la maison au lieu de prendre un billet à 1000 euros pour emmerder des gens qui n’ont rien demandé. Un continent n’a pas besoin de souffrir si vous êtes trop cons pour comprendre l’obscénité intrinsèque derrière « Pékin express » ou « je vole les ressources de votre pays depuis 1 siècle et exploite vos gosses dans mes usines mais j’irais dormir chez vous ».

Un peu de décence et d’amour-propre, ne devenez pas une France-Afrique à vous tout seul. Si vous ne le faites pas pour moi, faites-le pour Sergent Garcia ou Yannick Noah. Ou pour n’importe quelle conne bariolée qui vous expliquera les yeux brillants de con-descendance lubrique que « tu comprends ils ont rien mais ils le partagent, c’est une leçon pour nous français qui avons tout mais sommes si égoïstes » . N’importe quoi Rebecca: Si la misère t’inspire rases-toi les cheveux comme Mére Theresa et va expliquer que l’avortement c’est mal à des filles-mères indiennes qui ont 22 gosses.

Et arrêtez avec la honte d’être français. Ça va 5 minutes.  On est le SEUL pays au monde à ne pas avoir besoin de payer les donneurs de sang pour avoir des stocks.

Si le premier Sarkozy (ou le premier Steeve de la starac ou le premier joueur de football pro) venu vous fait avoir honte de votre culture centenaire c’est que vous n’avez pas le courage de vous regarder dans un miroir au naturel. Nous n’avons pas à rougir de nos filets sociaux. Nous avons tout mais nous donnons beaucoup pour des hôpitaux, des écoles et même l’aide au développement. Sans doute pas assez, et très certainement mal, mais notre solidarité -tout aussi administrative qu’elle soit- est réelle. Et le vieux Hmong qui vous file une clope dégelasse ou une verre de tord-boyaux n’est pas taxé à 80% comme l’exploitant agricole de base en hexagone.

N’acceptez rien qui pèse à celui qui l’offre.

La vie ce n’est pas vos fantasmes ethnocentrés d’aventure et si vous ne maitrisez pas l’incroyable complexité des rituels du don (si vous n’êtes pas ethnologues donc) abstenez-vous en.

Ou mieux encore, offrez !

Notre continent a trop pris.

Chemin de traverse

J’en ai marre de Pai. J’en ai marre des poseurs, des hippies en carton en tenues bariolées made in Goa qui se ressemblent tous, des groupes de blondes en shorts qui mangent des pizzas dans des cafeterias où passe en permanence le même pauvre best off de Bob Marley. Je passe mon temps à me promener en scooter dans la campagne mais la ville m’emmerde.

Ya eu ce déclic.

Ya eu cette pochtronne Thai au teint de Tibetaine bourrée comme une horloge à 2 heure de l’aprèm. Un vrai lampadaire hoquetant, le regard hagard qui fume ses clopes devant le 7/11 de la rue à touriste de Pai. Je revenais avec mon repas du soir et elle m’a interpellé en voyant mon sac plastique.

Ils vendent la bouffe dans les échoppes dans des sachets plastiques gonflés fermés par un élastique. J’ai ma salade de porc au galanga, une paire de brochettes de foie de poulet, du riz gluant et de la saucisse à la citronnelle.

–          Hé toi à qui t’as volé son repas ?

–          C’est MON repas.

–          Tu déconnes les touristes mangent pas ça, c’est de la bouffe de Thai, c’est trop épicé pour toi, à qui tu l’as pris ?

–          Je l’ai acheté là-bas.

Là-bas c’est le petit marché avec ses échoppes la nuit qui vendent plein de trucs. Mon repas m’a couté 2 euros. Je ne mange plus que comme ça. Les rades pour touristes sont trop fades, Bob Marley m’horripile et je ne supporte plus cet espèce de regard mort qu’ont les touristes. J’ai envie de les prendre et de les secouer en hurlant « souris connard t’as payé 1000 euros pour être là ».

Alors l’ivrogne a eu ce regard hagard encore. On se demandait si elle se pissait dans la culotte, allait roter ou tout ça à la fois. Puis le cerveau a trouvé le point de patinage et elle a explosé de rire. Et elle a interpellé tous les commerces alentours (en l’occurrence un vendeur de bijoux artisanaux, une crêpière et un taxi qui fumait sa clope) sur l’air de « j’en ai une bien bonne à vous raconter, le fahrang en vacance en Thaïlande mange de la nourriture Thaï ».

Là j’ai compris que ce n’était pas un endroit pour Bob Morane, mais plutôt pour Michel Blanc dans les bronzés.

Le lendemain j’ai revu la pochtronne devant le  7/11 en buvant mon café. Il avait plu toute la nuit, une pluie lourde de grosses gouttes qui font PLOC sur ton nez. Je lui ai demandé si c’était une bonne idée de partir en motorbike avec ce temps. Elle m’a dit non, please don’t do that. La pluie est bien pire dans les cols.

Mais c’était trop tard.

 Le vent me soufflait trop dans le dos. Laissé mon sac à une agence de location. Embarqué appareil photo, chemise , un poncho, un tee-shirt de rechange, 4 caleçons, 3 paires de chaussettes. Pas de Lonely, je l’ai perdu et je m’en cogne. Loué un scooter de 125cc automatique pour 4 jours. Fait le plein. Acheté une carte.

Puis j’ai foncé à 60 à l’heure vers le nord-ouest en abandonnant pizzas, bob marley, morues yankees en short, jongleur amateurs en sarouel et tout le cirque FRO-BO (faux-romanos bohème) de Pai.

A moi la boucle Mae Hong Son, 600 kilomètres de montagnes qui flirtent avec la frontière Birmane. Les hippies venaient y mourir d’overdoses dans les années 80, les Karen abattaient les gardes-frontières à la Kalash rouillée. Trafic de femme, de jade, de came, d’arme. Mais aujourd’hui c’est calme.

N’empêche qu’en secouant la pulpe il doit bien rester un peu d’exotisme au fond.

Mae Hong Son, 82 kilomètres.

La gentille pluie me fouette bien la gueule et comme je reste là à faire le gros dur je suis trempé quand j’enfile le poncho. Ça monte sec. Lacet, contre-lacet. Parfois je roule à 20 km/h tellement la pente est raide. Il faut klaxonner à chaque virage pour éviter les pick-ups qui doublent sur la deux voies. Je commence à frissonner. Chemise. La bruine limite la visibilité. Arrivé au point de vue panoramique on voit rien d’autre que l’intérieur d’un nuage. J’ai roulé deux heures et fait 35 kilomètres. Le bout de mes doigts commence à friper comme après un bain trop long. J’ai des gouttes dans les yeux.

La route enchaine sur une forêt à flancs de montagne à la chaussée défoncée. Le temps de Paris en Novembre est devenu une tempête. Des nids de poule géant criblent le bitume et plusieurs éboulement de terrain resserrent la voie. Je ne sens plus mes mains. Je fais une pause pour laisser passer l’orage qui gronde. Un gamin vient s’abriter avec moi sous l’espèce de chapiteau en bois au bord de la route. Il porte une machette de 50 centimètres de longs. Il m’étudie et je n’aime pas son regard. Je me taille.

Le bout de mes doigts me fait mal et je n’ai plus un centimètre carré de peau sèche. Mon visage ruisselle d’eau de pluie. J’ai ce mauvais frisson pré-rhume quand j’arrive à Mae Hong Son, une bourgade de 5000 personnes au fond d’une vallée encaissée. Le premier hôtel est trop cher. Le deuxième hôtel est tellement glauque que je m’attends à voir un majordome bossu se découper sur fond d’orage. Le genre hôstel de slasher-movie. Pourtant je braille et personne ne se pointe à la réception.

Ya ce bar genre pub qui passe les clashs. Avec un tout petit panneau « chambre à louer ». C’est dans mes prix (3,50 euros). La petite minette Birmane m’explique que c’est une chambre dans une maison et m’emmène dans un villa confortable à proximité et me file les clefs. J’ai 100m2 pour moi tout seul avec deux douches, une cuisine et 3 chats.

La maison a un côté « vielle baraque retapée du Lubéron » avec un peu d’antiquaire fou : fauteuil de dentiste sur la terrasse, brasero dans la cuisine. Mais pas l’eau chaude. Je me douche en hurlant, me sèche et sort déjeuner. J’ai l’impression d’être Jack London trouvant un âtre dans une maison de bois après une course dans le grand nord. La nuit, l’orage continue de plus bel.

Le lendemain un temple avec vue sur la ville.

Une promenade aléatoire dans la campagne. Je tombe sur un barrage puis un village Karen. Les routes sont atroces avec des gués.

Je finis par voir un panneau « village Karen des femmes-girafes» et roule une bonne heure avant d’abandonner ma meule au bord de la route pour éviter de m’embourber. Le chemin sillonne encore deux bons kilomètres et j’arrive à un carrefour qui résume bien cette partie de la Thaïlande : A ma droite une barrière et un poste de garde d’où me lorgnent 3 soldats armés de M16 l’air mauvais. A ma gauche le village des Karens au long cou.

No, no, refugee camp, can’t go, can’t go. Go away. J’envisage un moment d’essayer de lui filer un bifeton pour aller voir et faire le reportage du siècle mais je crois que les rédacteurs en chef s’en foutent des birmans.

Alors je continue et parlemente un bon moment pour avoir une ristourne sur le « ticket culturel » qu’un type visiblement pthysique essaye de me revendre de son hamac. Le village « culturel » n’est qu’un alignement long de 100 mètres de baraques miséreuses et d’échoppes qui vendent de l’artisanat douteux, des bijoux avec étiquette made in China et des écharpes. Je traverse sans oser prendre de photo de gens (sauf une), par respect.

Et là devant une grand-mère au long cou je craque et je n’arrive pas à retenir mes larmes. Elle me regarde impassible tourner la tête et me sécher les yeux. Je pars du village légèrement nauséeux, remonte sur ma bécane, rentre à Mae Hong Son et me tape une cuite pour oublier. Dans le bar je rencontre un Hollandais bourré qui me parle de pots de vin sur des chantiers de dragage (nan pas de putes, de BTP, suivez un peu) et m’invite à manger du curry de sanglier sauvage (cherchez pas, c’est dég’). Il éclate de rire en parlant de Pai et explique : Ils essayent tellement d’être différents qu’ils se ressemblent tous là-bas. C’est des beaufs de 20 ans et le pire, c’est qu’ils se croient décalés. Sa copine en tailleur propret aux cheveux impeccablement brossés acquiesce.

Au matin je glisse suivant la pente hors de la ville en traversant une forêt parsemée de villages. L’un d’eux propose une source d’eau chaude qui semble abandonnée malgré un gazon impeccable. Des cabines avec baignoires servent de refuges aux araignées, et après avoir essayé de démarrer la pompe à eau soufrée pour remplir la mini piscine je quitte ce site fétide sans avoir eu d’eau chaude depuis mon départ. Dommage pour mon rhum carabiné.

Plus loin un chemin prometteur semble dans la brune serpenter avec pour seule mention, « station micro-onde » .

Le chemin raide mène à un village miséreux et boueux dans la brume où les cochons sauvages et les poulets circulent libre. On me regarde bizarrement alors je rebrousse chemin.

La pente est dure pour un scooter qui n’a pas de frein moteur et descend donc en roue libre, il me faut solliciter les freins en permanence, en risquant de déraper et de me vautrer vu l’état de la route. La hantise de perdre mes freins en peinte à 50 à l’heure me travaille.

Me voilà à la nuit tombé dans le village de Khun Yuam. Un marché dans un champ boueux sous la pluie.

Une route. A la sortie du bled je trouve un petit hôtel sympa pas cher. Je me gèle alors j’achète une veste de Nong chinois à enfiler par-dessus ma chemise. Avec mes grolles boueuses, mon rhum j’ai l’impression de revenir de Breiztek. Heureusement ya l’eau chaude et la douche chaude après 3 jours à me peler me fera un bien fou. La nuit deux coupure de courant me laissent seul dans le noir dans cet hotel vide. J’ouvre la fenêtre, rien, aucun lumière dehors et le ciel grisâtre masque les Etoiles.

Le patron de l’hôtel me conseille de ne pas suivre l’itinéraire touristique traditionnel mais plutôt de traverser le mont Doi Inthanon, le plus haut de Thailande. Je fais un long détour par un parc national pour voir une chute d’eau en remontant de nouveau vers les alpages, les conifères, la bruine et la mousse. L’ambiance fait trés X-file.

Sur le chemin je fais sensation en interpretant « I love Rock and Roll » de Joan Jett en roulant, sans doute à cause du manque d’oxygène à 1300 metres. J’imagine la surpise de l’autochtone en voyant surgir l’abominable Farang des bois en pétrolette qui pousse ce cri de bete sauvage : « I looooooave, rok en’ rowl, spent two much tayme en the juquebox baybi ». Même les ruminants semblent sidérés comme des touristes Japonais au Louvre.

Les routes sont bourrées de barrages de police mais personne m’arrête jamais.

Le paysage ressemble désormais à une vallée suisse semée de champs de maïs. Les habitants me font signe de déjeuner avec eux à la sortie du village où j’ai hélas déjeuné. J’arrive enfin à Mae Chaem, une triste ville sans charme. Maso, je décide de pousser jusqu’au mont pour y louer un chalet. Mais la pluie se remet à tomber, je suis épuisé et la lueur des phares trace des maigres sillons dans la pénombre. Et la route est fermée à partir de 6 heures. Je me rabats donc vers le gite du parc national pour ce qui sera la pire nuit que j’ai eu en Asie.

La cabane est une grotte de pacotille salpêtrée genre motel pour Fred Flinstone. Humide. Moite. Froide. Room service et pneumonie. Le toit ne ferme pas totalement dans la salle de bain et il pleut dedans. Mon nez brule, coule, j’éternue. Alerte acariens. Pleins. Et peut-être un chat. Des chats même. Mon système nerveux parano se met en DEFCON-5 : attaque allergique totale. Des trucs me piquent, des moustiques bombardent mes flancs. Je me gratte dans les draps humides, me mouche, me frotte les yeux, en proie à une insurrection corporelle totale. Dehors la terrasse est balayée par une mauvaise bruine, mes vêtements sont humides. Impossible de dormir à la belle étoile, de reprendre la route.

 Je suis fait comme un rat.

 Le lendemain j’avale un café cul sec et me tire à 7 heures pétantes vers la civilisation avec des yeux explosé et un mal de crane. À peine le temps de visiter une chute d’eau. La troisième. La plus belle.

Et je rejoins en deux heures une nationale où je roule allégrement à 90 entre deux vols planés dus aux nids-de-poule. L’arrivée à Chiang Mai est rude, avec ses voitures qui déboitent complétement à l’arrache pour piler devant vous, ses mobs qui vous frôlent et l’occasionnel chien errant qui traverse. Enfin un vrai lit, des fringues propres (les miens puent à cause de l’humidité car jamais le temps n’a permis de les sécher), mes emails et la troisième saison de Six Feet Under. Ça fait du bien.

Si je recommencerais ? Bien sûr, je pars pour le triangle d’Or demain et l’autre frontière Birmane (celle qu’on peut traverser). Parait qu’ils vendent des kalashs sur les marchés. J’ai hâte de voir ça.