Se nourrir pour pas cher au Canada sans devenir diabétique ou obése

Se nourrir pour pas cher au Canada sans devenir diabétique ou obése

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Le monde se divise entre plein de catégories de gens. Par exemple, ceux qui te font un festin avec 3 navets, et ceux qui foutent le feu à la cuisine en faisant une omelette. Si vous appartenez à la première catégorie, vous disposez là d’une compétence inconnue de la plupart des cuisiniers de cafétérias du Québec (ouais, c’est un peu dégelasse et gras). Mais ça se change et la cuisine c’est facile une fois qu’on a choppé le coup. Ça prend un peu de temps mais c’est du temps social, où tu peux causer avec tes colocs en pelant des légumes, ou alors sortir au marché avec ta blonde.

Si vous avez la flemme de lire tout (ça serait bête je me suis cassé le boule à l’écrire) l’idée se résume en deux concepts : éviter les grandes chaînes pour les indépendants et cuisinez vous-même votre propre bouffe plutôt que de baffrer du tout fait! Rappel: c’est la deuxième partie d’un guide qui commence ici.

Bannir la grignote nécessite un effort de fond qui paie en santé et en économies. Votre serviteur aime particulièrement se faire une bonne grousse marmite de plats en sauce bien piquants portionnés en doses journalières dans des tupperwares qu’il suffit de congeler. Bœuf bourguignon/curry de poulet/rougaille-saucisse/ratatouille agrémenté suivant le gout du jour de féculents tels que patates/riz/pâtes/semoule/quinoa.

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Fascinant autocuiseur. On a tous un féculent préféré. Moi c’est le riz. Voilà pourquoi je possède un autocuiseur. On en trouve à moins de 20$ (parfois moins de 10) et ils permettent de faire du riz sans le louper en 15 minutes chrono quand on rentre la dalle au ventre de soirée. Efficace aussi pour les lentilles, la Quinoa, les raviolis et toutes sortes de poissons qui se cuisent à la vapeur. On trouve même des recettes pour cet instrument miracle. Pour le nettoyer, tu laisses tremper dans l’évier une nuit et tu nettoies à l’esponge non abrasive. Cousin bourgeois de l’autocuiseur : le crockpot ou mijoteuse, tu mets tout les ingrédients dedans et ça cuit 8 ou 12 heures à super basse température. Comme ça tu pars bosser et t’as un bourguignon au retour sans foutre le feu à la maison ni cramer au fond.

L’été c’est la saison des salades (tomates/kale/laitue/lentille) et l’hiver des soupes moulinées (carottes/navets/choux/et toutes ces citrouilles/courges délicieuses). Soyez attentifs à l’aspect/date limite de consommation du produit et des conditions de stockage, j’ai vu des taboulés gonflés dans des frigos défectueux (clostridium)  et je connais au moins deux supérettes qui éteignent les frigos la nuit, à Montréal, et Toronto. Pas moyen d’écrire où mais en inspectant la gueule des surgelés on se fait une bonne idée en général.

Le bal des vautours : Quelques enseignes de grande distribution

Loblaw/Provigo No Frills Maxi Metro Wallmart IGA Cosco
En un mot Vaste choix de trucs trop chers. Le hard-discounter en bouffe grasse et sucrée douteuse hors Quebec Loblaw des pauvres, Mammouth écrase les prix Du vol patenté avec des promos intéressantes sur la viande Premiers sur les prix, derniers sur le droit du travail La chaîne bien-de-chez-Québec Là où les obèses pauvres achètent leur diabète
Prix $$$ $ $ $$$$ $ $$$ $
Choix/Qualité JJJ J J JJ J JJ JJ

Manger des trucs bios sains est possible au Canada, mais nous sortons là d’une optique budget. C’est un choix de vie qui se monnaye (et pas qu’un peu). Si vous êtes diététicien/expert en agroalimentaire etc et souhaitez que j’écrive là dessus quelque chose, contactez-moi.

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Festin pour fêter le têt (nouvel an Viet) à Toronto. A force de vivre à Chinatown… à gauche un bouillon de gingembre/citron vert, une salade de champignons froide, et une salade de poulet thai. Budget: 10 boules.

Pour vous procurer tous les ingrédients, direction le plus proche quartier ethnique. Si vous habitez sur le plateau, je vous recommande chaudement Seagals’ (en bonus pas mal de trucs bio à pas cher) si vous arrivez à supporter les beaufs qui vous foncent dessus en caddie dans les allées larges d’un mètre. Ou alors le PA (qui livre) mais il s’embourgeoise encore plus vite que le quartier et les prix augmentent constamment au rythme de la gentrification de Montréal.

Les experts: Autopsie d’un ticket de caisse d’une épicerie pas chère, en rouge les prix grande distribution

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Les Asiatiques, Africains, Ukrainiens, Italiens, Maghrébins, Grecs et Sud-américains ont été des immigrants avant vous et connaissent souvent les bons plans. Les Chinois excellent particulièrement dans l’art de cuisiner pour pas cher grâce à des années de pratique de la famine maoïste. Deux livres de gîte de paleron en gros (11 dollars à Fu Tai/Montréal un peu plus au Nosso Thalo de Toronto), une barquette de champignons en fin de vie au fruitier dans le bac à promo (1 dollar les deux) et une botte de céleris ou de carottes négociée en jouant les causette-les-deux-pieds-dans-la-neige à Jean Talon (2 dollars à Montréal, 3 chez Yong Xin Fruit and Vegetable à Chinatown-sur-Toronto ). Versez de la bière dans votre ragoût et servez avec un féculent, et voilà pour moins de 20 dollars 4 ou 5 excellents repas qui feront le bonheur de vos amis.

Pour des bons plans en gros (venez avec un gros cabas), direction Mayrand la centrale de gros qui fait des prix de fous furieux. A ces tarifs-là (les moins chers de la ville accessible aux particuliers) ça vaux le coup d’affréter un Uber voire de louer une bagnole par mois. A visiter pour une soirée raclette, ou un plan méchoui à 40.

Tu es gourmand(e)? Va pécho du vieux!
Ils sont là, seuls et délaissés telles des vedettes grabataires d’Hollywood. Les vieux légumes pas sexy, victimes du diktat du jeunisme, sont parqués dans un coin sombre du fruitier et stigmatisés d’une étiquette rouge. L’occasion pour toi, travailleur pauvre, d’en pécho un maximum à prix discount. Et de ranimer le chasseur-cueilleur qui sommeille en toi vu qu’on est génétiquement prédisposés à se goinfrer de fruits en un temps rapide. Soit opportuniste. Ces kilos de pommes défraîchies te nourriront en compote pour la semaine, et ces toimg_20170215_102209mates feront des merveilleuses bolognaises/sauce tomate. Tu peux aussi te faire des pots massons/conserves en demandant à un québécois de t’expliquer la marche à suivre pour pas t’intoxiquer. Dans le doute lave, bouille, frit et cuit. Il n’est pas vraiment possible de se faire trop mal avec du végétal moribond (moisis=danger) vu les tonnes de conservateurs qu’ils foutent dedans. Par contre si c’est animal (viande, poisson et surtout fruits de mer) et que ça a a l’air en retour d’after méfiance voire fuite s’imposent.

 

Mais tu peux aussi pécho du gros! L’enseigne bulk barn propose de la « dry food » (aliments « secs » longue conservation) au poids en self-service dans ses nombreuses filiales. Pratique pour acheter juste ce qu’il faut d’épice, de farine ou de poivre au citron (ou bourrer les mômes de sucre à Halloween) sans faire de stock ni abuser du packaging. Tout n’y est pas forcement plus avantageux mais bon… Il existe une variante moins achalandée à Jean Talon : Vrac en Folie15133031164_67e46f26f1_b

  • Les supermarchés genre Cosco vendent à prix cassés des saloperies bourrées de sucre et de gras d’huile de palme (aussi appelée jus d’Orang-Outang pressé). Du véritable bouche artère qui fait un gros cul. Le cholestérol et le diabète sont endémiques en Amérique du Nord au cas où tu ne l’aurais pas remarqué en descendant de l’avion. C’est souvent un corollaire de la pauvreté car les trucs les plus répugnants (gras, sucrés etc) ne coûtent presque rien. Si l’on évite les petits épiciers bio péteux de broue, les légumes et fruits sont économiques s’ils sont de saison et qu’on va pas les acheter chez Valmont. Le fromage coûte cher, mais le Global Cheese de Toronto pratique des tarifs de demi-gros appréciables. Pour le poisson : des conserves de sardines (très avantageuses d’un point de vue nutritionnel) des poissons boucanés (excellents maquereaux fumés délicieux avec endives et moutardes) sans compter la morue salée du Nosso Thalo. Les Canadiens sont un peu chochottes avec les abats et du foie de bœuf d’Angus (la rolls-royce du bœuf) se monnaye 2 ou 3 $ la livre à l’occasion. Idem pour gésier, tripes et rognons avec des bonnes affaires à l’IPA. Le prix du cheval varie du simple (cad quasiment rien) au double suivant les quartiers. Pour parfumer un peu tout ça, direction Dollarama et ses épices à prix discount. N’essayez pas leurs conserves, elles sont horribles.
Gare à l’arnaque à l’étiquette : Au Canada on a pas l’obligation d’afficher le prix. Pire, les distributeurs ne risquent rien en cas de différence « prix à la caisse/prix affiché » à part appliquer le moins cher (qui est 100% du temps celui sur l’étiquette, car c’est du vol revendiqué). Si quelque chose n’est pas étiqueté, vous êtes libre de traverser l’hypermarché pour aller à une borne (qui ne marche pas une fois sur deux) ou carrément demander à la caissière de vous scanner le truc (en faisant râler la file d’attente). Puis de revenir à votre caddy reprendre vos emplettes. Ce n’est pas pratique, et c’est fait pour. Mon conseil est donc de ne pas acheter de trucs non étiquetés car c’est fait exprès, et toujours plus cher que ce que vous espérez. Ne les encouragez jamais à vous voler.
  • Tous les adeptes du dumpster-diving (ici un open map avec des pistes pour jouer au raton laveur) ne sont pas des radins ou des pauvres, certains le pratiquent par conviction politique et économique. C’est assez répandu à Montréal (jamais vu à Toronto) et des commerces jouent le jeu. Ainsi certaines franchises connues déposent leurs baguettes invendues devant leurs boutiques le soir. Il existe aussi des soupes populaires (dédiées ou non à certaines communautés), des épiceries solidaires sous conditions et des colis alimentaires mensuels dans les quartiers populaires. A vous de voir si vous pouvez ôter le pain de la bouche des locaux pauvres (vers Montréal Est et Nord la misère est terrible), et vous regarder dans une glace.

Quelques recettes

La bonne soupe d’hivers à Mamie Fennec

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Mamie Fennec (allégorique)
  • Une courge (n’importe laquelle on est pas raciste mais je préfère la butternut)
  • Un oignon, de l’ail
  • N’importe quels légumes d’hivers qui traîne en promo: Patate, Carotte, Navet, Oignon, Kale, Épinard, Haricots verts, panais etc etc PAS de Tomate qui va ruiner le plan avec l’acidité
  • Une pointe d’ail
  • Un corps gras type beurre, huile ou Jean-Marie-Bigard
  • Un bouillon cube dissous dans de l’eau
  • Un mixer
  • Optionnel: du piment émincé et un morceau de gingembre pelé et émincé de la taille du pouce

Pelez/lavez/épépinez ce qui doit l’être (gaffe la butternut c’est robuste et chiant à peler) et détaillez en morceaux grossiers. Faites revenir l’oignon, la courge dans le corps gras. Quand l’oignon devient transparent, versez l’eau avec le bouillon cube avec les autres ingrédients (si ils sont vraiment fragiles genre épinard ajouter une minute avant de couper le gaz). Une fois que tout est bien cuit, ajouter la pointe d’ail, laissez refroidir un peu et mouliner. Vaut mieux avoir une soupe trop épaisse et la rallonger que l’inverse. Une fois la soupe moulinée vous pouvez ajouter au choix du vin rouge, de la crème, un peu de lait entier, du fromage râpé éventuellement pour lui donner du corps. Avec une bonne tartine de pain grillé ça va vous revigorer. Ça se congèle super bien en portions.

 

Les pâtes « Luca Brazi » à la sicilienne 

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Bonu vinu fa bonu sangu!

 

  • des pâtes fines genre cappelini
  • de l’huile d’olive de très bonne qualité
  • un vieux guignon de pain tout dur
  • de l’ail coupé à la lame de rasoir (nah je déconne, c’est pour la private joke)
  • du poivre
  • une boîte de sardines ou d’anchois
  • Optionnel si ta fagnari I pizzu: du parmesan.

Émincez et broyez l’ail dégermé (moi j’en mets une tonne dans cette recette) explosez le pain pour en faire de la poudre (on appelle ça de la chapelure). Poivrez et pimentez le mélange pain-ail et ajoutez votre boîte de sardines (ou d’anchois) égouttées et broyée, ajouter l’huile d’olive et mélangez pour faire une sorte de purée. Cuisez vos pâtes al dente. Pendant qu’elles égouttent dans l’évier faites revenir très brièvement la purée de sardine/pain/ail dans la casserole séche (pas plus d’une minute). Puis versez vos nouilles égouttées sur le mélange et mélangez bien avec la purée comme si vous épongiez un parquet avec une serpillière. Servez aussitôt avec des copeaux de parmesan et un bon chianti. 

 

 D’autres plats de pauvre avec ce que vous trouverez en promo chez le fruitier: omelettes, gaspacho, tartines, curry de legume à la mijoteuse, haricots frits à la chinoise, Tofu MA/PO, moules à la bière façon belge, riz frit à l’Indonésienne. Oui j’ai un gros biais pour la bouffe asiatique, la faute à 5 ans passés là-bas.
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Allez avoue que toi aussi t’as déjà bavé en pensant à elles petit(e) dégelasse

 

 

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Soy un immigrant !

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–          Il a mouillé mon gant !

Rose la créole n’est pas contente. J’ai mouillé son gant. Le chef m’a prévenu. La cote de maille digitale est indispensable pour les postes de coupe. Si je me retrouve sans doigt façon Yakuza en éminçant des carottes je peux m’asseoir sur l’assurance-accident du boulot. Alors je mets ce gant rigide tressé en alu. Et par mesure d’hygiène, je rajoute un autre gant en latex pour éviter de contaminer la protection avec des particules alimentaires. C’est comme couper avec une moufle à la main gauche (celle qui tient le légume). Le bout du doigt pendouille lamentablement, comme une capote trop petite. Et l’extrémité finit en charpie, humectée par la pulpe de tomate que je détaille à vitesse grand V. Alors le gant est mouillé. Tout le service on entend la plainte déchirante de Rose. Un long cri accusateur, râleur et rouspéteur : J’ai mouillé son gant. Quand elle ne se plaint pas, Rose rigole à gorge déployée à l’humour de salle de garde de ses collègues. Elle est la seule femme en permanence dans la cuisine.

Ze clash of the Titan
Ze clash of the Titan

–          Damien j’ai parlé à ma femme. Je la quitte, je veux t’épouser et faire le petit train dans un sauna avec toi !

–          Impossible, je fais déjà le cheminot avec ta sœur et on tourne au diesel, pas à la vapeur.

Amihd est Italo-Marocain. Le second de cuisine aime filer la blague-gay-je-veux-t’épouser-on-ira-à-San-Francisco. Ad-nauséum. C’est aussi un bourreau de travail père de 2 gosses qui cumule une paire de jobs avec sa femme. Il n’aime pas son boulot ni son salaire. À la pause de 15 minutes vers 10h avant le coup de feu (le service intense) il ne me parle pas de m’épouser mais de son rêve. Assis sur un banc dans le parc à côté de l’entrée de service, il regarde sa tasse à café tristement en tirant sur sa Newport, l’air pensif.

–          Tu sais ici, c’est bien pour tes enfants, ils auront une meilleure vie que la tienne. L’Italie c’était plus possible. C’est un boulot de merde ici.

Alors, il fait ses 12 heures par jour. Il rêve de passer l’exam de chauffeur de bus. Un travail syndiqué, payé 17 dollars de l’heure qui le laisse voir ses filles grandir. Avec des congés, une assurance maladie. Un boulot dont on est fier.

Second de cuisine dans une cantine, c’est un peu la honte. Moi je suis en-dessous. Je règne sur les fonds de casserole crades, le balai et la serpillère. Corvéable.

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Affiche de sécurité au travail dans les toilettes.

–          Bon Damien, tu m’emballes la sauce et tu me la mets au réchaud s’il te plait, après tu reviens me voir on va faire des pizs, merci.

S’il te plait/merci. Pas de « dépêche connard ». À 30 ans, Nico est le chef français de la cuisine. Il m’avait rappelé quand, déprimé de ne rien trouver dans ma branche pourrie, j’ai commencé à chercher d’autres boulots. Le même jour une blonde fripée à décolleté panoramique m’avait fait traverser la moitié de l’agglomération de Montréal. Pour m’annoncer en entretien que non, elle n’avait pas d’argent pour me payer. Mais que, « ça pouvait me permettre de me faire connaitre ». J’ai décliné poliment et réussit à quitter son bureau sans lui jeter ma serviette de CVs à la gueule. Le soir même je tentais tout : serveur, cuistot, manœuvre. Dans la cantine sale d’après-service, il y avait des chaises à l’envers sur les tables. Mais les femmes de ménage n’avaient pas encore passé le balai. Il avait à peine étudié mon CV avant de me regarder dans les yeux.

–          Je vois que t’as fait plein de choses, t’as l’air débrouillard. Tu vas apprendre ce que tu ne sais pas encore faire. Les français sont travailleurs. Le boulot paye mal mais on est cools. De toute façon, ici, être cuisinier c’est être moins que rien… Ça te pose un problème ?

Mes collègues sont agréables, pas d’invectives, de menaces, d’injures comme dans les cuisines françaises. On se boite, on se chambre avec un humour potache mais ça reste soft.

–          Hé Luis tu fais la pause syndicale mexicaine ?

Luis a terminé son service à 1h du matin à la Taqueria[1]. Il pique du nez comme un junky devant son assiette de pates en sauce. Il sursaute en clignant des yeux. Luis, il est toujours de bonne humeur. Il parle aux jeunes en espagnol. Ils l’adorent. Des fois il les « check » en les appelant par leurs prénoms. Parfois il file 25 cents à des gosses en panne de monnaie dont la scolarité (6400 dollars/an) coûte la moitié de son salaire. Car le collège privé catholique sous contrat avec le gouvernement français a pour élèves des enfants de la bourgeoisie expatriée française qui ne manquent de rien. Une usine à élites comme l’atteste les scores au bac épinglés sur la machine à café de la salle des profs : 100% 98,7% 99,1%. Avec une pléthore de mentions. Dans le hall, les portraits d’anciens élèves parfois illustres ont des airs d’alluminis oxfordiens.

Moi je pousse un Cambronne en plastique dur incrusté de crasse sous les airs solennels de ces futurs grands hommes nés des bons gamètes. Je reste pensif devant l’affiche « Bac 1997 », l’année de mon diplôme passable. Que sont devenus ces jeunes hommes et femmes aux airs d’énarques ?

–          « Arrête de rêver Damien, il faut porter le camb »

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Aliou est franco-sénégalais. De Marseille. Avec son Master en Economie, il est le cantinier de la classe des petits au troisième étage. Il faut porter le repas entre les étages avant d‘atteindre l’ascenseur. Comme il a à peu près autant de poils sur le crane que Omar Sy, il est dispensé de filet dans les cheveux. On pousse ce chariot à roulette de caddy entre les dessins d’enfants, les panneaux d’exposés.

Mise en place/nettoyage. Papotage.

–          Comment ça s’est passé Samedi ?

–          Jsuis claqué Aliou. Si je sent encore une saucisse qui grille, je gerbe.

–          Ils t’ont envoyé faire ça car t’es le nouveau, personne veux faire des heures sups à ce prix-là.

Samedi j’ai eu affaire à Sylvain, l’intendant du groupe à qui le collège sous-traite la cantine. Il m’a supervisé alors que je grillais des saucisses et des brochettes de dinde pendant le spectacle de fin d’année, en m’aidant à l’occasion. Théoriquement c’est un cuisinier de formation, mais son boulot consiste à éviter les dépenses inutiles et à faire office de relation publique et de manager de personnel. Sylvain n’est pas méchant, mais il souffre de la solitude du chef : personne ne rigole jamais à ses blagues qui parlent toutes de pognon. Et parfois il lui faut faire preuve d’autorité comme dans …

L’affaire du Redbull

Vendredi, il nous a fait réunir, sérieux.

–          Ce matin -ca date donc de notre service- quelqu’un s’est servi une bouteille de boisson énergisante dans la réserve. Ces boissons sont pour une commande de buffet. Je considère cela comme un vol. Je ne souhaite pas savoir qui l’a fait. C’est personne. Mais si ça recommence je vais prendre des mesures. Nous sommes cool sur les repas, on vous laisse prendre deux ou trois steaks et plusieurs garnitures pour un prix qui ne nous rapporte rien (1 euro NDF). Mais si vous me chiez dans les bottes c’est finit l’opulence.

Il me fixe beaucoup en parlant. Moi le nouveau. Ça m’énerve. Je fais remarquer à Nicolas que passer un savon à tout le monde en disant que c’est personne, c’est accuser tout le monde. L’ambiance est lourde, suspicieuse. Luis hasarde que c’est peut être « le jeune » qui a quitté le service avant le sermon.

Gabriel est le gosse de la cuisine. C’est son premier job. Fin d’acné, air peu réveillé. Il ressemble à un mélange improbable de Gaston lagaf’ et du fils Depardieu dans « les apprentis ». Sa mère cantinière, une sympathique matrone québécoise pas bégueule pour un sous, lui file des clopes de contrebande à la pause. Son père est homme à tout faire, et son grand frère baraqué et tatoué est concierge. Tous dans le collège. J’imagine une histoire ancestrale : Peut-être que du sang  amérindien coule dans leurs veines. Et qu’ils sont les derniers représentants d’une société secrète qui veille sur la terre de leurs aïeux qui s’étendait, jadis, du préau à la salle informatique ?

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Finalement, Gabriel confesse son crime contre une indulgence. Il croyait que c’était pour les employés. Magnanime, Sylvain ne lui facture pas la boisson.

Je coupe, je mirepoix[2], je julienne, je taille, j’aligne en formation militaire des cookies sur une plaque de papier sulfurisé graisseux. Je plonge ma main dans un seau glacé pour en extraire oignons et carottes. Je passe à la vapeur des légumes congelés. Quand les plats sortent, je crie « chaud, chaud, chaud » d’un ton fort. Et mes collègues m’esquivent pour ne pas finir aux grands brulés.

Thou shall not pass !

Et me voilà avec Aliou dans la salle Lajoie pour le triple service. Les petits (8-9 ans) sautent à pas chassés comme des Lémuriens surexcités. Ils déferlent en hurlant. Je serre mon torchon rosâtre de bus boy plein de nettoyant industriel.

–          Aliou, c’est aujourd’hui que nous honorons notre cause. Moi aussi j’ai peur mais seul un grand homme ne frémit pas face à son destin glorieux sur le champ de bataille. Au nom de la communauté, ils ne franchiront pas la porte de Mordor. Déchaîne les enfers et que dieu soit avec nous !

–          T’es con Fennec ! Rigole Aliou.

J’inscris sur la feuille les noms, j’encaisse les 6 dollars du repas. Je passe un coup de serpi sur les plateaux crades. Certains gosses sont difficiles, la plupart sont adorables. Le jeune M (il a un de ces noms lourds de conséquence de parents hipster que je m’interdit -présomption d’innocence oblige- de vous livrer ici) est probablement un peu hyperactif. Il aligne les briquettes de jus de fruit et revient me le dire tout fier :

–          J’ai rangé les jus de fruits pour vous

–          Merci moussaillon, présente-toi demain avec des chaussures de sécurité et ton tablier pour le service. Embrasse ta mère et ta blonde, demain nous franchissons le Cap Horne.

Après le repas, M vient me déclamer un poème. Je lui réplique avec la tirade des nez, de Cyrano de Bergerac. Les enfants ont une manière électrisante de vous fatiguer. Ils épuisent et ils revigorent à la fois par leur candeur, leur gentillesse.  Le jeune E replet demande du rab. La petite M m’assomme par ses questions :

–          Pourquoi t’as des lunettes, pourquoi t’es un garçon, pourquoi tu as ce truc dans tes cheveux, t’as quel âge ? Est-ce que t’es vieux ? T’as déjà été jeune ? T’as des enfants ?

J’inspire un grand coup et lui lance en mitraillette :

–          Je suis myope, je suis né comme ça, c’est par mesure d’hygiène, ça se demande pas, j’ai l’âge de mes artères, oui j’ai déjà posé des questions bizarres à des grandes personnes donc été enfant. Oui j’ai des enfants, une centaine à servir en 45 minutes. D’autres questions ?

Elle fronce les sourcils le temps d’étudier ma réponse. Visiblement elle est déstabilisée par mon débit de rappeur.

–          Pourquoi je suis une fille, pourquoi t’es né myope, pourquoi t’es devenu vieux, pourquoi faut travailler ?

–          Si l’on éloigne les interprétations gnostiques ou la pataphysique, les réponses à tes questions rhétoriques bien que métaphysico-philosophiques sont avant tout affaire d’interprétations subjectives. En cela l’essence de la sapience consiste à chercher tant la causalité qui amène à ces questions que leurs réponses par essence inaccessible. Sauf pour le travail, ça c’est pour gagner des sous.

–          Quoi ?

–          Bien fait.

–          Moi je vais en vacance en France et toi ?

–          Tu t’arrêtes jamais de parler ?

–          Pourquoi je m’arrête jamais de parler, pourquoi je vais en vacance en France [… etc etc etc…] pourquoi ya des animaux ?

–          La surveillante t’a demandé de t’asseoir.

–          I’ll be back (en français dans le texte)

Chaud !

Je lave penché en avant, une énorme marmite industrielle tandis que le jus crade filtré par un chinois[3] rejoint l’évacuation des eaux. Je passe le balai puis la serpillère. Je fais des salades méditerranéennes Feta-Légumes-du-soleil-roquette pour les dirigeants du bahut. Je range des bacs en inox sous film plastique dans la chambre froide.

Les élèves sont comme rendus fou d’ennuis par leur mâtiné de fin d’année scolaire. À regarder des Disney ou La marche de l’empereur. L’ambiance est électrique. Demain on ferme. Demain ils partent en vacance.

–          Chaud-chaud-chaud !

Deux semaines (dont une journée de congés… ca fatigue) et j’ai déjà un surnom de guerre: Chaud-chaud-chaud. Amihd est à bout lui aussi. Il lance à Luis :

–          Donne-moi un dollar Luis et jvous montre mes fesses !

–          Je relance : Oui mais sensuellement alors, fait moi oublier mes problèmes.

–          Puis ensembles :  Allez Amihd montre nous tes fesses, allez Amihd montre nous ton cul !

L’ambiance est chaude et je manque d’immortaliser le postérieur du second de cuisine pour une dérisoire affaire de shutter de téléphone portable. On se marre bien, Rose chahute Amihd. Son fou rire incontrôlable est contagieux. J’esquisse des petits pas funkys sous la clameur, Aliou rigole de toutes ses dents immaculées en disant « vous êtes tous fous ».

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Et là, c’est le drame.

 On se marre tellement qu’on n’a pas vu Sylvain, un peu vexé de pas en être, qui se tient en retrait. Il n’a pas perdu une miette de nos burlesques effusions.

–          Bon arrêtez un peu avec le show érotique là, je sais que c’est pas le service mais c’est un bahut catholique quand même !

On fait un peu semblant de bosser, puis une fois qu’il est loin c’est l’heure de la photo de classe, comme celle des « yearbooks »[4] que les enfants font signer plus haut. Et comme pour ces enfants, certains ne reviendront pas : on n’est jamais trop loyal à un boulot aussi mal payé, à moins d’y être obligé comme le Chef.

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Le chef n’est pas Chef. Le chef est indien. Il ne parle jamais et ressemble à l’indien de vol au-dessus d’un nid de  coucou : un colosse avec des bras épais comme des cuisses d’orignal. Ses tatouages hurlent « made in prison» et « ex-homme de main». La seule fois où il m’a parlé je n’ai rien compris à son accent acadien à couper au couteau. J’ai préféré répondre « oui, bien sûr ». Il règne sur le plan de nettoyage et la plonge. Ne se plaint jamais, ne réprimande jamais. S’éloigne de 50 pas des autres pour fumer ses clopes de contrebande de la réserve à côté de Montréal. Des fois il me fixe sous ses sourcils broussailleux, inexpressif. Par mesure de précaution, on pré-rince les trucs qu’il lave. Car il fait un peu peur à tout le monde.

Vendredi. Enfin. Rendez-vous est pris pour la fin Aout.

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Je rends mon tablier sale et ma blouse. J’enlève le filet et libère des cheveux crasseux. Assis sur un banc devant un immeuble industriel dévasté je discute avec un vénérable français barbu rencontré dans le parc la veille. Il a épousé une haïtienne et lui a fait trois gosses. Il est à la retraite à Montréal après des années sous le soleil des caraïbes.

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–          C’est sûr que c’est dur pour les jeunes. Avant, j’avais une piaule dans le 9éme à Paris. Il suffisait d’attendre à la sortie de service, on te posait 3 questions et tu allais au vestiaire te préparer. J’ai été cuistot, voiturier, serveur et cuisinier. Ma piaule coutait 60 francs, avec les toilettes dehors et un lavabo. On travaillait beaucoup et on ne gagnait rien mais on était heureux. Aujourd’hui j’ai peur pour mes gosses et les jeunes comme toi.

Plus tard, je sprint malgré les crampes pour prendre mon bus.

Assis sur la terrasse de ma coloc en sirotant une bière blanche je pense que c’est dur en effet.

Aujourd’hui, le dernier jour, j’ai gagné 43 dollars.

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[1] Fast-food Mex

[2] Tailler en petits cubes

[3] Passoire fine faisant office de filtre

[4] Photos de fin d’année

… et bon appétit bien sür

Suite de « c’est vrais qu’ils mangent du chien en Chine? »

L’insolite

–          La Chèvre. Oui la chèvre se mange. Est-elle bonne ? Bof. En curry ça passe.

–          La grenouille. Ou le crapaud-buffle. Les chinois ne mangent pas les cuisses : ils mangent tout. C’est dégelasse. Vraiment. En plus vu l’état des rivières en Chine, c’est toxique car Kermite respire (et urine !) par la peau.

–          L’écrevisse. Pas mauvais. Mais si vous comptez la décortiquer vous passerez pour une chochotte doublée d’un cuistre. Les chinois gobent tout et recrachent une boule de cartilages. Comme les hiboux.

–          Les morceaux pas habituels. Alors il y a les pieds de poulets fermentés (pas bon) ou de cochons (impossible à manger si vous n’êtes pas un virtuose des baguettes) les oreilles de cochons (cartilagineux à mort). La  crête de Coq (morceaux de choix répugnant)  les tripes de porc, de bœuf ou de mouton (variable, à manger grillé croustillant et chaud de préférence). Le visage de cochon. Les testicules de poulet (ça passe jusqu’à ce que votre dent morde dans ce truc : la veine au milieu).

Les pénis d’animaux : Un restaurant à Pékin ne sert que ça, du chien (voir plus bas) à l’âne. Un expatrié french ambivalent s’est un jour lancé dans un exposé sur les mérites de cette viande. Et de conclure en roulant des yeux de folle « la bite d’âne c’est trop bon, tu devrais tenter».

Pénis d’âne

Comme il est impossible de savoir si il parlait de Ron Jeremy ou d’un bourricot je vous laisse essayer. Il y a peu je suis tombé sur une cassolette d’ovaires de porcs et de mouton en Thailande : j’ai pas osé. La cervelle de proc se mange aussi en fondue chinoise à Chongqing. Un jour un pote a voulu faire le malin et en a commandé. On lui a apporté un genre de petit porte-manteau pour accrocher un lobe pendant que l’autre trempe, afin de sortir la cervelle plus facilement avec des baguettes. D’après lui, c’est la chose la plus répugnante qu’il ait jamais mangé. Et vous feriez mieux de le croire : il est italien.

–          Le bœuf Waggyu : Imaginez un bœuf qui sort de l’université des bœufs. Non je ne parle pas de Mickael Vendetta à. On lui fait des massages à la bière pour qu’il soit en forme, on lui file des herbes sauvages cueillies à la main. On lui chante des chansons de Bjork pour l‘endormir. Puis un beau jour, sous prétexte d’aller voir une représentation de Pucini en ville, on l’isole et on lui file un gros coup de maillet sur la gueule en chantant des trucs cruels car japonais. La viande est incroyable. Ca fond dans la bouche comme une Hagen Dasz. Pas besoin de mâcher. Se mange cuit bleu ou carrément cru en lamelle. Ça coute les yeux de la tête mais il y a plusieurs qualités. Le bas de gamme est accessible à nous, les pauvres.

–          Le cochon impérial. Prenez un porcelet tout mignon tout plein. Maintenant, tabassez-le. Pendant un mois. Une fois que Babe n’est plus qu’une croute vivante, égorgez-le et massez-le au miel avant de cuir. La peau croustillera et il parait que c’est à la base comme ça qu’on faisait la viande laquée. Pour être aussi cruel il faut être chinois et cette préparation vous vaudra 6 mois de taule bien méritée pour cruauté envers les animaux chez nous. Quel dommage que ce concept n’existe pas en Chine.

Le bizarre (arrêtez de lire ici si vous êtes TROP sensible)

–          Chauve-souris : Pauvre petite bête. Déjà ya pas grand-chose à manger, ensuite les os (parfois utilisés pour jeter des sorts) sont aussi traitres que ceux du poulet. J’en ai vu grillé et j’ai eu peur.

–          Le poulpe (vivant). Vous avez vu old boy ? Le poulpe se déguste vivant en Corée. Ce qui m’inspire deux remarques. Un c’est cher. Deux c’est extrêmement dangereux car il arrive parfois que ce charmant céphalopode se bloque dans l’œsophage et étouffe le gastronome. Les moins téméraires qui désirent cependant faire souffrir ce brave animal se contenteront de le jeter vivant dans un bouillon au Kimchi (voir plus haut) brulant et de le découper aux ciseaux (sinon avec les baguettes c’est dur) avant de le manger.

–          Crocodile : En me promenant dans une allée de Canton j’ai trouvé un étal qui vendait du crocodile vietnamien. 10 euros plus tard et le cuistot coupait au hachoir une patoune . Une heure plus tard (la cuisson semble longue) on m’a ramené un truc qui ressemblait à du poulet avec une peau épaisse comme du cuir dans une sauce à la cacahuète. Pas terrible. Deux jours plus tard j’ai eu la plus abominable intoxication alimentaire de ma vie et j’ai passé une semaine à suer et à vomir. Coïncidence ? Je ne crois pas : méfiez-vous des crocodiles.

–          Serpent : Une viande très fine avec la consistance de l’anguille. Les Hong-Kongais la vendent cher dans une soupe en hivers revigorante qui ressemble au potage à l’œuf pékinois. Spécialité du restaurant Ser Won fun. A essayer.

Assortiment de larves

–          Insectes : Typique du Yunnan, de la Thaïlande du nord et du Laos. Se mange frit puis trempé dans du poivre sichuan (Chine) du piment (Thailande) du vinaigre (Laos). C’est comme la friture : délicieux brulant, dégelasse froid. Les larves d’abeilles ont encore le dard et le venin picote la langue. Pareil pour le scorpion, qui lui est parfois servis en brochette. Pour commencer, mieux vaut une bonne vieille sauterelle (ca cronch-cronch) qui bizarrement fait moins peur. Les vers à Bambou se déclinent en trois variété : minuscule genre asticots, maousse de la taille d’une allumette et monstrueux comme mon index. A l’extérieur ça fait papier mâché et à l’intérieur comme un genre de brandade de morue. On sent le « bec » là où est la tête. C’est bon, plein de protéine. Aussi disponible : Mygale (pas essayé mais faut la décortiquer), cafard, cigale, larve de libellule (succulent) et libellule.

–          Holotrulie : Je crois que c’est le truc le plus répugnant dans cette catégorie (mais attendez de lire la suite). Avez-vous déjà vu ces espaces de gros cacas noirs sur les rochers en faisant de la plongée ? bah c’est ça. L’holotrulie projette ses intestins sur ses proies pour se défendre. Certaines sont fluo et mortelles. Les cantonais les vendent une fortune (on parle de 2000 euros les 100 grammes là). Les Italiens se font des baloni en or car eux, ils trouvent ca crade et ils les exportent.

La soupe « Bouddha saute par-dessus le mur »

 Ils rentrent dans la composition de la fameuse soupe « Bouddha saute au-dessus du mur ». Le nom vient d’une légende chinoise : Trois jeunes moines végétariens surprennent un pécheur qui se fait une soupe au bord de la mer avec plein de choses (fruits de mer, œuf de caille, holotrulie, tofu, eau de vie etc  etc : 45 ingrédients au total !) dedans. Comme ça sent achement’ bon ils en demandent. Arrive le moine en chef qui les enguele pour avoir brisé leurs vœux karmiques en mangeant des pauvres tits animaux qui projettent leur tripes sur les langoustes . Mais le pécheur, pas beguel pour un sous, lui offre aussi un bol. Et le vieux moine ravis de dire « avec un fumet pareil même bouddha aurait sauté au-dessus du mur du monastère pour en manger ». Le nom est resté. Ce n’est pas du gout des Coréens qui interdisent de nommer ce plat ainsi, le jugeant blasphématoire. Comme quoi ya que les Lyonnais et leur « ptit jésus » qui déconnent avec la religion. Si cette soupe est bonne ? A 100 euros minimum le bol, je n’ai pas eu l’occasion de tester.

Homme préparant du chien

–          Le chien : Oui j’ai mangé du chien. D’abord pour me la péter dans les soirées en ville, et puis après pasque c’est bon. Faut dire que je n’aime pas trop les chiens, je suis plutôt chat (et ça j’en ai jamais mangé, je suis allergique et c’est cruel). Les coréens et les chinois en mangeaient mais la pratique se perd car les jeunes trouvent ça glauque (un peu comme pour le cheval chez nous).  Les meilleurs chiens sont d’élevage, un peu comme des moutons qui japperaient de joie en vous voyant. Mais le kidnapping de caniche se pratique aussi. Le gout évoque le bœuf mais en bien plus gras et plus fort. Souvent préparé très épicé : c’est un plat médical pour les hommes plutôt âgés (problèmes musculaires). On ne voit pas beaucoup de chiens dans les rues en Chine. Pour rappel, les bouchers canins existaient chez nous (les français donc) jusqu’au front populaire. Les mentalités changent et de braves grands-mères pékinoises ont récemment mis en déroute un macabre convoi à coup de… parapluie. La plupart avaient encore leur collier… Cette viande pourrait à terme être interdite. Variante mongole : le loup.

–          La civette : Alors déjà il y a ce truc incroyable : Le civette coffee. Prenez une civette (un genre de loutre/chat/furet qui vit dans les arbres d’Asie) et nourrissez-la de grains de café (elle fera la gueule et sautera partout mais bon…). Ensuite récoltez ses crottes et faite un bon café avec. Il parait que ça a un gout de chocolat. Comme personne ne chie dans mon café moi vivant, j’ai esquivé (oui, je suis un peu chochotte). C’est cher -20 euro la tasse- et très prisé dans les malls asiats’. Plus hardcore, mangez la civette elle-même. Et crevez… On sait aujourd’hui que la civette palmée est à l’origine de l’épidémie de SARS dont elle est porteuse saine. 5000 morts : Ça t’apprendra à manger des tites bêtes aussi mignonnes.

–          Le chat : Pauvre chat angora qui ronronne dans sa cage en attendant la mort. Le chat était consommé chez nous pendant la guerre et ça aurait un gout indissociable du lapin selon Mamie Jeanne… Alors pourquoi becter gros minet quand vous pouvez frire cet enculé vantard de Bugs Bunny ? Non vraiment ?

–          L’ours : L’ours-lune est petit et noir. Il se mange cuit à la vapeur même si l’espèce est menacée. La patte gauche aurait notamment des vertus. Le supplice des ours dont on extrait la bile à des fins médicales s’achève souvent par une assiette. Autres grands gibiers : Tigres, Éléphants sauvages blancs, Cerfs (on revient toujours au chevreuil de son enfance).

–          La baleine : Une spécialité japonaise. Pour assurer une nouvelle génération de psychopathes, le gouvernement du Honshu en sert dans les écoles. Ressemblerait à du thon gras.

–          Le Panda : Naaaaaan je déconne. Déjà yen a plus assez et ensuite tuer un panda et/ou le manger est passible de la peine de mort en Chine. Faut dire que c’est un peu leur mascotte nationale. Vous imaginez les Anglais griller du Bouledogue ou les Français cuire du Coq dans leur Vin ? Ça n’aurait pas de sens non ? Le Panda pourra donc continuer à crever lentement par manque de libido.

Le trop atroce (arrêtez de lire ici si vous êtes sensible)

Alcool erguotuo fermenté avec des coquilles de fruits de mer, et, si vous regardez attentivement, un petit singe fossilisé. En tout cas j’espère que c’est un singe…

–          La cervelle de singe : On lui ouvre la boite crânienne et on y plonge une cuillère, vivant. C’est interdit partout mais ça se pratique entre millionnaires. Les indonésiens mangent aussi de l’Orang-Outang (homme des bois en Barasa), ce qui est atroce car ce primate a 99% de gènes en commun avec nous et l’intelligence d’un enfant. D’un autre coté il arrive que des Orang Outangs violent des paysannes dans les bois.

Soupe de placenta de Renne (Mi lu)

–          Une de mes amies m’a un jour expliqué que sa tante travaillait dans une maternité. Alors, pour faire plaisir à son homme elle lui ramène parfois un bon vieux placenta humain (et son cordon ombilical) pour le faire frire dans de la sauce de soja avec de la ciboulette. Les femmes enceintes mangent aussi parfois leur propre placenta pour se ressourcer après l’accouchement, comme les lapines. On appelle ça l’autophagie (ou cannibalisme de soi-même). Nous, on l’utilise bien pour se le tartiner sur la gueule (cosmétiques) ou la thérapie génique.  Rétrospectivement, c’est le meilleur moyen avec le sexe oral de manger de l’humain sans être cannibale. Ce qui nous amène au taboos des taboos.

–          L’humain . Le cannibalisme est une tradition en Chine. Surtout dans le Hunan. Il existe des livres de recettes de viande humaines millénaires. Elles peuvent être adaptées au porc. La grande famine a entraîné de nombreux cas de cannibalisme et les paysans déterraient les morts pour les cuire et les manger. Plus récemment, des cas ont été rapportés en Corée du Nord. Dans les campagnes, il arrive que des fœtus pleinement développés (l’avortement est autorisé tout le long de la grossesse en Chine) soit cuisinés et mangés en soupe. Le gouvernement chinois arrête systématiquement les contrevenants quand il met la main dessus. Mais des histoires de ce type font régulièrement surface et horrifient les chinois urbains comme les touristes.

C’est vrai qu’ils mangent du chien en Chine ? (partie 1)

Petit compte-rendu des trucs qui se mangent en Asie, du tout-venant sous nos latitudes au franchement… Bizarre.

AVERTISSEMENT  IMPORTANT: Certaines descriptions sont assez violentes et je vous en déconseille la lecture si vous êtes sensible à la souffrance animale. L’auteur de ce blog condamne la cruauté envers les animaux même si le ton ironique peut parfois donner l’impression du contraire. N’oubliez pas avant de vous dire « ces gens sont des monstres » que les parisiens affamé ont mangé l’intégrale du zoo de Vincennes pendant la commune de Paris et que les pays cités ont une longue histoire de disettes (avec des millions de morts) qui relativise leur cruauté. Certaines histoires horribles ne doivent pas faire oublier ce qui se passe dans NOS abattoirs (égorgements religieux, animaux maltraités dans des cages minuscules et abandons).

 Les cas les plus extrêmes sont de nos jours le fait d’individus riches et dégénérés ou tout simplement dégénérés. Le chinois moyen ne mange pas de chat et les Thaïlandais ne mangent pas d’insectes dans leurs céréales le matin.

Il est possible d’agir contre la souffrance animale par le biais d’association ou par une manière de vivre éthique (végétarisme, veganisme, régime ovo-lacté).

Je suis donc carnivore et opposé à la cruauté envers les animaux. Cependant, je pense pour parodier Desproges que « on peut manger de tout, mais pas avec n’importe qui ».

Cet avertissement était nécessaire.

Le tout –venant :

Le TOFU

Ah le tofu, cette préparation si mal aimée -détestée même sous nos latitude-. Si j’avais reçu un euro à chaque fois que j’ai entendu « le tofu c’est dégelasse j’en donnerais pas à mon chien » je pourrais m’acheter l’intégrale en DVD de la quatrième dimension dans une paire d’années. Le tofu c’est un peu comme le fromage : une catégorie d’aliment. Vous pensez sans doute à la chose molle et fade du supermarché bio. Quelle erreur. La préparation du tofu est un art. Car voyez-vous -chers cosmonautes de l’assiette- le tofu c’est tellement plus que ça :

–          Il y a d’abord le tofu  brut, le tofu rural qui cause bérichon. Celui-ci est préparé dans les temples chinois où l’on mange végétarien pour rien (à savoir 25 centimes d’Euro et à volonté).  Il se présente sous la forme d’un brouet bistre semi-liquide. Comme des petits bouts de yahourt dans leur jus. Il a ce gout subtil du soja assez caractéristique que l’on retrouve dans toutes préparations de ce type. Il se mange avec du riz, des légumes fermentés (voir plus bas) et une purée de piment souvent rehaussée d’ail. Les moines en mangent chaque jour et ils se portent très bien. Son intérêt gustatif est … limité.

–          Variante plus sophistiquée, le tofu en pain. Il ressemble à du yaourt (pour la couleur) qui tremblote (consistance pudding). C’est celui que vous trouverez dans les frigos du supermarché asiat’ du coin. Comme le soja il se garde dans de l’eau claire que vous devrez changer chaque jour pour éviter qu’il moisisse. Les japonais le coupent délicatement en tranche (façon mozzarella) et le servent allongé d’huile de sésame poivrées sur un lit de petites herbes  locales avec des oignons fris. Perso je fais une vinaigrette huile d’olive, quelques gouttes de sésame et moutarde et de l’échalotte hachée menue, du gingembre et de la coriandre sur des tomates fraiches tranchées. Mais vous pouvez tenter une bonne vielle vinaigrette huile d’olive-citron-moutarde poivre, c’est délicieux.

Tofu qui pue des pieds taiwannais

–          Il ya le tofu brun, qui déjà a une consistance qui permet de le faire frire et de le traiter comme le premier oignon venu. Agrémenté de ciboules, d’oignons, de piment rouge et de quelques feuilles d’épinards il vous mettra dans les bonnes grâces des végétariennes et autres vegannes chiantes qui semblent se multiplier ces derniers temps en Allemagne.  Si vous l’oubliez quelque part il prendra des veines ambrées bleues comme le roquefort et deviendra le fameux et redouté VIEUX TOFU. Ne le mangez pas cru (sérieusement je pense que c’est dangereux, d’ailleurs n’essayez pas de le faire moisir si vous ne savez pas exactement ce que vous faites). Il se fait frire longtemps dans de l’huile et est servi en petits cubes de la taille d’un gros dé avec une sauce au piment fort. Ca croustille autours et ça fond dedans. Il a un gout caractéristique et prononcé. Soit on aime, soit on gerbe. Comme le roquefort. Perso j’adore. Comme le roquefort.  Il serait paré de milles et une vertus, de l’aphrodisiaque (peu probable, avalez du viagra plutôt) à celui d’être riche en probiotiques essentiels dans des pays où l’on ne mange pas de laitage (très vraisemblable).  L’odeur d’un stand de rue est caractéristique de celle d’un adolescent en fleur enlevant ses Nikes. Ca sent les pieds. Fort.

–          Enfin le graal du tofu, le plus cher, mon préféré aussi, le DOPI. La peau du tofu. Elle ressemble à une large nouille découpée en bande marron-dorées qui vont de la pâte fraiche non cuite à la chips mordorée croustillante (frozen tofu). Trempez-le environ 10 secondes dans un bol d’eau bouillante et faites le sauter. Ou alors, servez-le tel quel avec du vinaigre et des légumes fermentés. Il est délicieux en fondue chinoise et mes experiences avec du pot au feu on été concluante si on l’ajoute à la marmite juste avant de servir (en le rinçant quand même avant).

Une recette emblématique : le mala tofu (tofu au gout mala, intraduisible en francais)

Les légumes fermentés.

Pour survivre aux long mois d’hivers les asiatiques font fermenter leurs légumes en les mettant dans des jarres. Le Kimchi est le pinacle coréen de cet art. Mais les paysans du Yunnan maitrisent des recettes équivalentes. La fermentation est maitrisée par des conditions locales d’humidité, de lumière et de température. Le gout est électrique, un picotement sur la lange caractéristique dû aux « gentilles » bactéries. Si l’on sait ce que l’on fait (une fois encore n’essayez pas à la maison) tout peut-être fermenté : les légumes, la laitue, l‘ail, les œufs, le poisson, les ailerons de raie (délicieux), les épinards, le chou. Le chou fermenté (qu’on considère abusivement comme étant le seul Kimchi) expliquerait la sous- prévalence record du cancer du colon en Corée (le pays avec le taux le plus bas du monde). Car il conjugue les bienfaits du chou aux probiotiques, ces petites bêtes dans ton actimel qui aident ton gros colon faignant d’occidental à travailler : C’est magnifique. Les légumes fermentés s’utilisent souvent en accompagnement des nouilles, du riz et une recette chinoise les mêle à une soupe de poisson vinaigrée absolument délicieuse.

Les légumes funky

–          Le gombo (ou okkra ou doigt de demoiselles). Il ressemble au fruit contre-nature des amours clandestins entre un concombre fils d’un piment et un haricot. C’est un long légume octogonal. A l’intérieur des grosses graines marron. Il se mange bouillis ou frit coupé en tranche. La graine donne une consistance gluante. Comme si on vous avait craché dans la bouche. Ne faites pas les dégoutés : c’est délicieux. Je l’utilise perso pour épaissir des rougailles ou des currys. Les africains l’utilisent aussi, mais je sais pas comment.

–          Le choux chinois (alias Kimchi 2 : le retour).  En fait le chou c’est une bonne douzaine de plantes vernaculaires. Parfois utilisées crues (les  salades Thaï sont livrées avec, pour les fibres) elles sont souvent utilisées bouillies ou carrément frites avec une sauce d’huitre. Le repas de base du prolétaire chinois a longtemps été constitué de légumes verts bouillis (tel la salade, oui, ils bouillent la salade aussi)) et d’un bon bol de riz avant une chouette journée de travaux forcés  de labeur prolétaires. Idéal pour garder un petit cul. Une fois encore, il y a 20 ans le diabète n’existait pas en Chine.

Marchande de fleurs à manger ( Chiang Mai,Thailande)

–          Les fleurs. Pas vraiment un légume mais bon. Les habitants du Yunana adorent les fleurs. Parfois bouillies (mimosa, utile comme source de fibre pour faire passer le riz mais aussi bon que des vieilles tiges d’asperges bouillies), ou frites (je sais pas le nom). Les indiens utilisent aussi l’eau de rose pour les pâtisseries.

Mousse vendue à la frontière Birmano-Thailandaise

–          La mousse. Certaines mousses sont neurotoxiques, d’autres délicieuses. Elles sont servies en salade au citron vert avec plein de piment dedans. Typique de la cuisine Bai du Yunan. Certaines mousses sont apparentées au champignon et dégagent un parfum magnifique de truffe. Elles sont récoltées par les minorités nationales dans les forêts (et revendues à prix d’or à Pékin) car personne n‘a jamais réussi à les faire pousser dans des fermes. A essayer avant de mourir.

–          Le Shitaké. Le shiitake ressemble à un bolet qui ne serait pas en règle dans ses papiers. Il est vendu une bouchée de pain et je devais en manger un kilo par semaine à Pékin. Lavez-le bien. Puis attrapez-le et pressez. Puis pressez encore, et encore. Une fois essoré, coupez des lamelles fines. Faites le frire dans du beurre dans une omelette : personne ne verra la différence avec des cèpes. Serait anti-cancérigène.

Les fruits funkys

–          Ah le Durian. Mal aimé Durian. Oui, il sent le caca. Et il vous emmerde. Il est illégal dans tous les hôtels d’Asie. Le bon Durian a une jolie couleur-jaune orangée et il ne sent pas bon. Le gout est indescriptible. Le durian est un aliment spécial. Il est « chaud » et par conséquence se marrie bien à la physionomie « froide » des Chinois. Il vous filera des gazs et des brulures d’estomac abominables si vous le mélangez à la bière car si vous êtes caucasien vous êtes « chaud ».  Un guide Tamoul malaisien s’est lancé un jour dans une longue diatribe sur le Durian qui se résume par « les chinois mangent du Durian et ils rentrent chez eux faire l’amour à leur femme, c’est pour ça que les chinoises ont ce fort taux de fécondité en Malaisie » . Il serait aphrodisiaque. Mais pour les chinois seulement. Blague à part essayez-le. Certains -comme mon père- sont totalement accros. Les musulmans malaisiens le font fermenter (voir plus haut, légumes fermentés) et le servent avec un poisson chat gras, le patin. C’est atrocement épicé, mais absolument bon. Les rots empoisonnés sont toujours au rendez-vous cependant.

–          Les mangues. Ah mon fruit préféré. Il y a des douzaines de mangues différentes. Les atrocités verdâtres de nos contrées sont des mangues de Côte d’Ivoire récoltées pas mures. Oubliez-les dans un coin jusqu’à ce qu’elles deviennent blettes et faites-vous un milk-shake et régalez-vous. La mangue du Pakistan (la meilleure et de loin) est longue, orangée et possède un gout d’orange sanguine. On en trouve à la Chapelle à Paris à la bonne saison (mi-juin). Mais c’est pas donné.

–          D’autres fruits. Mais manque de chance je n’aime pas les fruits. Vous avez rencontré un fruit funky en Asie ? Contactez-moi et je publierais votre prose !

La suite ici (plus gore)