Last stop, this town

Le Fennec est tiède

Ya ce truc-là. De l’électro. Gratos.

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Plastikman a pas été terrible. Beat linéaire de festival transe, platitude absolue d’un évènement sponsorisé Rebdull qui ne souhaite pas filer des tachycardies gratuitement à ses usagers pré-ados. On s’est fait chier grave.

Maintenant c’est Eels. C’est sans doute mon groupe préféré dont j’ai chroniqué pas mal d’album jadis pour mon complice M Faurouvitch, alors nègrier officiel du site www.nousexploitonsdesjournalistes.fr (et moi dans le rôle de Kunta Kinté, l’esclave qui cours plus vite que les coups de fouets). Les majors ont tellement aimé mes chroniques qu’elles les ont volé sans me payer. C’est dire si j’ai du talent. La preuve ? Ici et ici. Ou alors ici ? Peut-être ici ? Vous voyez le topo…

J’ai loupé Eels à Paris, Pékin, puis encore Paris. Fichu karma. À Pékin, ma collègue N. a refusé de changer de tour de garde « Oh c’est con j’y vais justement ». Damn. Ma blonde est revenue chamboulée du concert. La chanson « That look you give that guy » sans doute. Celle qui parle des femmes qui ne nous regardent pas comme ces mecs là-bas, dans le bar. Ce regard qu’on n’a pas, ou qu’on ne remarque peut-être même plus.

La première partie est sinistre. Une jeune femme avec des problèmes indicible de lithium miaule dans le micro, engoncée dans une mitaine de Banshee Irlandaise. Et le pire, c’est qu’il y a un violon pour l’encourager.

Les débuts du concert sont aussi modestes. Et, E (le chanteur de Eels se prénomme E) s’en excuse.

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–          On va se faire des chiantes ce soir. Après on verra.

(Le mot qui résume le mieux 20 ans de carrière des Eels est « bipolaire ». C’est littéralement un groupe maniaco-dépressif passant de la noirceur la plus profonde à des phases intenses d’agitation. Eels est aussi notoirement connu pour faire les meilleures putains de concerts de rock de la décennie. Avec des stripeuses sur scène ou le philarmonique. Mais toujours du bon gout. Toujours.)

–          Maintenant on va se faire des trucs plus positifs

Le Fennec est chaud

Il faut avouer que j’ai été particulièrement enthousiaste. Je tape du pied, je clap des mains à la fin des chansons. Comme dans un concert, quoi.

Mark Olivier Everett entonne contre toute attente « Last stop, this town ».

 Tu es morte, mais le monde continue de tourner. Fait un crochet par cet univers que tu as quitté. Il fait sombre toujours un peu trop tôt. Te languis-tu de ce très cher sentiment de perte?  Demande E.

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J’hurle « Awesome » dans un paroxysme de Eelserie dès que les première note de clavecin retentissent. Ce détail a son importance. Vous verrez. Cette chanson parle de ce sentiment bizarre en arrivant dans une ville inconnue. Ce spleen qui vous prend à la gorge. La délectation morbide d’un jour de grand magasin avant Noel. Ce mal qui fait du bien. Il faut arriver un soir tard à Kuala Lampur, Berlin ou Paris pour comprendre.

Puis E pete un plomb à la fin de « A daisy throught concrete » (une pâquerette à travers le ciment) et hurle « prenez moi dans vos bras » comme un républicain sous exta en campagne. Il fait le tour de la salle en faisant des poutous tandis qu’un gars lui cours après pour avoir son câlin. En vain. Quand il me prend dans les bras son odeur d’eau de Cologne me retourne. Mais je m’en fiche.

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Entre nous, j’ai quand même perdu mon pucelage en écoutant son premier album. Ça fait des souvenirs, l’air de rien. Je me souviens de la chanson, mais pas de la fille.

 

On re-chauffe le Fennec

A la sortie je fais mon sondage :

–          Il y a toujours un seul rappel en Amérique ?

–          Oui souvent

–          Vous avez aimé ?

–          Grave !

Me dirigeant vers le métro. J’entends un « awesome » retentissant. Suivi d’un « ta gueule » moins assuré. Qui me sont destinés.

Provocation de cafards fuyant sous le frigo.

Je me retourne pour chercher 3 racailles et ne trouve là que mes voisins au concert. Une brunasse à tatouages ratés et un blairobobo à barbe mal taillée. Je hausse des épaules. Et m’engouffre dans le métro. Avant de sortir à ma station.

Sur le quai quinze minutes plus tard, un clappement de main-sifflement-rappel me fait me retourner. Les mêmes.

–          Ya un problème ?

–          Non pas du tout…

–          Je ne sais pas t’insulte les gens de dos dans la rue : ils te demandent jamais si ya un problème ?

–          (Air condescendant de bobo parigot) Oh tu pensais qu’on parlait de toi ? En fait on parlait du mec derrière nous.

Je lui jette mon regard Belleville numéro 4 « Méfie toi mon garçon ».

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On pourrait croire que c’est une provocation mais en fait ça calme souvent les situations. Il est pas tranquille. Dans le souffle du métro quittant la rame on pourrait presque entendre ses deux petites noisettes dérisoires faire « plop » en rentrant dans son abdomen : Baltringue.

–          Oooooooh tu insultes les gens dans ton dos au lieu de devant toi ? C’est très courageux ça. T’es un bonhomme (rire grave). T’as pas peur que ton iconoclasme choque les sensibilités latines de ta patrie mon garçon ?

Silence gêné : si ses couilles continuent à creuser elles vont trouver de l’or nazi ou de l’uranium. Il décide par précaution de ne pas renchérir. Il a raison.

Nous voilà à l’escalator que je gravis lestement. Je réfléchis. Je décide de passer outre ma politique usuelle de réserve. Et déclare, énigmatique (pour eux):

–          Vous savez, je crois que je comprends de plus en plus pourquoi les français ont mauvaise presse ici.

Sa copine, la voix chevrotante dans l’onde de choc de la perte de virilité de son mec, ose un :

–          Mais attends t’es là depuis combien de temps  (ce qui est franchement, convenons-en, pathétique) ?

–          Je ne crois pas que cette question ait la moindre espèce d’importance…

–          Nan mais pasque moi quand je suis arrivé […]

Je n’écoute plus. Me voilà en haut des marches, rigolant de bon cœur de ces deux spécimens (un jour je vais vous parler des français à l’étranger, du syndrome post-colonialiste du grand docteur blanc et de celui d’Antoine de Maximy). Temps de rentrer. Écrire, la mémoire fraiche. Ça.

C’était un super concert.

Surtout la fin. Les deux clowns m’ont fait rire. C’est pas donné de rire à la sortie d’un concert de Eels.

(Pour rappel le mec a perdu son père et sa sœur, suicidés. Il a trouvé les deux cadavres. Et sa mère est morte de leucémie)

Tu es morte, mais le monde continue de tourner. Fait un crochet par cet univers que tu as quitté.

Et n’oublie pas de rire un bon coup à la sortie du spectacle.

De l’adversité.

 

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Pasture of plenty

Je vous conseille de charger la chanson ici même avant de commencer à lire, vu qu’on va parler d’elle. Cette version est tirée de l’excellent album Preachin’ & Hollerin’ de Scott H Biram. Un opus magistral qui devrait satisfaire pas mal de monde, du punk au fan de blues ou de folk. Soyez pas rats, achetez-le, le mec galère.

Ca se passe ici

Est-ce le voyage, la solitude du travailleur immigré en terre étrangère ? Les longues heures en train à regarder vallées, forets et montagnes au son de la version de Scott H Biram ? Est-ce mon initiation récente à l’harmonica ?

J’ai développé une fascination pour « Pasture of Plenty ».

Elle représente pour moi la quintessence du folk, du blues blanc étasunien. Cette chanson de 1941 qui pourrait avoir été écrite par John Steinbeck représente un aspect de l’histoire des Etats-Unis qui me fascine également. Un conte de sang, de poussière, de montagne, de misère, de lutte et de fierté : l’histoire du syndicalisme agricole US des années 40. Des hommes sont certainement morts pour avoir entonné ce chant socialiste.

Loin du folklore suranné du cowboy flinguer , Pasture of Plenty nous raconte pourtant une histoire vraie, universelle. Hors références géographiques, cette chanson pourrait être fredonnée par un vendangeur italien, un cocalero des Andes, ou un moujik russe. C’est ce qui fait sa force. Son thème rural lui vient d’Angleterre et de la chanson traditionnelle « Pretty Poly ».

Comme si certaines vérités éternelles traversaient les continents, les cultures et les âges. Il n’existe pas de traduction digne de ce nom de cette chanson dont le texte original est disponible ICI. Pour les tablatures demmerdez-vous.

Voici donc ma traduction, notez que j’ai parfois très légèrement modifié le texte pour le fluidifier. La chanson est dans le domaine public si vous voulez la reprendre.

C’est un manche dur et solide que mes pauvres mains ont empoigné

Mes pauvres pieds ont tracé une ardente route empoussiéré

Sortant de tes vallées de poussières, vers l’ouest nous avons roulé

Et tes déserts étaient brulants, et tes montagnes glacées

J’ai travaillé dans tes vergers, de pêchers et de prunes

Dormis par terre au clair de la lune

Au bord de tes cités tu nous vois

La poussière nous apporte et le vent nous emporte

Californie, Arizona, je fais toutes tes récoltes,

Au nord jusqu’à l’Oregon, je fauche ton houblon

J’arrache tes betteraves, je coupe ta vigne

Je pose à ta table ton vin léger pétillant

Des pâtures vertes d’abondance à la terre sèche du désert

Du barrage de la grande coulée d’où l’eau s’échappe

Chaque état de cette union nous avons traversé

Nous trimerons à ce combat, nous battant jusqu’à la victoire

A jamais nous errons, cette rivière et moi

Le long de cette verte vallée, je travaillerais à en mourir

Ma terre je défendrais, de ma vie s’il le faut

Car mon pâturage d’abondance doit à jamais rester libre.