Ça vous apprendra à croire les suppléments de l’Express sur vos compatriotes devenus millionnaires en 3 mois. Votre rêve canadien sent la moufette : passé la frénésie de l’installation, vous vous demandez comment vous allez payer vos factures. Pas de panique ! Ce guide va vous aider à gratter quelques piastres sans trop sacrifier à votre niveau de vie. Les conseils s’appliquent aux deux grandes villes où votre serviteur a vécu et galéré : Montréal (MTL) et Toronto (GTA).

sans-titre-1
Les plus libérales des gazettes ne cessent de louer le Canada, merveille des possibles, infinité des grands espaces où Priscilla la Française de souche écarte les bras devant les skylines avec son petit drapeau.  Mais le Canada c’est bien plus que ça, genre Justin Trudeau qui pagaie l’air sérieux pour aller butter un orignal qui lui a mal parlé. Il y en a pour tous les goûts et le Canada « nouvelle superpuissance » c’est toujours une bonne occasion de s’entraîner au sport préféré des français: l’autoflagellation .
  • Les indications en noir comme celles-ci sont des considérations générales s’adressant à chacun.
  • Les commentaires en vert sont pour les lumpenprolétariens qui luttent le 5 ou 6 pour boucler leurs fins de mois. Si vous travaillez au salaire minimum, c’est pour vous.
  • Les commentaires en rouge sont pour les fauchés absolus et plus proches du guide du routard pour clodos

Notes : Ce guide ne s’adresse pas seulement aux pauvres mais aussi aux adeptes de la décroissance et les gens près de leurs sous que je saluent bien bas. Les prix sont sauf mention contraire en dollars canadiens, qui a tendance à danser la gigue niveau cours en ce moment.

Sommaire

Logement

Nourriture

Habillement

Télécommunications

Transport

Sorties

Services bancaires

Un dernier mot pour la fin : donnémangé sivoupléééééééé

Logement

Oubliez vos fantasmes néo-bobos de Friends et autres Auberge Espagnole : avec les différences de loyers entre quartiers, la colocation chez les hipsters n’est pas forcément plus économique qu’un bon vieux bail dans les quartiers nord. Et en plus ca laissera moins de vieux poils de barbe dégueulasses dans la baignoire. C’est même certain dans le plateau –le ghetto franco-porto de Montréal-, ou dans l’hypercentre de Toronto (où même les banquiers galèrent). Ainsi, une chambre minable des quartiers ci-mentionnés se monnaye par des marchands de sommeil dans les 5-650$ à MTL alors que pour moins on trouve des 2 ½, 3 ½ dans Rosemont/Frontenac/Anjou. Se méfier en particulier des propriétaires qui louent à la chambre. Idem à Toronto, où la banlieue reste nettement plus accessible. Voici pour les fauchés de Toronto un petit guide immobilier en anglais, avec présentation des quartiers et loyers moyens. Avoir un bail en bonne et due forme vous protège de l’expulsion locative suite à une sous-location foireuse ou un conflit/vol/incendies avec vos colocataire/proprios (plus fréquent que dans les films de Klapisch). Pour des questions de budget, comptez maximum 1/3 de vos revenus pour le logement (électricité et web inclus) sous peine de sévèrement sucer des cailloux. Demandez toujours s’il y a des puces de lit/cafards/milles pattes et vérifiez sur Internet ici. Si votre futur coloc ou loueur a des longues trainées rougeâtres sur les bras invoquez un rôti sur le feu et foutez le camp : les envahisseurs sont là. Pas mal d’arnaques aussi.

dsc_0070-2
Le salon/cuisine/pièce à vivre que j’ai partagé avec 4 étudiants chinois à Toronto. Au fond à gauche, ma piaule à 650 dollars. Ouaip, c’est ghetto. Petit détail moyennement intéressant: à force de croiser Leika chaque matin j’ai écrit une nouvelle sur ce cabot.
  • Une manière de concilier la stabilité du bail et les avantages de colocation consiste à louer à plusieurs un appartement. Vous serez parfois obligé de chercher en urgence un nouveau locataire si l’un d’entre eux s’en va sous peine de payer deux chambre. Les gens sont nettement plus respectueux quand on leur demande de payer à l’avance le premier et le dernier mois. La fausse bonne idée : Sous-louer et se faire son beurre sur vos colocataires. Ça finit toujours par se savoir, et personne n’aime vivre avec un connard. Attention, en Amérique du nord les droits d’un locataire sont limités.
  • Trop pauvre pour un loyer ou une coloc, et trop digne pour dormir dans la rue ? Hormis le squattage, il vous reste la possibilité de bosser gratuitement. Cette forme d’exploitation–le woofing- vous permettra comme Kunta Kinté de travailler dans un champ contre une paillasse et parfois un repas chaud par jour. Les auberges de jeunesse proposent aussi des programmes « travail contre toit » avec possibilité de draguer des touristes facil(e)s pour qui lutiner avec le personnel d’AJ est une forme de street-credibility. Gare à la cirrhose, à l’herpès et à la toxicomanie. Sinon il vous reste la bonne étoile à la chaude saison, bercés par le chant des moustiques et les câlins trop meugnons des Grizzly.
1j4gmn
Bien sûr Priscilla, tu es une aventurière. Mais il me faut pointer plusieurs faits de mes doigts mesquins et crochus.

1: Personne ne t’attend. Les Québécois ont en général leurs propres amis, et pas forcement envie de vivre avec toi Priscilla. Ceux assez aventureux pour risquer ze clash of civilisation le matin devant leur tasse de café peuvent être plus ou moins dysfonctionnels, toxicomanes ou tricard. J’en parle un peu ici, mais au final mes meilleurs colocs et de loin étaient un couple de français adorables et d’autres immigrants comme mon pote J du Maroc.

2: Pas mal de Quebecois nous croient riches.  La phrase préférée des proprios du plateau? « Je peux toujours le louer 100 piastres plus cher à un français ».

3: Si tu veux vraiment croiser les locaux, essaye de vivre dans une petite ville. Avec 60% de résidents nés hors Canada, les Canadiens d’origines se font rares à Toronto.

4: Les gens cherchent un coloc, pas à t’enseigner l’anglais Priscilla.  Leur patience a des limites, et reprendre ton wolestritingliche tout naze et réviser tes verbes irréguliers n’est sans doute pas leur priorité le soir en sortant du boulot. Mais tu peux toujours essayer de troquer des cours contre des bons petits plats ou des cours de français, ça fait moins schlague.

5: La notion de fun est culturelle. Voici quelques un des passe-temps de mes anciens colocs locaux: Jouer à l’équivalent de « Question pour un champion » comme mémé, Regarder Kerbal Space Programm en bavant, voler ma bouffe, faire la teuf le lundi soir toute la nuit, dealer de l’herbe, cacher le PQ, foutre le feu à la cuisine etc etc etc. Nous n’avons pas toujours les mêmes passe-temps toi et moi Priscilla, et les Canadiens aussi.

La suite: Se nourrir sans manger son poing.

Publicités

2 réflexions sur “Guide économique au Canada à l’intention des fauchés, des sous-employés et des radins.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s