Viens chez moi j’habite chez une copine

(Pour se mettre dans l’ambiance)

Se faire plaquer par SMS c’est pas top-top. Se faire expulser d’un logement qu’on paye en pleine trêve hivernale, c’est abject. Mais se faire plaquer et expulser par SMS c’est le pompon…

Je songe à ça en dégageant ma quatrième piaule à Montréal en 10 mois. Sidéré par la quantité de conneries que j’ai réussi à accumuler.

Que de souvenirs.

IMG_20140505_112250
L’hygiène, base de toute colocation réussie.

Après avoir connu la maison Thénardier à Frontenac, puis la recherche de colocataire printanière j’ai atterri au xxxxxx St Joseph. En sous-location. Des colocs plutôt sympas, perpétuellement en soirée.

DSC_0027
Oh Jammmin’!

Jusqu’à ce que je trouve un travail comme cantinier, c’était plutôt rafraîchissant. Mais se lever à 6h du matin pour affronter une horde de mômes-Gobelins aux portes de Mordor après une nuit bière-banjo-conversations politiques, c’est trop. La légitime propriétaire de la chambre, une sorte de sorcière étasunienne est revenue, et moi j’ai aménagé au xxxxxxx+100 St Joseph.

Là j’ai eu droit à des quadras endurcis, voire fossilisés. Il y avait Ray, un ancien crackhead (fumeur de crack) un peu clodo. Le plus sympa, le plus fondu. Ray a des séquelles. Ray parle tout seul avec moi. Je prétends une omelette sur le feu et m’esquive. Je rentre de soirée plus tard. Ray est là, il m’attend dans le couloir mal éclairé. Il reprend sa conversation là où il l’avait laissé.

Il y avait aussi x, le fumeur d’herbe obsédé par son cholestérol qui se fait des bons petits plats sans gluten et laisse la cuisine dans un état proche de l’insurrection Makniste. X a plein d’amis fumeurs d’herbe qui viennent le voir, parfois avec leurs trop jeunes enfants qu’il me faut surveiller pour pas qu’ils avalent des mégots dans le cendrier. Du Ken Loach.

Il y a aussi 3 chats. Et zorro, le pépère de la maison. Zorro, le chat névrosé et négligé qui pisse dieu sait où (mais jamais dans l’appart). Il est hanté par la peur de mourir de faim pour causes de maîtres abrutis. Ce qui ne l’empêche pas de partager ses croquettes avec deux matous squatteurs et sauvages.

Zorro me regarde souvent d’un air triste… Et pousse un miaouh plaintif aux airs de « pourquoi ? ». Il adore que je m’occupe de lui et il s’impose dans ma chambre quand j’écris en écoutant du jazz, malgré mon allergie.

FormatFactorySNC10589

Ma chambre est un long salon mal meublé avec un lit en fer forgé d’hôpital psychiatrique qui grince, elle donne sur la rue. Sur cet axe majeur menant de la discothèque à la banlieue-dortoir les jackys aiment faire péter les kilowatts de leur Hyundai customisée.

DSC_0274

Je change de chambre et récupère un placard moins bruyant mais plus précaire à 60 dollars la semaine. C’est à peu près à ce moment que je commence à fréquenter sérieusement une compatriote.

Chez mon ex, un appartement d’angle baigné de lumière, une rareté à Montréal

Je décide peu de temps après d’emménager chez elle. Puis m’exile à Toronto un mois, elle passe me voir, trouve un job à Toronto pour Janvier. Je la visite à Montréal, trouve un job pour Décembre. Nos trajectoires se séparent. Elles ne se rejoindront jamais. La cohabitation sera agréable avec des brusques flambées de crises conjugales. Je récupère sa chambre que je lui sous-loue alors qu’elle fonce vers Toronto et un poste à la télé. Je me retrouve bientôt affligé d’une abominable colocataire lesbienne et sexiste. Une amie de A, mon ex. Le genre homme-o-phobe.

SMS : rupture/éviction sous quinzaine. Ne passez pas par la case préavis.

DSC_0440

Ne jamais dépendre du bon vouloir d’une femme, je songe en rangeant la piaule. J’y repense en regardant ma courte vie québécoise étalée dans des sacs de bledards en vinyle bleu. Avec des sangles qui vous font saigner les mains quand la charge dépasse 10 kilos. Heureusement, mon pote Gwen a accepté de m’aider à bouger mon barda.

Ma nouvelle villégiature a tout ce qu’il faut là où il faut : au croisement d’une rue très commerçante et animée. Colocataire tunisiens musulmans croyant (c’est-à-dire respectueux). Mais modérés (c’est-à-dire pas curés). Geek, c’est-à-dire fibre optique et accès illimité au salon vu qu’ils jouent en ligne 12/24). La chambre est plein sud, côté rue, lumineuse. Meublée, sans punaises de lit (un fléau en Amérique du Nord).

Le bon plan. Je propose de payer cash, on me répond que demain c’est Okay.

Les clefs dans la poche je vais décompresser d’une semaine à courir partout pour chercher une piaule. Soirées années 80. J’aligne les bières, je danse avec des filles. Et je rentre guilleret en fredonnant Nighboat to Cairo de Madness.

C’est la fin de la scoumoune.

 Et même si dehors il fait moins 38 et qu’il a neigé un quart de mètre c’est le sourire aux lèvres que je regagne mes pénates en footing car c’était la pire nuit de l’année. Je m’affale dans le lit. Et là je réalise.

IMG_20140512_212152
Le moment précis où S la végan réalise qu’elle joue  avec une peau d’animal mort

J’entends tout. Les ivrognes qui brament comme des porcs devant le fastfood en dessous. Le rire de gorge de la femme saoul qui essaye de se faire remarque. Les querelles de clodos, la sirène des flics. D’autres ivrognes qui s’esclaffent.

Même avec un oreiller sur l’oreille, et des bouchons dans les oreilles. La nuit se passe à entendre s’interpeller les petits bourges de Paris du plateau qui se prennent pour des racailles.

Je finis par m’effondrer, épuisé. Une heure plus tard je me réveille la bouche pâteuse, en sueur. Je titube vers le radiateur, cherche le variateur. Ne le trouve pas.

A 7 heure du matin, je suis crevé et en sueur. Commissure des lèvres desséchée, ma langue, une chaussette raide dans la bouche. Température unique. Pour passer sous 26 il faut ouvrir la fenêtre et laisser rentrer un peu de gueuleries d’ivrognes et d’air glacée.

–          Je pense que je ne vais pas pouvoir rester, je n’ai pas dormis. C’est quoi le problème avec votre radiateur ?

–          Ah ? Il a pas de variateur…

–          Je vais vous payer pour ce soir, mais ça ne va pas être possible. De rester.

–          Ok

Il est 8 heure de matin, je dessaoule et je n’ai pas dormis. Je sais que la patience de mes hôtes a des limites. Il faut que je trouve une chambre aujourd’hui, ce samedi fin février. Avant le gros dossier de Lundi au bureau.

Avec ma tête de déterré je fais peur aux proprios. Je rappelle les anciens tauliers dont j’ai visité les apparts, en visite deux autres. Finalement je tombe sur un logeur qui loue des chambres à temps plein, dans trois apparts.

Épuisé, j’accepte cette chambre sympa mais trop chère.

Cela fait un mois -déjà- que j’occupe l’endroit. Deux salles de bain, des voisins étudiants avec un sound-système à décorner un boeuf. Mes colocs? Un couple français, deux belges, une stagiaire.

C’est mon 5eme appartement en moins d’un an. Et bientôt il me faudra partir: mon permis de travail s’achève.

DSC_0095
Home sweet home (CIRCA 04/2015)

Comme mon logis est occupé jusqu’à 2016, je pense que d’autres appartement suivront…

Publicités