Crimes et châtiments (partie 2)

(NDF: Les titres de paragraphes mènent à des chansons)

Tonz of guns 

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Cet homme porte une affiche contre le meurtre d’un homme par la police. Arrêté car il était suspecté de vendre des cigarettes, Eric Garner est mort étouffé. Sur la vidéo prise par un passant on le voit suffoquer et demander de l’air. La devise de ses assassins ? Courtoisie, professionnalisme, respect…  C’était alors il y a une semaine[1]. Sa mort a choqué la communauté noire, mais aussi la frange libérale de la population qui n’a jamais oubliée la vague de morts suspectes de l’ère Guliani.

  • Si tu somnole dans le métro la Police va t’arrêter et te tabasser, ACAB bro[2]. Il faut contrôler ces batards.

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Quelques mètres plus loin, je passe devant la cours d’appel. Le bâtiment sombre et menaçant a des airs de donjon médiéval.  Alors que je te photographie un bus carcéral qui fait la navette avec Rikers Island (la prison de l’Etat où a séjourné DSK); je surprends une conversation aux marches du palais entre deux afros américains qui me glace le sang.

  • Et là boum, boum. Deux dans la tête.
  • Mec c’est brutal !

La superposition des deux scènes me trouble. Est-ce la rue qui est violente à cause de la police, ou la police qui est violente à cause de la rue ? S’armer pour se défendre dans son quartier et finir buté par la police pour port d’arme? Est-ce une de ces contraintes mutuelles, un de ces « double-bind » de l’école de Chicago qui poussent les hommes à la folie ?

Thirty pro musicians and not a single Italian 

Je sens l’odeur lourde de poisson pourri de Chinatown monter alors que je progresse sur la 6eme. Une Mama San chahute gentiment avec un afro-américain bourré.

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Des stands qui vendent des longuans et des djiaozi. La senteur délicate de tofu de la Chine éternelle. Et tout et tout (rires en boite).

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On va la jouer court sur Chinatown car j’ai déjà amplement parlé ici même de la Chine, de sa culture et de ma vie là-bas.

Contre toute attente le Chinatown de New York est inintéressant, extrêmement sale et minuscule. Même chose pour Little Italie, sorte d’équivalent ultra-touristique de la rue Saint-Michel qui surfe sur l’image du « Parrain » tout en hurlant à l’anti-sicilianisme primaire dès qu’on prononce le mot « mafia ». Du folklore aseptisé qui n’a pas la saveur de Palerme ou de Chongqing.

Va fagnari I pizzu, je pense… 

Et comme les gangsters modernes je me tire de Little Italie, direction Wall Street…

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Little Italie est devenue à la mafia ce que le Puy-du-fou est au moyen-age.

Yes I speak english, Wall street english

Je me laisse porter comme un planeur par le courant chaud des touristes le nez en l’air . Le mouvement « Occupy wall street » a marqué les élites étasuniennes. Fin septembre 2011, des manifestants occupent la fameuse rue pour protester contre un capitalisme devenu fou et cannibale. Et de s’autoproclamer les « 99% » rappelant à l’ordre les 1%. Le terme cible quelques milliers de personne : L’aristocratie de l’argent symbole d’avidité morbide.

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Ces banques qui essuient leurs pertes avec des fonds publiques. Et qui réclament et manquent d’obtenir l’immunité légale pour l’argent.  Ces foreclosures (expulsions) qui plongent des familles entières dans la misère et la rue. Ce chômage qui enfonce lentement mais inéluctablement la première puissance mondiale dans la récession. La crise, paradoxalement jumelée à des bénéfices record des corporations.

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Le délégué syndical qui tend des flyers face à Mickey a des revendications de gauchiste: être payé pour son travail, par exemple.

Malgré le quasi-embargo médiatique (le même que celui qui frappe l’Espagne actuellement) le monde retient son souffle : les Etats-Unis sont-ils à l’aube d’une révolution non-violence ?

 Le mouvement fera des émules un peu partout dans le monde. Avant d’être brutalement réprimé par la police de New-York en entrainant des milliers de blessés dans les forces de l’ordre et les manifestants.

Depuis, Wall Street est à l’image d’un capitalisme critiqué, replié sur lui-même et en quasi-état de siège. Des herses métalliques bloquent l’accès à la rue. Les flics omniprésents s’ennuient tellement qu’ils posent pour les japonais et les chinois de bon cœur entre deux bâillements contenus.

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Les 1% liés au parti républicain ne tarderont pas à compenser leur perte d’image en récupérant un mouvement réactionnaire, poujadiste et anti-Etat : le tea-party. Dès lors le but sera d’opposer à la colère contre les banques, une colère contre l’état fédéral et l’impôt. Blâmer Obama mais pas Paulson. Le capitalisme entre ainsi dans la phase terminale de son dessein totalitaire: la mort de la démocratie.

Deux projets de sociétés. Irréconciliables. Steinbeck contre Randolph Hearst. Mais l’épicentre s’est déplacé. Désormais on prône le libéralisme dans les campagnes, et le socialisme dans New York.

Les temps changent. Pas les hommes.

(La suite ici)

[1] L’affaire a connu des rebondissements depuis… Par exemple on a découvert qu’un des policiers en était à sa deuxième affaire d’abus de pouvoir.  ce qui n’est pas étonnant: aux Etats-Unis 9% des policiers totalisent 75% des plaintes pour abus de pouvoir et violence (source: Criminology by Tim Newbur)

[2] ACAB : ALL COPS ARE BASTARDS. Tous les flics sont des enculés. Le slogan des punks, anarchistes et alters souvent violemment opposés aux forces de l’ordre. Il existe une version plus « policée » : Tous les flics sont brutaux

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