Time square, here lies the american dream

Dans les épisodes précédents:
New york blues (partie 1)
Crimes et châtiments (partie 2)
 

Time Square iz burnin’

  • Regardez, c’est de Niro !

Mon voisin me regarde comme si j’étais l’idiot du village…

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Je jurerais qu’Al Pacino m’a entendu. Et qu’il a souri entre ses deux cerbères du NYPD. Peut-être qu’à chaque fois qu’il va à Penn Station un demeuré comme moi hurle qu’il  l’a adoré dans Taxi Driver ou dans le Parrain. L’acteur de Scarface est vite placé à l’abri pour éviter l’émeute.

Je me balade dans le vaste réseau de couloirs, boutiques souterraines et allées. Je remonte sur Time Square.

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Et de me retrouver entre deux minnies mexicaines et un elmo. Puis entre un doomsayer[1] et une jolie brésilienne les fesses à l’air.

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Ca coseplay[2] sec à Time Square. Et pour un peu de fric il est possible d’immortaliser une wonder woman contrefaite ou un spiderman fripé.

Hélas, le stress et des problèmes personnels peuvent rendre ces illustres amis des enfants un peu amers, voire carrément psychotiques.

Ainsi, Elmo n’a pas hésité à lancer bourré des tirades antisémites en 2008. Tandis que Woody de Toy-Story a montré qu’il portait bien son pseudo[3] en pelotant une passante en janvier. La semaine de ma visite à New York, Spiderman faisait dans le tabassage de mère de famille. Ces incidents ont incité le maire de la ville à prendre des mesures en réglementant le coseplay. Avant qu’Ironman finisse par tirer sur les passants comme un vulgaire lycéen de l’Idaho.

 

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Je me demande s’il était intentionnellement possible de bousiller davantage la première puissance mondiale en le faisant exprès. Et je n’arrive pas à répondre à mon interrogation silencieuse.

Hey babe, take a walk on the wild side 

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Dieu que les brooklynaises sont jolies. Tellement loin du cliché de l’obèse en stretch moulant qui bouffe du cholestérol.  Fines, et féminines, elles n’ont pas l’agressivité hystérique et hautaine des parisiennes. Ni la vulgarité bruyante et quasi carnassière des autres américaines. Elles ont la peau finement tatouée d’arabesques dans toutes les nuances, du pâle laiteux des rousses au caramel apetissant des portoricaines en passant par l’ébène profond Afrique.

En suant dans le wagon non climatisé je constate que le quasi-état de Sharia du métro parisien qui banni jupes et décolletés sous peine de remarques grossières voire d’agression sexuelle n’a pas cours ici.

Une gamine portoricaine en mini-jupe croise mon regard, met un coup de coude à sa copine. Elle rigole dans un tintement gracieux de verre en cristal, et me lance un sourire timide. Mais la vague me pousse hors de la rame sur le quai d’union station.

Je suis le mouvement. Et je suis le mouvement.

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Et là, devant le Time-Warmer building, une foule canalisée et sous bonne garde manifeste contre la guerre à Gaza. Malgré les cris, l’ambiance bon enfant est loin des débordements à Paris. Nul drapeau du Hamas. Les panneaux appellent à cesser le financement militaire de l’Etat Hébreux et à une résolution pacifique du conflit. Les femmes voilées posent fièrement pour la photo avec leur pancarte.

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Et déjà j’arrive à central parc et sa 5éme avenue. Que je longe sous le ciel de plomb.

[1] Doomsayer : Fanatique religieux la plupart du temps atteint de troubles mentaux et SDF qui proclament l’apocalypse imminente avec une pancarte dans la rue, bible au poing.

[2] Coseplay : Passe-temps consistant à se travestir en personnage de films, bande-dessinée ou autre et à se poster à un coin de rue. Histoire de compenser une faible estime de soi ou de triper sous l’influence de substances variées. Si le « coseplayer » est déguisé en clodo prêchant l’apocalypse, c’est sans doute un doomsayer ou Mickey Rooke.

[3] En argot US Wood est une expression pour érection. Woody, d’histoire de jouet (Woody from Toy story). Si c’est pas de l’incitation à la débauche ça.

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Crimes et châtiments (partie 2)

(NDF: Les titres de paragraphes mènent à des chansons)

Tonz of guns 

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Cet homme porte une affiche contre le meurtre d’un homme par la police. Arrêté car il était suspecté de vendre des cigarettes, Eric Garner est mort étouffé. Sur la vidéo prise par un passant on le voit suffoquer et demander de l’air. La devise de ses assassins ? Courtoisie, professionnalisme, respect…  C’était alors il y a une semaine[1]. Sa mort a choqué la communauté noire, mais aussi la frange libérale de la population qui n’a jamais oubliée la vague de morts suspectes de l’ère Guliani.

  • Si tu somnole dans le métro la Police va t’arrêter et te tabasser, ACAB bro[2]. Il faut contrôler ces batards.

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Quelques mètres plus loin, je passe devant la cours d’appel. Le bâtiment sombre et menaçant a des airs de donjon médiéval.  Alors que je te photographie un bus carcéral qui fait la navette avec Rikers Island (la prison de l’Etat où a séjourné DSK); je surprends une conversation aux marches du palais entre deux afros américains qui me glace le sang.

  • Et là boum, boum. Deux dans la tête.
  • Mec c’est brutal !

La superposition des deux scènes me trouble. Est-ce la rue qui est violente à cause de la police, ou la police qui est violente à cause de la rue ? S’armer pour se défendre dans son quartier et finir buté par la police pour port d’arme? Est-ce une de ces contraintes mutuelles, un de ces « double-bind » de l’école de Chicago qui poussent les hommes à la folie ?

Thirty pro musicians and not a single Italian 

Je sens l’odeur lourde de poisson pourri de Chinatown monter alors que je progresse sur la 6eme. Une Mama San chahute gentiment avec un afro-américain bourré.

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Des stands qui vendent des longuans et des djiaozi. La senteur délicate de tofu de la Chine éternelle. Et tout et tout (rires en boite).

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On va la jouer court sur Chinatown car j’ai déjà amplement parlé ici même de la Chine, de sa culture et de ma vie là-bas.

Contre toute attente le Chinatown de New York est inintéressant, extrêmement sale et minuscule. Même chose pour Little Italie, sorte d’équivalent ultra-touristique de la rue Saint-Michel qui surfe sur l’image du « Parrain » tout en hurlant à l’anti-sicilianisme primaire dès qu’on prononce le mot « mafia ». Du folklore aseptisé qui n’a pas la saveur de Palerme ou de Chongqing.

Va fagnari I pizzu, je pense… 

Et comme les gangsters modernes je me tire de Little Italie, direction Wall Street…

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Little Italie est devenue à la mafia ce que le Puy-du-fou est au moyen-age.

Yes I speak english, Wall street english

Je me laisse porter comme un planeur par le courant chaud des touristes le nez en l’air . Le mouvement « Occupy wall street » a marqué les élites étasuniennes. Fin septembre 2011, des manifestants occupent la fameuse rue pour protester contre un capitalisme devenu fou et cannibale. Et de s’autoproclamer les « 99% » rappelant à l’ordre les 1%. Le terme cible quelques milliers de personne : L’aristocratie de l’argent symbole d’avidité morbide.

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Ces banques qui essuient leurs pertes avec des fonds publiques. Et qui réclament et manquent d’obtenir l’immunité légale pour l’argent.  Ces foreclosures (expulsions) qui plongent des familles entières dans la misère et la rue. Ce chômage qui enfonce lentement mais inéluctablement la première puissance mondiale dans la récession. La crise, paradoxalement jumelée à des bénéfices record des corporations.

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Le délégué syndical qui tend des flyers face à Mickey a des revendications de gauchiste: être payé pour son travail, par exemple.

Malgré le quasi-embargo médiatique (le même que celui qui frappe l’Espagne actuellement) le monde retient son souffle : les Etats-Unis sont-ils à l’aube d’une révolution non-violence ?

 Le mouvement fera des émules un peu partout dans le monde. Avant d’être brutalement réprimé par la police de New-York en entrainant des milliers de blessés dans les forces de l’ordre et les manifestants.

Depuis, Wall Street est à l’image d’un capitalisme critiqué, replié sur lui-même et en quasi-état de siège. Des herses métalliques bloquent l’accès à la rue. Les flics omniprésents s’ennuient tellement qu’ils posent pour les japonais et les chinois de bon cœur entre deux bâillements contenus.

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Les 1% liés au parti républicain ne tarderont pas à compenser leur perte d’image en récupérant un mouvement réactionnaire, poujadiste et anti-Etat : le tea-party. Dès lors le but sera d’opposer à la colère contre les banques, une colère contre l’état fédéral et l’impôt. Blâmer Obama mais pas Paulson. Le capitalisme entre ainsi dans la phase terminale de son dessein totalitaire: la mort de la démocratie.

Deux projets de sociétés. Irréconciliables. Steinbeck contre Randolph Hearst. Mais l’épicentre s’est déplacé. Désormais on prône le libéralisme dans les campagnes, et le socialisme dans New York.

Les temps changent. Pas les hommes.

(La suite ici)

[1] L’affaire a connu des rebondissements depuis… Par exemple on a découvert qu’un des policiers en était à sa deuxième affaire d’abus de pouvoir.  ce qui n’est pas étonnant: aux Etats-Unis 9% des policiers totalisent 75% des plaintes pour abus de pouvoir et violence (source: Criminology by Tim Newbur)

[2] ACAB : ALL COPS ARE BASTARDS. Tous les flics sont des enculés. Le slogan des punks, anarchistes et alters souvent violemment opposés aux forces de l’ordre. Il existe une version plus « policée » : Tous les flics sont brutaux