La COOP en folie

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Le plus dur, quand on cherche une colocation, c’est de bien choisir ses colocataires. Éviter le pervers renifleur de slip, le polytoxicomane semeur de seringues, la cradingue à verrues ou le serial killer en goguette. Ça s’apprends, par un savant mélange d’instinct, de bon sens et d’enquête de crédit.

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Quel colocataire exprime le mieux la personnalité de mes meubles?

L’expérience aidant, j’ai appris à éliminer systématiquement ceux qui prennent leurs colocs pour un accessoire de mode faisant contrepoids à une certaine faiblesse morale et intellectuelle de panurge. On appelle ça des bobos. Souvent endogames, toujours semblables à force de vouloir être différents. Ils ne recherchent pas vraiment un coloc, mais un truc harmonieux à poser entre le pug à tête de porcelet, le créatif gay obligatoire, et la table Ikea du salon.

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Bon là c’est too much, mais vous voyez le genre?

Certains signes ne trompent pas :

Il y a ceux qui vous demandent une rédaction. Genre lettre de motivation « en expliquant pourquoi vous voulez vivre avec eux ». Comme si, entre deux visites au pas de charge aux quatre coins de la ville, on avait que ça à faire de se vendre comme un vulgaire pitch marketing.

Autre grand classique: l’humiliante visite en groupe évoquant le genre de jeux de téléréalité fasciste qui a initié toute une génération aux saines valeurs du piétinage humain.

Enfin, certaines demandes plus farfelues sont censées cerner votre moi profond, votre profil numérologique et sans doute quelques-unes de vos vies antérieures.

On m’a ainsi demandé « quel personnage de Disney [j’aimerais être] ». J’’ai répondu « Merlin l’enchanteur » pour faire consensuel. Mais en vérité, je crois que je suis plutôt un mélange de Pumba dans le Roi Lion ou d’Archimède, le Hibou râleur. Je n’ai pas été sélectionné. Il fallait répondre « Peter Pan », du nom du pédophile homonyme en collant vert recherché pour mutilation de capitaine dans un paradis fiscal imaginaire.

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Susceptible moi?

Sur ce préambule, voici la merveilleuse histoire de la COOP X, un repère de douze théâtreux, manchards et autres artistes maudits qui sent le pipi le chat. Avec une seule salle de bain.

 

COOP : nom fém. Communauté grégaire de théâtreux des faubourgs bohèmes de Montréal. Exemple : Cette coop sent le mouflon qui s’en revient du footing (Ravachol, 1904).

 

Sur la porte du 14xxx rue G… dans le centre de Montréal il y a des petites phrases de dazibao moderne genre “Soyez raisonnables, demandez l’impossible”. Je lève un sourcil puis soupire. J’ai repéré les trois théâtreux dans la ruelle qui s’approchent à ma gauche et glisse d’un pas chassé pour les laisser rentrer les premiers des fois que ça soit une embuscade. Au troisième étage d’un escalier raide et crade, une forte odeur d’humains en communauté me gratte le bulbus olfactorius alors que j’enlève mes chaussures. Je suis venu à pied, de loin. Les remugles viennent rejoindre le pandémonium hormonal.

J’explique : je suis venu pour l’annonce. Faute de réponse, je me tourne vers un vaste salon, repère une estrade sommaire composée d’une palette industrielle recouverte d’un tapis raide de crasse et me dirige vers un jeune homme qui a l’air de s’emmerder.

Par terre à côté de lui un livre « Développer son QI pour rentrer chez les Mensa » que je suis sûr d’avoir vu abandonné dans la rue la veille en m’en revenant quelque peu désorienté (fumée passive oblige) du 420*.

*Vous savez le 420, le grand rassemblement de théâtreux nord-américains qui chaque 20 avril milite pour la légalisation des Dead Can Dance. Et accessoirement du Cannabis. Mais ça, c’est moins grave. Pourquoi 420 ? Car il semblerait que ça soit la bonne heure pour se rouler le premier de la journée.

J’entame une conversation sans intérêt avec le surfeur blond de Bueno Aires . Puis m’approche d’une étudiante qui m’observe depuis un quart d’heure en se touchant les cheveux.

Notre échange ? « Faut que je te dise un truc Jessica, je suis pas illégaliste, alors si vous plastiquez des préfectures ou kidnappez des fifilles de millionnaires comme la guérilla Symbionaise ça sera sans moi ». Jessica ne plastique rien. Je suis rassuré. Une autre jeune femme, le regard fuyant, a écouté la conversation en se balançant comme une autiste.

–          Tu es un couch-surfer ou là pour l’annonce ?

–          Les deux !

–          Ça veut dire qu’il faut être gentil avec toi si tu veux prendre la chambre…

Je ne relève pas car je suis toujours un peu jetlaggé l’étrange remarque. Je suis encerclé par trois jolies filles. On essaye de me refiler la chambre sans fenêtre « pour deux ».

Je refuse de partager ma piaule avec un hippie voleur de gel-douche en arguant d’un impératif scolastique propre aux tourments de la création littéraire. Et à youporn. On essaye de me refiler une autre chambre pour deux. Chère et donnant sur la pièce commune : insomnie garantie.

La belle petite brune aux yeux rêveurs parle tout lentement comme Brigitte Bardot dans Bonnie and Clyde de Gainsbourg. Elle me propose de me faire visiter une chambre solo au deuxième. Mais elle ne sait laquelle. Une constante dans les colocations c’est qu’au départ de chaque coloc, l’attribution des chambres vire aux chaises musicales. Mais untel ne sait pas quelle chambre il va prendre. Les baraquements ont en commun d’être atrocement bordéliques, avec des murs peints et partout des dazibaos genre « libère ton esprit, danse avec les licornes ». Je soupire.

L’une des chambrées est acceptable, l’autre est occupé par une blonde qui pionce à 8h du soir et sent la pisse de chat non castré.

Il est temps de manger des pâtes. Avec deux sauces : Végétarienne au gorgonzola ou chili à la viande. Les ingrédients sont probablement des invendus de supermarché récupérés dans une benne. Ça ne me dérange pas… Mais, le lendemain ça a été une autre histoire digestive catastrophique à mon actif.

Puis on fait ça dans les formes, et c’est le moment de raconter sa semaine en cercle, chacun son tour. En anglais et en français. Puis nous sommes invités à se présenter. Je note que Raywoman se roule un joint mais le garde pour elle. Un type à moustache lissée d’homme fort de foire coupe la parole à l’argentin blond en lui disant « t’inquiètes je vais t’enculer ce soir». Et tout le monde rigole, de bon cœur.

Moi ? Je me rappelle avoir sorti un truc bateau genre :

–          Salut c’est Fennec je suis jetlagué et on m’avait parlé de filles nues, je suis déçu. Mais si vous vous me vouez un culte, et que les femmes se soumettent à mon pouvoir phallico-patriarcal on se fera un genre de Manson Familly. Et on ira éventrer Shia Laboeuf sous GHB avant d’écrire « de la part d’Indiana Jones enculé »  sur le mur. Oui, je suis un type simple qui cultive les petits bonheurs.

Ce qui était au final nettement moins bath que les autres candidats : S qui tape la manche dans le métro, G le réalisateur de théâtre en survet’ qui sent la vodka, le surfer Del Barrio de Buenos Aires ou R, l’étudiant en ethno perdu.

Mais comme je suis le seul à avoir une coupe de cheveux faite par une grande personne non parkinsonienne, je suis un peu pénalisé. Le jury se retire pour délibérer, je me casse. Personne ne répond à mon « au revoir ».

Un mois plus tard la sanction tombe sur Facebook : je n’ai pas été sélectionné. C’est comme ça que j’ai rencontré le gang de Saint Joseph Est, dont je vais vous parler bientôt.

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