Voir Frontenac et dormir

 On a l’âge de ses artères, et l’humeur de sa glande pinéale.

Cette journée va être longue. Je me suis levé au point du jour pour prendre l’avion avec V qui a accepté de m’escorter. Le vol vers l’occident a accompagné le lent déplacement du soleil sur la planète. Il est midi heure locale mais j’ai l’horloge interne irritée, et elle affiche imperturbable son 7. L’heure du thé-biscuit dans le boudoir, ou de la bière-chips au canal Saint-Martin. Il est midi et j’ai mal partout comme si c’était l’aube d’une nuit passée à me masser pour éviter des crampes dans l’habitacle restreint d’un vol charter.

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L’art et la spiritualité font l’identité de Frontenac
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Ne manquez pas non plus ses saucisses polonaises épicées fumées au bois d’Érables.

Le shuttle traverse un décor de désolation uniformément gris béton et marron terne. Rien n’est vert. Les chantiers boueux sur le côté de l’autoroute donnent sur des bosquets d’arbres décharnés et des friches industrielles. Des graffitis omniprésents taillent dans la bichromie austère. Le soleil de sommet alpin me fait plisser les yeux. Me voilà en tee-shirt dans le bus surchauffé. Je me concentre pour garder les yeux ouverts dans le métro.

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Bientôt je remonte la rue Ontario le nez en l’air à l’ombre de bâtiments sans charme de briques rouges. Troisième rue à gauche après le strip-bar, l’épicière Vietnamienne qui fait perpétuellement la gueule et le resto africain toujours vide. Dépassez le « mort au capitalisme » avant le junky à la peau dégelasse qui n’est qu’a 5 dollars d’un fixe. Prenez en photo des marocains défoncés à 6h du mat’. Frontenac. Imaginez Roubaix.

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Blue Hotel, life don't work out my way

Le gérant du bâtiment décrépit ressemble à Mobi qui serait déguisé en Kinski dans Nosferatu. Sa maison de ville pompeusement nommée hostel a des fondations qui ne semblent tenir que grâce à des panneaux de contreplaqués enfoncés dans des flaques d’eau croupie. Comme dans toutes les auberges de jeunesse il y a des petits post-its genre « faites la vaisselle » un peu partout sauf que ceux-ci sont nettement plus agressifs, voire carrément psychotiques.

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Son hostel se présente comme une « demeure écolo » mais on pourrait plus simplement parler de l’antre d’un écolo-nazi rat comme pas deux. Vous savez, le genre qui se pique d’impact carbone pour diminuer sa facture d’électricité mais qui laisse la chasse d’eau qui coule nuit et jour, car l’eau du robinet est gratuite au Canada. Un bon gros tartuffe quoi. Que je suppose aussi être un tantinet xénophobe envers les français.

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Un vrai écolo laisse ses fils électriques à nu pour la planète.
Crimes et châtiments

Exemple : Hier j’ai oublié de sécher la vaisselle et je l’ai laissé humide dans le vaisselier (un crime grave ça) pour qu’elle sèche à l’air libre. Aujourd’hui une sorte de liste sur le frigo me pénalise (moi, numéro 34, comme ma chambre) de 8 minutes de ménage à raison d’un dollar de la minute. Je sors m’expliquer  pour demander au manager s’il se fout de ma gueule.

–          Ce sont les frais de ménage pour la vaisselle.

–          Vous voulez dire les 2 assiettes qui sont ENCORE dans le rack ?

–          Oui 

–          Si elles sont encore dans le rack, vous me facturez quoi exactement ?

–          De toute façon je vous ai facturé le ménage dans votre dernière facture (10 dollars/jour NDF)

–          Donc vous êtes en train de m’expliquer que vous me facturez deux fois un service non-existant ? Je ne crois pas que ça soit légal.

Bam. Explication confuse du manager qui m’explique si je ne suis pas content je peux me casser. En raquant deux nuits. Bien sûr. Je lui suggère que si je ne suis pas content c’est les flics que je vais voir. Explication confuse comme quoi c’était à titre indicatif. Je laisse couler en lui expliquant qu’apres des années en Asie je prend des photos des choses dans l’Etat où je les laisse avec mon portable. Et que si les truands de Koh Samui n’ont pas palpé mon fric, ça sera pas un taulier Canadien qui m’arnaquera!

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A mon retour dans la cuisine il a antidaté sa fameuse liste et a facturé le ménage non-existant au dernier locataire de l’endroit, Lies, un sympathique algérien.

Mais ça c’était après. Rappelez-vous que j’ai passé une journée de 19h de soleil… Pour le moment il me faut donc dormir 14 heures.

Et commencer à chercher.

Il est urgent de me trouver une piaule. Et pour cela il me faudra me farcir toutes sortes de bobos et de fous. Avant de subir l’impitoyable rituel de sélection hippy-théâtreux afin de mesurer si j’ai les cheveux assez longs et les orteils assez crades.

Mais ça c’est une autre histoire…

A bientôt.

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