Une journée à Xinhua

Récit d’une journée-type de travail à Xinhua.

Dimanche 10 octobre Beijing

Je me réveille malmené dans le petit salon que j’ai aménagé de façon spartiate à coté de ma chambre pour y regarder des DVD. Par terre, sur un matelas de fortune. La bonne vieille insomnie familiale est en train de me rattraper et ce que n’est qu’a 6 heure du matin hier que j’ai réussit à trouver le sommeil. Ce salopard de cabot qui aboie m’a encore réveillé à 10 heure et je suis donc allé au salon mitoyen de ma chambre où, avec une baie vitrée fermée, des boules quies et l’oreiller sur la tête je ne l’entend presque plus.

Midi 55
J’ouvre les yeux. Je me traîne en bas des escalier au premier étage de mon duplex où je croise ma coloc Sacha qui a passé la nuit avec ses potes de l’ambassade d’Arabie Saoudite. No joke. Mon nouveau coloc Jaime est absent du paysage aussi. Probablement chez la jolie chinoise à l’air coincé du cul qu’il a ramené hier et présenté comme « une collaboratrice de travail ». Je fait revenir un peu de riz de la veille dans de l’huile d’olive sur lequel j’ajoute une louche du curry vindaloo légume-boeuf d’hier. Café instantané. Je mange devant le parisien, le monde et libé en ligne. Je vanne des salariés de l’UMP sur le forum venus faire la promo de Sarkonazy, le président que la Lybie nous envie.

Douche rapide- séchage-habillage. Comme toujours me demande comment m’habiller. Et si la clim déconne encore au taff? La météo annonce de la pluie. La lumière glauque et blanche et l’humidité rappellent Paris en Octobre.

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13h30
Je sors de l’appart, marche une dizaine de minute dans mon complexe résidentiel genre banlieue 13 pour atteindre le métro. Met mon faux casque sony -6euros- sur la tête. Portishead.

13h40
Dans le métro rentre un enfant crade. Son sweat shirt et sa peau sont recouverts de boue séchée.
We suffer every day, was is it for? This crowd of illusions; are fooling us all
Il tient à la main une liasse de billets de 1 yuans. Il se prosterne devant une chinoise. Celle-ci très gênée s’éloigne et se cache derrière son petit amis. le gosse avance vers elle à 4 pattes et pose son front contre le sol dégueulasse de la rame. Refus. Il s’éloigne dans la rame à 4 pattes en s’arrêtant et en s’agenouillant devant chaque personne assise. Résiste à la tentation de lui filer du fric. Le seul moyen d’empêcher les mafias de gâcher les vies de ces gosses est de faire de la mendicité des enfants une activité déficitaire. Je donne uniquement aux vieux et aux aveugles. 2 yuans (20 cents) par jours, tout les jours. Ils sont analphabètes et viennent des villages. Ils portent un grand sac en toile pour ramasser les bouteilles en plastique dans les rames et les revendre. Parfois quand vous vous baladez dans la rue avec une bouteille d’eau vide à la recherche d’une des rares poubelles, une vieille femme vous la prend des mains en vous remerciant pour la mettre dans son sac.

13h55
Mon iphone joue désormais du immortal technique. je sort de la rame et met mon pass magnétique de sécurité. Dehors, le temps est passé du bistre au ocre sale. Il fait sombre. Pense au spleen de Baudelaire: Quand le ciel sombre et bas pèse comme un couvercle. Presse le pas. Franchit l’entrée -avec des caltrops qui percent les pneus pour un éventuel passage en force de véhicule- en frottant mon pass sur une borne. Salue le militaire en faction -avec un flingue- et rentre dans la tour phallique de Xinhua. Vu sous un certain angle elle ressemble en effet à un sexe d’homme circonscrit en érection molle affublé d’une paire de couilles flasque. Triste vision. Salue un autre militaire -avec un flingue, aussi-. Presse le bouton du 4eme.

14h02
Pénètre dans la ruche, l’immense open space de Xinhua. Ce qui frappe c’est par moment le silence, par moment le bruit. Aujourd’hui c’est dimanche et l’activité est à minima. Un cliquetis sourd de clavier tient lieu de bruit de fond avec une exubérante et ennuyeuse sonnerie de téléphone à l’occasion. Les chinois aiment les sonneries bruyantes. Les sonneries de mobiles chinois sont toutes trois fois plus fortes qu’en France. Les mélodies vont de Usher au théme de Celine Dion sans jamais être de bon gout. Les chinois aiment aller dîner et laisser leur téléphone sonner dans le vide pendant que je travaille. Les portables me font chier. D’où le casque sony qui couvre les oreilles et ne me quitte pas depuis que j’ai cessé les piges à domicile.

Je m’installe et lance mes deux PC. Un pour les infos de Xinhua et l’autre pour les recherches et pour glander aussi. Met mes lunettes pour éviter de voir tout brouillé aprés une journée de travail. Une pile de papier m’attendent et une 50taines de photos. Voilà qui devrait m’occuper. Les articles arrivent en Anglais et sont traduits en Français par mon équipe. Plus ou moins bien et plus ou moins vite suivant les individus. En théorie je suis censé relire mais je finit souvent par réécrire. Entre les maladresses de langage et la faute caractérisée; c’est parfois plus long de corriger que de traduire moi-même. Quand c’est le cas j’efface et retraduit si je compte plus de 2 contresens et lourdeurs dans une même phrase. Pour m’aider j’ai la brève en anglais. Parfois avec des fautes et des imprécisions et je dois demander à un collègue de se plonger dans la source en chinois. Il est intéressant de constater que pendant que mon anglais oral s’appauvrit mes capacités de traduction écrite anglais-francais s’améliorent de plus en plus. Pour les photos le taff est répétitif et consiste essentiellement à copier coller 10 fois de suite le même texte générique avec des variations. Par exemple aujourd’hui c’est le défilé militaire pour les 65 ans de la fondation du parti des travailleurs coréens en Corée du Nord. 15 photos de petits soldats de plombs de derrière le rideau de fer en lambeaux.

Mes collègues chattent sur msn et moi je bosse non stop pendant 2 heures. A peine le temps de me faire un café en sachet au samovar à coté des toilettes. Je pourrait être un goulet d’étranglement pour mon service, surtout quand comme aujourd’hui je suis le seul expert international mais je travaille vite.

14h50
Bosse. Derrière les vitres teintées le ciel est devenu très très sombre et il pleut. On dirait qu’il fait nuit.

15h40
Boulot finit. La glande commence. Attendre une nouvelle information. Chatter sur msn, jouer à la nintendo DS, lire le monde qui s’empile dans un coin sans que personne ne le lise vraiment. Répondre au minettes russes qui m’envoient des photos d’elles en string sur le meetic du coin. Ou, si j’en ait le temps et l’envie aller voir les journalistes pour signaler des fautes ou contresens. Préciser que « non; Berlusconi n’est pas premier ministre italien mais président du conseil », « Inception n’est pas un film DE mais AVEC DI Caprio » ou alors « la réhabilitation n’est pas la construction d’un nouveau quartier mais son réaménagement, et réaménagement en fait c’est mieux ». Parfois un peu de mauvaise volonté « Non regarde RFI met que Berlusconi est premier ministre » qu’il faut trancher. Voire pour certain carrément de la mauvaise foi qu’il faut régler à coup de dico et de wikipédia. Je n’ai de toute façon jamais le dernier mot mais globalement on m’écoute. Et des fois je sais pas trop: « MAdame la porte-parole » « Le porte-parole » « la porte-parole »? D’habitude je demande ce genre de trucs au doyen de la rédaction ou à MC Fourcy, mais là c’est limite moi le doyen.

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17h09
Fin de la glande, nouveau papier. La sécurité dans Canton pour les jeux asiatiques.

17h13
Fin du papier, nouvelle glande. Mes collègues vont déjeuner. Moi j’ai mangé à midi alors je sort juste acheter un goûter à la supérette dans Xinhua. J’utilise mon pass pour payer. Chaque mois la compta crédite mon pass de 300 yuans -30 euros-. Comme la cantine est pas très bonne le soir je vais souvent déjeuner dehors dans un resto du shanxi -nouilles et sandwich au porc-. Le porte monnaie électronique me sert surtout à faire mes courses que j’empile dans un coin au boulot et ramène le soir à 10h-11h à la maison. Une barre chocolaté, une coupe en carton avec du chocolat chaud instantané et une bouteille de pocari sweat -mon nouveau soda japonais de régime vu que j’ai décroché du coca-. 90 cents. En général entre 17 et 18h c’est quitte ou double: Soit je taff comme une mule soit je fout rien. Aujourd’hui je fout rien.

18h36
Toujours rien. Un rédacteur fait tourner un paquet de cacahuètes au piment dans le service. Je branche la nintendo.

18h49
Un article. La réforme agraire de la sylviculture

18h53
Rien. Glande. On parle du prix Nobel de la paix chinois. Quand je déclare qu’il est quasiment inconnu en Chine la réponse fuse « normal c’est un intellectuel » je leur montre un article de libé sur Wen Jiaboa, premier ministre chinois dont l’interview trés « democracy for ever » sur CNN a été caviardée dans les médias chinois. Faut dire qu’il appelait à mots à peine couverts au multipartisme, à la liberté d’expression fondamentale et à au respect de la constitution chinoise censée garantir ces droits. Oui en Chine même le premier ministre peut finir censuré. Sauf par Xinhua, mais uniquement les éditions en anglais et français  Dommage que la politique interne chinoise soit aussi insondable et secrète, je suis très curieux de voir les conséquences politiques de ses saillies à son retour aujourd’hui en Chine d’une visite diplomatique en Europe. Il a rencontré les dirigeants Belges, Italiens, Grecs et Turcs. Tient, que des pays en crises -économiques et politiques-. Bizarre.

19h03
Arrivée du deuxième shift de rédacteurs. L’équipe qui était là à mon arrivée rentre à la maison. La numéro 2 du service me supervise désormais. Sonnerie de téléphone infernale. Elle passe son temps à regarder des annonces pour des appart gigantesques sur son ordi. Mais des fois elle insiste sur des conneries. Probablement pour faire croire qu’elle bosse. Je fait une série de photos sur des couples qui font des mariages de masses -une pratique traditionnelle chinoise- le 10/10/2010 à 10h10. Dans la tradition chinoise le chiffre dix répété trois fois signifie la perfection.

19h40
Ils font du zèle alors que ya rien à faire. Une bordée de photos est en route.

20h05
Fin de la correction de la bordée de photos. je vais manger une salade de concombres au vinaigre et une soupe de nouilles au porc déchiré -oui c’est le nom-. Je joue à la Nintendo DS.

20h40
Je revient au bureau. Je suis censé avoir une heure mais bon ya pas grand chose à faire et il pleut. En plus je préfère rentrer plus tôt pour pas finir à pas d’heure. Deux article m’attendent.

21h10
Articles finit, l’un des rédacteurs est pas très bon d’où le délais.

21h41
On m’annonce que vu le rush du dimanche soir je peut partir plus tôt. C’est rare mais ça arrive.

21h55
Dans le métro un aveugle guidé par sa mère tape la manche. Je lui file 2 RMB.

22h10
Sous la pluie je cours. Une tempête est en cours et un ruisseau coule entre les bâtiments de mon immeuble. Arrivé à la maison ma coloc passe la tête à la porte de sa chambre et m’annonce qu’elle va se coucher. Je monte dans ma piaule et joue à Drakensang en écoutant la pluie battre sur le toit. Puis je regarde des épisodes de « Fringe », puis je bouquinne le dernier Elroy.

6h00
Je crois que j’arrive à dormir. Enfin.

10h00
Un chien aboie. A moi

Je me réveille malmené dans le petit salon que j’ai aménagé de façon spartiate à coté de ma chambre pour y regarder des DVD. Par terre, sur un matelas de fortune. La bonne vieille insomnie familiale est en train de me rattraper et ce que n’est qu’a 6 heure du matin hier que j’ai réussit à trouver le sommeil. Ce salopard de cabot qui aboie m’a encore réveillé à 10 heure et je suis donc allé au salon mitoyen de ma chambre où; avec une baie vitrée fermée, des boules quies et l’oreiller sur la tête je ne l’entend presque plus.

Midi 55
J’ouvre les yeux. Je me traîne en bas des escalier au premier étage de mon duplex. Je fait revenir un peu de riz de l’avant-veille dans de l’huile d’olive sur lequel j’ajoute une louche du curry vindaloo légume-boeuf d’avant hier. Café instantané. Je mange devant le parisien, le monde et libé en ligne.

Aujourd’hui il fait grand et beau soleil. J’ai du mal à garder les yeux ouverts.

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