Apocalypse nowadays

Il est minuit moins 5 docteur Schweitzer

Alors Hippy t’as les boules ? T’attendais quoi ? Que la fédération galactique vienne nous filer un mode de propulsion supraluminique, le remède contre le cancer et des planètes à coloniser ? Te réveiller avec des supers pouvoirs trop cool façon Matrix? Que ton connard de patron soit transformé en canard pour expier ses crimes ?

Au lieu de ça, te voilà avec ton crystal perrave à 500 € et une nuit trempée à méditer sous un chêne sans que le moindre petit gris vienne te tirer de ton coma existentiel.

Alors survivaliste t’as la haine ? T’attendais quoi ? Que tes voisins zombifiés attaquent la porte de ton appart à coup de griffes ? De tirer avec une mauvaise kalash bulgare sur des hordes islamo-fascistes arabes cannibales ?

Au lieu de ça te voilà avec des kilos de riz et de bouteilles d’huiles, des antibios vites périmés et  le risque bien réel de te prendre une descente pour possession d’arme à feu (4 ans) si ton vendeur te balance.

Alors bondieusard extrémiste t’as les glandes ? Tu pouvais la sentir ta rapture imminente et le vol en première classe sur Air Jésus ou Mahomet. Tu te voyais déjà à la droite de dieu balancer des boulettes de papier sur les pécheurs pédésexuels et paiens qui croupiraient en enfer.

Soyez trois fois maudits, vous qui depuis 2008 (début de l’apparition de la rumeur) êtes assis sur  vos mains. L’histoire vous jugera comme des êtres passifs par excellence. Des tristes moutons qui attendent qu’on leur façonne un futur moins glauque.

L’apocalypse c’est maintenant. C’était hier et ça sera demain. L’apocalypse c’est les océans qui éructent leur CO2 captif, c’est les arbres qui vont mourir en masse avec la multiplication des canicules. L’apocalypse c’est les radionucléides flottant dans l’air, des banques qui ont déjà fait de toi un esclave de leurs pertes.

Une fin du monde transgénique, industrielle, culturelle, sociale, économique. Un jour tu raconteras ce qu’est un bain ou un steak à ta progéniture métastasée. Et ils y croiront comme les enfants croient aux fées.

Ils te haïront même quand tu leur diras qu’en 2012 c’était trop tard. Que tu t’es fait massacrer à coup de riot-gun pour les abeilles, les grues cendrées, les bocages nantais et le droit au logement, à l’emploi, à une vie décente.

Toutes ces petites choses si fragiles qui ensemble ont creusé ta tombe en disparaissant.

Ils te diront que les promesses de tes élites n’engageaient que les cons pour y croire.  Que si les terroristes arrangeaient ceux qui mettent des traits sur les cartes, les militants faisaient chier dans leur froc ceux qui n’ont jamais accepté que la pyramide comme ordre social. Que tu pouvais les ruiner en restant chez toi à faire l’amour et la grève. Que tu as surestimé la politique et négligé de les frapper à coup de boycott dans les bourses.

Les plus malins -ceux qui seront peut-être encore capables de lire- observeront que ce qui a provoqué ta perte c’est l’envie. Tu as voulu être comme eux, mais la monarchie du fric n’anoblit pas le vulgaire, elle le déforme. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un vide à combler à coup d’Ipad, de sapes inutiles, de graisse saturée et de 8 cylindres. Une faim insatiable d’obèse.  La monarchie du fric t’as couronné toi et les tiens barons de la porcherie. Et tes dieux mineurs en col roulés comme Steeve Jobs crèvent de cancer du foie

Ta grande erreur aura été de croire que tu pouvais sauver le monde en continuant à en jouir. D’attendre qu’une figure anthropomorphique  te sauve ou que 8 milliards d’humains aient le bon gout de mourir pour te rendre l’Eden auquel tu aspires.

Désormais 90% de l’humanité qui a jamais existé est en vie actuellement. Si l’on accepte l’hypothèse d’une extinction massive humaine, elle n’a donc jamais été si probable. Seule une organisation cohérente, rationnelle, nous sauvera. La somme des sacrifices à ton confort te paraîtra insupportable de manière inversement proportionnelle au bien-être qu’elle apportera au damnés de la terre accablée par la faim du monde institutionnalisée.

Mais si, un jour, les aliens ou Jesus nous rendent visite, tu seras fier de ta planète.

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Mais n’espère pas trop d’aide.

L’apocalypse c’est maintenant, la solution aussi.

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Super-héros dilettante

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Lunettes et crâne rasé, seul son sourire hilare vient briser une austérité de façade. Lazlo (c’est aussi son deuxième nom) est du haut de ses 29 ans un épicurien plutôt qu’un artiste engagé. Une jeunesse et une scolarité turbulente malgré une mère professeur l’ont vite détourné des études longues. De son père brocanteur et cinéphile, il a gardé le goût des grands classiques un peu kitsch. « Monté à Paris » il y a 6 ans, c’est une femme qui l’initie à l’art. L’arrière-petit-fils d’aristocrate russe voulait être décorateur de théâtre, il sera peintre en bâtiment. « Un boulot alimentaire » précise-il « depuis j’ai acquis un diplôme de déco d’intérieur ». Lazlo s’essaie à la photo et au dessin sans grande conviction. « Je suis un peu feignant, et puis, en rentrant d’un chantier, c’est dur les cours du soir ». Il sympathise avec Artiste Ouvrier, un pochoiriste rencontré dans un squat de la rue de la Grange-aux-belles. Après l’avoir vu travailler, il fait ses premières armes : Betty Page, Boris Karloff dans « la momie », c’est un hommage de rue à l’art populaire. « Je respecte ce coté précurseur des navets, mon travail n’est pas revendicatif, je vise le ludique ». Et de parler avec dévotion des vieux films de SF dont il a tiré des pochoirs : « aujourd’hui on en rigole, mais c’était novateur et frais. Si tu es le premier à faire quelque chose, même une merde, alors cette merde devient référence et bascule dans le mythe».

 

« autre chose que des hommes politiques ou de la pub sur les murs »

 

Grand amateur de bande-dessinées, son travail très pulp en reprend les couleurs chaleureuses. Il n’aspire pas à vivre de son art « ça serait bien mais ce n’est pas mon but ». Lazlo vise plutôt l’équilibre : « pour moi, la contre-culture est contre-poid à une culture dominante ». Attrapé la nuit en pleine performance par la BAC, il leur explique sa démarche : « De la couleur pour tous, autre chose que des hommes politiques ou de la pub sur les murs, je ne suis pas un vandale ». Après un sermon, les policiers le laissent partir. Sa dernière série en date représente le catcher masqué mexicain. « D’après la légende, c’était un curé qui mettait un masque la nuit pour aller cogner des dealers et des voyous. Je ne sais pas si c’est vrai mais l’ambiance festive du catch mexicain me fascine. C’est pas le WWF, les gars se font mal. C’est aussi un défouloir social, une liesse comparable au foot chez nous ». Quand on lui demande s’il s’identifie à ce héros masqué aux activités nocturne il répond « un petit peu, entre le super héros, l’apache et l’artiste, il y a la transgression en commun ».

Le mystère Lazlo se dévoile: Clark Kent le jour, il continue – masqué par la nuit- à sertir la ville d’hommages.