Les chinois, le possédé et le dieu serpent

Le prêtre-frontière me regarde :

–          Désolé je ne peux pas valider votre retour sur le sol Thaïlandais, vous n’êtes pas rentré au Laos…

–          Mais la semaine dernière…

–          Non, désolé… Ou est votre coupon de sortie?

–          Je l’ai laissé au fonctionnaire à l’émigration

–          Il faut le retrouver !

On m’amène une énorme boite de coupons de la journée et on me demande de retrouver mon coupon. Debout face à la tablette je commence à trier. Yen a au moins 10 000 !

Des Thaïs, des Américains, des Laos. Chaleur moite, file de voitures qui franchissent la frontière. J’allume un des Montecristo tirés de la boite de cubains que j’ai acheté au Duty Free avec une bouteille de pastis. Ecouteurs dans les oreilles, je sifflote.

Une heure passe, la chaleur et la nicotine m’accablent.

Une vestale-tampon Thai me prend la boite des mains en rouspétant et part dans sa cabine. Elle revient 10 minutes plus tard avec mon coupon. Le tampon de sortie a été barré et contresigné.

–          Vous avez 4 jours pour quitter la Thaïlande sous peine d’une amende/jour de 500 bahts.

–          Mais je ne peux pas obtenir de nouveaux visas ! Je n’ai plus de pages dans mon passeport !

–          4 jours…

20 heures de train plus tard me voilà à Bangkok à la Guest House « de Talak ». Je m’effondre dans le lit. Je passe la journée à conseiller conseils 4 français en route pour le sud et ses îles. Je me prépare à aller en Malaisie.

A la frontière je paye mes 500 bahts d’amende car je n’ai pas quitté la Thaïlande à temps.

25 heures de train plus tard me voilà à la Guest House « Victoria Bay » de Georgetown, Malaisie. On me file une chambre avec 3 lits pour moi tout seul à 5 euros par jour. Je loue un scooter dans le quartier indien. Il faut un permis pour conduire un deux-roues ici alors le type me conseille d’éviter l’accident.

Je flâne dans les rues. Le trafic est dense et la circulation difficile. Tout le monde roule à 90 en ville et ma monture Juanita fait des bonds vicieux à chaque nid de poule.

Me voilà dans un sentier sinueux entre des tours à flancs de montagne en bordure de la ville. Il me faut un moment pour réaliser que je suis dans un cimetière. Les hautes herbes recouvrent tout et seul des petits monticules rappellent la nature de l’endroit. Des chinois entre deux âges font leur footing entre leurs ancêtres morts.  Image de la vie dans la mort. Sous le soleil de plomb des vaches au cuir sombre débroussaillent un peu. Quelques chiens errants errent.

À la sortie près du crématorium  une estrade de concert et quelques chinois qui boivent de la bière sous un chapiteau. Des bâtons d’encens gros comme des troncs d’arbre se consument. Je m’arrête pour les prendre en photo et les adeptes de Lean Cheng Keong ( 莲清宫) m’interpellent. Ils sont déjà un peu pompettes et insistent pour m’offrir une bière fraiche tirée d’une glacière.

La communauté chinoise de Gorgetown est ici majoritaire. Ces descendants d’émigrants chinois ayant fui la guerre civile, la famine, la surpopulation et les seigneurs de guerre ont préservé intactes leurs traditions. A l’image des Taiwanais, ils gardent un attachement à leur terre. Et ce, qu’ils viennent du Fujian, du Guangdong, du Hainan, qu’ils soient Hui ou Hoakkien. La récente politique d’ouverture de Pékin envers les chinois de l’étranger a même multiplié les visites et les échanges.

Georgetown est truffée de bâtiments appartenant aux corporations, clans, société secrètes et cultes chinois qui ont donné leur nom à certaines rues. L’époque où les émigrants s’entretuaient entre sociétés secrètes mystiques au casse-tête façon Gangs of New York avant de mourir de la Malaria est révolue. Mais les sociétés rythment toujours la vie locale.

Ce soir c’est opéra chinois. Je suis invité. J’enfourche ma bécane et revient le soir.

On a installé des chaises en plastique et mes camarades désormais bien cuits n’ont pas bougé. Ils essayent de me faire boire mais je m’excuse poliment en prétextant que je dois conduire pour rentrer.

La sono crache en crépitant les cris, chants, accents acre de violes. Un couple de nobles s’enguelent. L’impératrice fait son apparition. L’ermite avec son bâton noueux est menacé de mort à cause de sa prophétie. Autre scène, dans un bois les protagonistes sont perdus. L’ermite est ici chez lui, humble porteur du mandat céleste il guide les autres dans son palais de verdures.

Derrière les chaises un temple. Le dieu est représenté entouré d’un serpent, symbole de prospérité de secrets et de mystère. Un jeune homme chinois m’explique que son dieu préside au bonheur par la géométrie céleste. Il m’invite en octobre pour la cérémonie la plus importante de l’année. Les participants y amènent un cochon et le plus gros remporte un prix. L’an dernier le pourceau faisait 1000 jin (plus de 500 kilos). Après la fête, le cochon est égorgé et promptement dégusté. Je tire l’oracle, un bol de baguette numéroté que je fais tomber unes à unes. 4 chiffres dont je ne comprends pas le sens. Explication confuses incompréhensibles.

Mon hôte -un chinois trentenaire avec une tête d’affranchit- est un pilote de moto de compétition et d’essais. Il m’explique que demain un dieu va s’incarner dans un fidèle et prescrire des potions, décoctions et plats médicaux traditionnels en parlant par sa bouche… Pour rien au monde je ne manquerais ça. Il me donne une canette pour la route et je rentre.

Samedi soir et je me perds comme à chaque fois pour revenir. La cérémonie touche à sa fin. Un chinois chauve torse nu se balance les yeux mi-clos. Il a l’air à la fois d’un autiste et en trance. Deux assistants le tapotent en permanence sur le dos, les épaules, les fesses. Une file de pénitents chinois pieds nus s’est formée. Autour du cou de l’oracle, une corde de chanvre bistre symbolise le serpent, à sa main un bâton sculpté. Un vieil homme s’avance lentement les paumes tournées vers le ciel dans un geste d’offrande et de paix. Deux jeunes assistants éclairent celles-ci avec des bougies rouges.

Le son du tambourin démonifuge (les rites chinois sont affaires comme l’opéra de vacarme pour éloigner les fantômes furieux) bas la cadence. Le possédé trace des chiffres dans la main et l’officiant se penche pour l’entendre murmurer sa prophétie aux accents de confession.

On me propose de consulter l’oracle. J’enlève mes chaussures et me place dans la file. Je suis terrorisé par la peur de commettre un impair alors je laisse des gens me doubler. On me pousse gentiment en avant. C’est mon tour, mes oreilles sifflent à cause du tambourin. Le dieu fait trembloter l’homme aux traits tirés. Je présente mes mains. Il trace des arcanes sur ma paume. Ses deux assistants lui tendent l’oreille. Un chiffre : 6620.

Encore un chiffre ? Décidément. On me parle d’un prix, d’un concours mais c’est confus. You got to play your lucky number !

–          Ah bon, c’est pas une recette de médecine chinoise ?

–          Tu es arrivé trop tard, maintenant c’est les chiffres !

On me donne les noms de ce que je pense être des magasins : Magnum 3D, sport toto. Et une rue où me rendre. Mais avant demain, 7 heure…

La cérémonie se termine. Le dieu est partit. On enlève les attributs magiques de son oracle. Il ne reste qu’un homme. Epuisé. Il s’écroule sur l’autel en sueur. Un assistant lui sert un verre d’eau et l’éponge. Il part en titubant se boire une bière.

Le lendemain je me perds en cherchant Pulau Tikur. Puis je comprends en trouvant le sport Toto :

Une loterie nationale ! Le dieu m’a donné une grille de loto !

Je joue un euro sur le 6620. De retour à la guest house je m’aperçois que je n’ai rien gagné. Décidément l’addiction des chinois au jeu se ressent jusqu’à leur spiritualité !

Lundi il y a un grand repas. Visiblement mon boulot de Laowai Pet a donné toute satisfaction et j’ai été invité, encore. Me revoilà donc avec mon Nikon D90 et une demi-bouteille de Pastis 51 pour ne pas venir comme un goujat. La sécurité –des flics malaisiens- me bloque sous la pluie battante (il pleut comme vache qui pisse).

–          Sorry its a private event !

–          But I was invited by vice chairman Lee of the society !

–          Then you are welcome !

Il y a là plus d’une centaine de table sous un grand chapiteau. Des chinois et parfois leurs employés tamouls. Aucun malais ni femmes voilée mais des chinoises rigolardes qui servent des verres de bière à leurs hommes aussitôt engloutis. Personne ne regarde l’opéra sur la scène. Rires gras, exclamations, tape dans le dos. Un monsieur loyal chauffe l’ambiance en mettant aux enchères des bouteilles de XO au bénéfice du temple. Étrange impression de me retrouver dans la scène d’ouverture du parrain version orientale. J’erre de tables en tables en cherchant mon hôte. Un chinois bourré l’air menaçant me demande ce que je fous là. J’ai été invité. Lee m’interpelle. Le chinois me tape dans le dos. Le vice-chairman m’a gardé une place à sa table. Essaye encore de me faire boire. Je pose d’un geste altier la bouteille de 51 estampillée « Singapour duty not paid » sur la table.

Stupeur !

J’explique le rite marseillais à un publique dubitatif mais attentif. A la table d’à côté un employé sert un verre de jaune à son oncle (son patron-protecteur en Chinois). Les plats se suivent, servis par un ballet de serveurs à chemise violettes qui remplissent les verres de tout le monde avant de débarrasser. Je suis pompette et le bruit me désoriente.

Arrivent deux poissons aux airs de Piranhas dans une sauce au citron relevés de petits cubes de couenne de porc fondante acidulée (absolument délicieux, on dirait de la noix de Saint-Jacques). Je circule entre les tables et comme tout le monde me prend pour un photographe je prends en photo des chinois à leurs tables en répondant à la trilogie classique de questions « D’où viens-tu/ Depuis combien de temps es-tu à Georgetown/Qui t’as invité ». A chaque réponse, rires de gorges, regard curieux et tape dans le dos.

Un des convives est particulièrement peté. En faisant un grand moulinet il me plonge son doigt dans la bouche sans le faire exprès et me racle de l’ongle la gencive. Ca ne saigne pas mais je suis pas rassuré. LA fête touche à sa fin et il est temps de partir.

Sous la pluie j’enfile mon poncho et évite les fêtards à la conduite approximative.

Je fonce vers un 7/11 pour m’acheter un bain de bouche antibactérien.

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Marchander en Asie : un guide pratique

Certaines cultures pratiquent volontier le marchandage. Au Japon il est considéré comme grossier (Osaka, Japon)

Ce guide a pour vocation de vous éclairer sur les modalités du marchandage en Asie. Il se présente sous la forme d’une FAQ à destinations des touristes éclairés en Asie. Vos suggestions et expériences sont les bienvenues.

–          La grand-mère vous regarde. Elle vous a fait une offre. Un chiffre griffonné sur un morceau de papier, sur une calculette solaire ou baragouiné dans un anglais approximatif. Elle vous étudie avec un sourire pincé. Son regard cherche peut-être sa voisine ou sa fille.

Dans la chaleur de ce marché se joue plus que la simple transaction pour un bibelot ou un trajet en Tuk-tuk. Ici même se touchent deux cultures, deux manières de faire, de penser, de vivre et d’être. Les enjeux vous dépassent. Et aussitôt plusieurs questions se posent.

Echoppe de jeunes créateurs (Taipei, Taiwan)

Préambule

En Asie beaucoup de choses se négocient. Il est possible de flâner et d’observer les locaux pour se faire une idée. Les guides de voyage peuvent vous éclairer. Vous pouvez interroger un acheteur sur la valeur de ce bien fraichement acquis.

Mais n’oubliez jamais que vous êtes ici un étranger.  Oui, le vendeur connaît votre niveau de vie. La télévision, le cinéma ou les informations lui ont dressé un portrait erroné mais extensif de votre pays. Vous êtes riche car occidental. Vous venez d’un pays imaginaire : l’occident. Son portrait est terriblement détaillé : un eldorado qui fait rêver. Vous n’êtes pas un pigeon mais ce riche voyageur venu les poches pleines de devises avec sur lui le parfum d’un  ailleurs meilleur que cet ici qui sens la misère, l’urine et la déchéance.

Ne cherchez jamais –JAMAIS !- à le nier. Rien n’est plus pathétique qu’un touriste se disant désœuvré en Asie. Les questions d’argent ne sont pas taboues en Asie. Ici plus qu’ailleurs on fait semblant.  Et si l’on est démasqué, on s’offusque. Vous portez sur vous la réussite d’être bien né. De manière générale, une allure soignée  vous attirera aussi plus de respect qu’une tenue débraillée, provocante ou négligée. Trop de jeunes voyageurs choisissent par romantisme exotique de devenir des véritables caricatures de babas-cools. Malheureusement, ces visiteurs-là n’ont pas forcément laissé une bonne impression en Asie.

Stand de vente de poireaux et point presse (Beijing, Chine)

–          Vous pénétrez dans l’échoppe et la vendeuse vous lance : « 欢迎光临, 这家店卖的东西很便宜 »

Evitez le syndrome tour de Babel en vous préparant

La langue est un obstacle. Elle limitera vos interactions. Les voyageurs de longue date apprennent à devenir d’excellents mimes. C’est l’occasion aussi de décontracter l’ambiance avec votre jeu d’acteur qui fera souvent rire. Il est essentiel d’apprendre quelques phrases simples telles que « combien cela coûte » ou « c’est trop cher » pour se faire comprendre un minimum. Une connaissance rudimentaire de la manière de compter est aussi importante. Une autre possibilité est de demander à une personne d’écrire ou ce que vous souhaitez spécifiquement.  Si votre interlocuteur ne prend pas la peine de regarder le papier, c’est peut être car il ne sait pas lire et est embarassé. Si vous achetez des médicaments, des produits de santé ou autres veuillez systématiquement à confirmer la posologie ou le mode d’emploi. Et ce, auprès de plusieurs personnes si il le faut. Méfiez-vous du packaging, dont les normes changent suivant les pays (la lessive Japonaise ressemble au lait en poudre). Si vous êtes allergique ou souffrez de problèmes médicaux ayez en permanence sur vous votre traitement (et l’ordonnance) ainsi qu’une description détaillée de votre pathologie. Si vous achetez un bien électronique (lecteur DVD, téléphone) n’oubliez pas de demander de changer la langue et d’acquérir un adaptateur et/ou un jeu de batteries de rechange. On trouve à l’heure actuelle d’excellents traducteurs en ligne gratuits  comme Babelfish. Pas besoin de savoir écrire Thai ou Japonais : une simple photographie au téléphone portable du texte traduit sur l’écran vous sera utile. Gardez en permanence la carte de votre hôtel pour les taxis.

Medicaments non étiquettés (Birmanie)

–          L’Ipad est flambant neuf et vous semble authentique. La vendeuse annonce son prix : 650 € :  C’est plus cher que sur Ebay.

Le juste prix

Contrairement à une idée largement répandue, tout n’est pas moins cher en Asie. L’informatique, le high-tech, est ainsi systématiquement 30% plus cher en Chine (où ces produits sont souvent assemblés) qu’en Europe de par une taxe à hauteur de 30%. A l’exception notable de Hong Kong (et ces vendeurs chevronnés de Kowloon qui pratiquent des prix scandaleux) le pays où ce type de produits est le moins cher est incontestablement… les États-Unis. Mais des exceptions locales existent pourtant. Telle grande enseigne d’appareils photos est basée en Thaïlande, et cette marque d’ordinateurs est produite à Taiwan ou en Corée. Ce qui entraine des prix avantageux. Parfois la géopolitique ou le climat changent les prix : un tremblement de terre, une situation sociale tendue ou un typhon peuvent perturber les flux de marchandise et entrainer des hausses brutales. Les biens et services susceptibles d’être moins chers sont le textile sur mesure ou non (particulièrement au Vietnam, en Chine, en Thaïlande en Inde et au Bengladesh) le mobilier (Chine, Inde, Thaïlande mais attention aux frais de transport !) les services médicaux et les médicaments (Thaïlande, Inde et Malaisie sont les Mecques du tourisme médical). Sans compter les véhicules (Chine, mais la plupart des véhicules n’y sont pas homologués pour les routes occidentales) l’outillage, l’artisanat, certains services,  les matières premières (tissus pierres et peaux mais gare aux arnaques !) et les produits agricoles. De manière générale, plus le niveau technologique est bas, plus les prix sont intéressants. Les standards européens comme l’ISO sont cependant rarement respectés et dans certain cas (produits qui nécessitent une fiabilité parfaite : parachute ou extincteur) il vaut mieux payer pour de la qualité. Se renseigner donc sur les prix pratiqués chez soi.

Vendeur de roulettes de caddys (Foire de Canton, Chine)

–          Vous posez des questions sur l’objet. Elle rigole avant de vous dire: This is real Nike. Good quality.

Sur la contrefaçon

La contrefaçon fait des ravages en Asie. On trouve sur les marchés toutes sortes de marques et de produits. A moins d’être situé à proximité d’une usine du Guangdong en Chine qui pratique le déstockage l’authenticité du produit est systématiquement douteuse. Acheter une contrefaçon en Asie vous expose à de sérieuses complications de retour au pays. La qualité de ce tee-shirt vous mettra la puce à l’oreille.  Ses coutures sont-elles fiables ? Cet insigne « Laccoste », « Lacauste » ou « La coste » (sic) est-il véridique ? Parfois, le vendeur partira d’un prix occidental pour une marque occidentale. Un coup d’œil exercé et expert (même si vous ne l’êtes pas) dissipera tout malentendu. Dans l’absolu l’auteur de ce texte vous déconseille d’acquérir tout objet présentant une infraction au code de la propriété intellectuelle. Paradoxalement, les soldes en Occident proposent des  affaires souvent plus intéressantes qu’en Asie pour les marques. Et cette fausse paire de chaussette  ou ce caleçon « Ugo Boss » a probablement un équivalent dégriffé de valeur bien moindre.

Vous pouvez trouver ici plus d’informations sur les ravages de la contrefaçon et sur les risques auxquels vous vous exposez : http://www.douane.gouv.fr/menu.asp?id=227

Magazin de plaques de voiture(Khota Baru, Malaisie)

–          Le bibelot coute deux euros. La vendeuse renchérit « good price, for you ».

Combien vaut votre temps ?

Vos vacances ont un prix. Entre le voyage, l’assurance, les frais et la nourriture, le tourisme est par essence déficitaire. La vendeuse veut 2 euros ? Vous pourriez sans doute diviser par deux ce prix. A combien estimez-vous votre « salaire » en Asie ? A combien estimez-vous ce temps que vous pouvez passer à découvrir des temples magnifiques, à vous faire masser ?  Ou tout simplement à vous imprégner du Zeitgeist d’une autre culture ? Cette demi-heure sous la pluie, sous un soleil de plomb à marchander, est-elle gâchée ou pertinente ? Si  cet euro est quintessentiel pour vous, faites une ultime offre et partez. Cette négociation ne sera jamais le temps fort de vos pérégrinations. Elle sera par contre peut-être la garantie d’un repas chaud pour votre interlocuteur. Vous êtes seul juge, mais ne gâchez pas vos vacances.

Marchande de fleurs à manger ( Chiang Mai,Thailande)

–          La vendeuse rigole genée « This is good mangos. You buy ? ».

Certaines choses ne se négocient pas

Les fruits, la nourriture au restaurant, la bouteille d’eau dans une grande surface. Le voyage dans cette agence ou l’entrée dans un musée ne se négocient d’habitude pas. Ne vous embarrassez pas inutilement. Les arnaques sont possibles. Par définition ce qui ne se marchande pas est sujet à la concurrence. Vous trouverez peut-être mieux et moins cher à quelques mètres. Ce vendeur n’a peut-être pas l’autorisation de négocier une ristourne.  Les indépendants sont plus enclin à marchander que les salariés.

–          La vendeuse semble contrariée  : « you buy or you go away »

Le doux commerce

Parfois les meilleures intentions du monde ne mènent à rien. Votre interlocuteur a peut-être des graves problèmes financiers. Il a peut-être eu affaire à des étrangers désagréables. Le racisme –comme chez nous- est une réalité.  Peut-être votre attitude est déplacée ou votre offre insultante. Si malgré votre position de force d’acheteur le commerçant est irrité, asocial ou même  agressif, l’auteur vous conseille de passer votre chemin sans vous offusquer ou réprimander le malotru. L‘agressivité dans le commerce en Asie est en effet beaucoup plus vulgaire qu’en occident. Certains vendeurs ne souhaitent tout simplement rien vous vendre et vous ne devriez  pas chercher à les enrichir. La meilleure réponse est dans ce cas un sourire suivit d’une retraite. Cette attitude est cependant rare.

–          La vendeuse est très enthousiaste. En emballant son article elle vous glisse avec des airs de confidente : « I can give you better price if you buy ten »

De l’économie d’échelle

L’économie est une affaire de proportion. Des bonnes affaires sont possibles si vous achetez plusieurs articles. Une ristourne de 50% à 100% pour une dizaine d’exemplaire n’est pas irréaliste. Si vous essayez d’acheter plusieurs choses essayez systématiquement d’obtenir un prix de gros. C’est particulièrement vrai pour les vêtements souvent acheté en demi-gros et revendu avec une marge dérisoire en grande quantité. Méfiez-vous cependant des vendeurs trop empressés qui veulent vous refourguer tout leur stock car vous avez peut être commis une erreur de jugement. Dans ce cas si vous avez conclu une vente il est trop tard.

Vente d’hippocampes en gros (Canton, Chine). Certaines espèces sont menacées et vous en porter acquéreur alimente un trafic catastrophique pour l’environnement.
  • La grand-mère est rouée à l’art de la négociation. Mutine, elle vous declare « you give a price, we discuss ».

Combien vous me donnez?

C’est LA question-piège. Vous jouez ici votre « face » en Asie. Donnez un prix extravagant et vous passerez pour un amateur. Le prix de départ sera votre limite : n’espérez jamais parvenir en deçà. La seule parade est de connaitre le prix du bien. Ce n’est pas toujours évident. Si plusieurs échoppes proposent le même article, contentez-vous de déambuler en demandant le prix d’un air détaché. Faites une moyenne qui vous servira d’étalon et revenez vers la meilleure offre. On trouve également de tout sur des sites de vente en ligne et le prix sur Ebay est un bon indicateur. Pour peu que vous connaissiez la qualité de l’article vous disposerez d’une base. Parfois un simple « dans mon pays cela vaut ce prix » ouvrira des négociations fructueuses. Il arrive que des vendeurs vous proposent spontanément un prix exceptionnel par sympathie ou volonté de vendre. Faire une offre inférieure vous discréditera à jamais. L’information est une arme : elle peut se retourner contre vous ou vous servir.

–          Votre visage de joueur de Poker intrigue la vieille dame.  Pour détendre l’atmosphère elle vous lance « you very beautifull » en vous tapotant le derrière d’un air espiègle. Cette marque d’affection inattendue vous désarme mais vous touche…  Et vous avez raison !

Souriez toujours !

L’agressivité vous dessert. Elle vous montre comme un être hideux qui ne maitrise que mal la vilenie de son âme. Souriez ! Souriez encore ! Soyez sympathique ! Vous verrez des portes s’ouvrir. Apprendre à  sourire face à une proposition insultante est un véritable effort d’abnégation. Ne perdez jamais vos moyens, ne vous énervez pas. Le contraire vous ferait passer pour un cuistre. N’hésitez pas à flirter et à entamer une conversation agréable.  Elle vous permettra d’authentiques échanges conviviaux et laissera une bonne impression. L’humour est très apprécié. Trop de touristes affichent des mines contrites en vacances. Vous êtes ici pour vous amuser et le marchandage est un jeu. Cette jolie vendeuse appréciera un clin d’oeil sympathique et cette vénérable grand-mère rigolera si vous lui lancez du tac au tac « Vous êtes très belle aussi, quel dommage que je sois marié ». Ici votre interlocuteur prendra votre boutade comme une marque de décontraction. Le marchandage en Asie est une affaire de confiance avant tout. Combien de gens ont négocié une chemise pour au final gagner un ami ? Evitez en revanche les attouchements ou les propositions déplacées. Dans le cas des lectrices, sachez dire non si des effusions tactiles de sympathie vous mettent mal à l’aise. Soyez souriant et convivial sans familiarité excessive.

Stand d’un marchand de criquets de compagnie, Beijing (Chine) . Le criquet est réputé démonifuge dans le folklore Chinois: Son chant éloigne le malheur.
  • Après de longues palabres et mure réflexion, la vendeuse s’exclame « Okay ».

Savoir conclure

Vous avez finalisé la vente. Une transaction acceptée est considérée comme déjà payée. Il est théoriquement trop tard pour faire marche arrière. Il est temps que l’argent change de main. Evitez les grosses coupures qui obligeront le commerçant à faire du change. Dans certains pays (Cambodge et Laos notamment) les billets raturés, usagés seront refusés  Comptez soigneusement votre argent et restez vigilant contre la fausse monnaie. Parfois la facture sera payante pour quelques pièces ou l’on vous tendra une carte de visite en cas de pépin qui aura valeur de garantie officieuse. Ne cherchez jamais à négocier quelque chose qui ne vous intéresse pas car c’est grossier de faire perdre son temps à votre interlocuteur. Si une relation de complicité s’installe vous devriez également partager votre découverte avec d’autres voyageurs:  un client satisfait et heureux est la meilleure publicité au monde.

Rue commerçante (Chongqing, centre de la Chine)

Conclusion

Trop de touristes sont obsédés par l’idée de se faire avoir. Ce faisant ils se privent de belles rencontres. Pourtant, même les locaux font des mauvaises affaires… Il est possible de se préparer mais le « risque zéro » n’existe pas. On apprend de ses erreurs et vous serez sans doute plus alerte la prochaine fois. L’auteur de ce guide espère  en tout cas que ces quelques conseils pratiques tirés d’années de vie en Asie vous aideront à profiter au mieux de votre voyage.

Pour toute question, commentaire ou récit de négociation en Asie vous pouvez me contacter ici : cmoidamien @ hotmail. com

La vengeance du trait

Allongé dans mon lit j’écoute les Velvette Fogg (et je vous conseille d’en faire de même) dans les vapeurs de café-crème. Les dernières 24 heures ne se sont pas passées comme prévues. Pas du tout. Je traine la crasse de ma journée sur moi. Il me faut me doucher la tête en écrivant pour commencer. Apres seulement, j’irais rincer la partie corporelle de cette journée éprouvante. Je pue. Dans ma tête, sous mes aisselles. La fine couche de mauvaise graisse du voyageur m’imprègne.

Le trait s’est vengé. Mes propos internationalistes blasphématoires ont irrité le dieu papier aux orbites vides qui préside aux technocrates. Le dieu tampon, le dieu signez-là, le dieu prenez un ticket et attendez. Le dieu convocation. L’administration dans son éther-enfer éternel de classeurs métallique et de fiches informatisées. Là, des divinités mineures président aux destins absurdes de simples mortels en tapant avec un doigt sur des claviers qui ont droit de visa ou de mort. Mais j’y reviendrais.

Excusez-moi. Je n’ai pas dormis. Aujourd’hui j’ai eu une insolation je crois. Mais revenons au début.

Will le voisin fait ses affaires. Moi j’ai rendu ma chambre avant alors je squatte sa piaule. Assis en tailleur par terre je feuillette le Guide du routard Laos-Cambodge 2008 que je trimballe dans mon sac depuis mon départ en Chine cette année-là. Le sac a changé, la plupart des fringues ont changées. En fait ce livre est avec un caleçon vert incroyablement résiliant et mes clefs d’appart le seul truc que j’ai gardé de ce fichu sac. Le reste a été détruit par mon mode de vie trépidant en Asie. Ce livre va peut-être enfin me servir à quelque chose. On part pour le Laos.

Will. Américain. 23 ans. Cheveux sombres, origines Latino : Its a shame but I don’t speak Spanish. Enfant du Colorado. Ex-conseiller Nissan à 8 briques par mois. S’enrôle dans l’armée de l’air 2 ans. Part pour l’Allemagne et la base de Düsseldorf. Un jour, il descend à la corde d’un hélicoptère avec son sac de 35 kilos. Il tombe de 10 mètres. Se casse énormément de trucs. Honorable discharge et hôpital militaire. Rééducation et Vicodin (un puissant antidouleur narcotique auquel carbure docteur House mais aussi 30 millions d’américains). Trop ou pas assez ? Il souffre encore mais il n’y a plus de pills. Le marché noir ? 80 dols la pilule soit10 dollars du milligrame ! Trop cher. Pour la douleur, il reste l’héroïne : 40 dols le gramme de brown afghane ou de black tar mexicain. Comme beaucoup d’américain il tombe dans les opiacés faute de couverture sociale et de sevrage décent. Se shoot et dépérit. Il décroche de justesse au bout de 6 mois. S’inscrit aux narcotiques anonymes où il se rend une fois par semaine. Il a déjà une histoire de vétéran mais c’est un gosse. Il ne connaît rien à l’Asie : comme la moitié des américains croisés ici il vient faire prof. Ou peut-être musicien avec sa guitare et ses chansons un peu ringues avec des noms de filles. Sans trop savoir comment ni pourquoi. Comme les américains de base il pense que les français (et donc moi en particulier) le détestent et s’emploie à essayer de me démasquer avec des feintes d’écolier du primaire.

On part en Visa Run. Ca consiste à se casser de Thaïlande pour des histoires de Visa. Soit pour faire un nouveau visa, soit pour un coup de tampon magique et 15 jours de répit. Simple non ?

Will a acheté les billets. 13 heures de bus pour le pont de l’Amitié puis le Laos. Bus VIP.

Tuk-tuk. J’avais un mauvais feeling sur le Laos en particulier mais à l’idée de quitter mon bunker à Chiang Mai je suis tout guilleret. Encore un peu et la réceptionniste me demandait en mariage (bientôt un billet là-dessus). J’entonne la digue du cul une bière Leo à la main tandis que l’air moite de pré-orage me fouette la gueule. Ça n’a pas l’air de faire rire Will. Je commence à me demander si ça va pas être la plaie de voyager avec lui. Merde. Moi je voulais juste quelqu’un avec qui tchatcher dans le bus.

Frein approximatif, pluie battante, franchissement de bande blanche discontinue (en virage, en cote, la nuit, dans la jungle, sinon ça ne compte pas) à 110 sur une nationale. Arrêt à la station et soupe au poulet. Dans les toilettes un lézard gobe une grosse araignée rousse. Les fauteuils sont larges et confortables mais on n’y dort pas. Ptet vous vous y dormez, moi pas. Will grince des dents. Je crois qu’il flippe. On est à l’étage face au pare-brise dans la place du mort on a une vue imprenable sur les camions qu’on esquive de justesse en se rabattant.

Intermède temps réel. Je tape au clavier sur le patio dans la fraicheur de la nuit (ma clim déconne). Deux flics sont arrivés en mobylette avec un M16  dans la cour du motel. Ils ont parlé à la réceptionniste et je crois bien qu’ils ont touché une enveloppe ! Le mec a chargé son calibre, et est reparti.

Mais reprenons.

Vers 3 heures du matin des phares. Le bus pile. Une file de bagnole dans une cote en pleine jungle. On descend voir. Le contrôleur me dit « accident ». Je vais faire un tour et remonte la file. Un glissement de terrain a comblé un large tronçon de route. Normal avec la pluie. Je suis pas trop rassuré de constater que le bus est garé dans un vallon encaissé bordé d’une rivière en crue. La zone est pas très sure et exposée à un nouvelle coulée de boue rougeâtre. Pas moyen de faire demi-tour. Je remonte, m’emmitoufle dans la couverture et essaye de dormir sans y arriver. Will grogne qu’il n’arrive pas à dormir. Il fait la tortue sous sa couette en regardant un film sur son Iphone. Le conducteur coupe le moteur par intermittence pour économiser la batterie et rallume pour remettre la clim. Je suis claqué. A 6 heures du mat un chasse-boue a déblayé une voie et le bus repart, plus roadrage que jamais.

10h. Pas dormis. Vertige. Faim, soif, chaud. Transpiration. Mauvaise sueur de vol charter. Toilettes qui puent la pisse de la gare routière. Café-eau-snickers. Café encore. Aigreurs d’estomac. Haleine forte. Vertige-vision brouillée-sac qui me pèse. Nuque lourde, trapèze endolori par les courroies. « Hello my friend where are you going ? ». Se forcer à sourire au lieu de dire « qu’est-ce que ça peut bien te foutre ? ».

J’explique à Will que je vais peut-être passer la nuit en Thaïlande, histoire de me requinquer avant la frontière sous le cagnard. Des étrangers décident de partager un Tuk-Tuk pour la ville puis la frontière. Will part seul. Je pense que je ne le reverrais plus. En route dans le Tuk-tuk, je décide que je peux me faire le trajet jusqu’à Vientiane, Laos. Faux arrêt. Autre gare routière. Attente. Billet pour la frontière. Sortie de Thaïlande. Navette qui franchit le pont de l’amitié et frontière du Laos. Emprunte un stylo et remplit la fiche pour le VISA. Transpiration et système thermique en mode de survie. Mal à se concentrer. Irritation du manque de sommeil. Envie de hurler « foutez-moi la paix » et de dormir en boule par terre comme un Fennec .  Reste perplexe devant la question « Race ». Envisage d’écrire « humain » mais écrit « caucasien ». Je crois que c’est ma race. Sort mes 35 dollars de ma poche.

Le prêtre du dieu mineur guichet fait la gueule. Je dis « bonjour » en Français. Il sourit. Bon début. Je lui tends passeport, photo, fiche et 30 dollars. Nickel. Il ouvre le passeport et cherche un endroit où poser sa bulle liturgique. Il lève un sourcil perplexe. Parcourt mon passeport.

–          Désolé votre passeport est plein

–          Mais non il y a 3 pages libres.

–          Non il y a un tampon de l’émigration chinoise. Il me faut une page vide entière.

–          Voyons monsieur c’est un petit tampon de rien du tout. Si vous collez votre visa dessus personne ne dira rien, surtout pas moi.

Il me regarde sincèrement offusqué.

–          Non, c’est illégal.

Il tend le missel à sa Sybille. Elle parcourt les pages. L’oracle est formel. Elle fait non de la tête.

–          Désolé mais je ne peux pas. Je suis vraiment désolé.

Sourire gêné. Silence gêné. J’envisage de lui glisser « et si je vous donne un supplément, on ne peut pas s’arranger ? ». Mais je crois que si je fais ça je perdrais tout respect de sa part. Ce type m’aime bien mais le dieu-frontière a parlé par la bouche de son prophète, l’administration. Seul un hérétique de mon calibre pourrait me soutenir.

–          Vous devez retourner en Thaïlande. Que vous devrez quitter dans … 2 jours.

–          Je peux au moins acheter de la gnole au duty-free et des cigares ?

–          Oui, bien sûr.

C’est déjà ça de gagné. Je chancelle. Il fait trop chaud. Dans un état second je trouve un tuk-tuk. Retour en Thaïlande. L’officier de l’émigration cherche le tampon du Laos. Le trouve pas. Je lui explique. Il me scrute. Je lui fais un regard de chaton malheureux : Miaaaaaaaaaaaaou.

–          Bon je ne devrais pas, mais je vous file 15 jours.

–          Merci, j’ai eu une rude journée, et une rude nuit.

Attente sous un soleil de plomb. J’ai plus les idées claires. Un papy Norvégien a l’air sympa. Je lui demande s’il connait une piaule où dormir 30 heures. Il me conseille mon motel actuel.

Je prends ma chambre mais je n’arrive pas à dormir. Je sors sous le soleil. Je marche au hasard des rues. Mes épaules me brulent et annoncent un coup de soleil à venir. L’ambiance est glauque dans cette ville. Vertige. Déshydratation. De l’argent mais pas de change. Je continue à marcher. Le 7/11 prend mes 1000 bahts. Est-ce la paranoïa du manque de sommeil ? Les gens me dévisagent. On dirait ces scènes dans les westerns où Clint Eastwood rentre dans la ville et tout le monde le regarde de travers. Je me force à sourire, des moues impassibles me répondent. L’ambiance est lourde. Pesante. Je rentre dans un restaurant Viet au bord du Mékong. Je suis bien décidé à exorciser cette journée rude avec un bon gueuleton.

–          Vous avez du Pho ?

–          No, only menu !

–          Vous êtes un restaurant Viet et vous avez pas de Pho ? C’est une blague ?

–          Menu, menu !

–          Et des nems ? Des rouleaux de printemps ?

–          Menu !

–          Des Bánh cuốn ?

–          Menu !

Je regarde le menu. Que des nems chua, cette viande de porc fermentée. En salade ou à rouler soi-même dans de la laitue. Mais c’est quoi ce restau ?

Une salade épicée de saucisse vietnamienne, une bière et de l’eau. La salade est atrocement épicée. Les brulures d’estomacs rugissent. J’ai peur de tomber raide endormis sur la table. La moitié des serveurs me fixent bizarrement. Je me casse.

La clim’ de ma chambre marche mal. J’essaye d’appeler l’ambassade et tombe sur un répondeur. Ya jamais personne. Je comate à moitié en regardant faites entrer l’accusé sur Emile Louis sur l’ordi. Faim intense, mal de crane. Où commence l’insolation ? Où se termine la céphalée de tension ? Je prends une douche rapide en teeshirt et caleçon et laisse la convection thermique faire son boulot. Le stress est toujours là.

Tombée de la nuit et promenades. Beaucoup de moines. Je regarde un orage tropical au loin sur les bords du Mékong. Un pécheur passe avec son gosse en canoë pour poser des ligne. Le moufflet m’a fixé tout ce temps avec un air si dur. Je lui fais timidement au revoir de la main et il rigole : Au moins il me sera arrivé un truc bien aujourd’hui.

La clim marche par intermittence. J’écris depuis deux heures. Il est deux heures du matin et je n’ai pas sommeil.

Je vais prendre une douche. Me récurer et me faire neuf. M’endormir tout neuf devant 6 feet under.

Sortir purifié et transcendé de ma rencontre avec le dieu-frontière.