Prométheus : Dans le box-office, personne ne vous entendra crier.

Hollywood est en crise. La grogne des scénaristes a bon dos. Les scenarios se ringardisent, les remakes cheap abondent. Coté réalisateurs c’est la débandade sénile des élèphants : Spielberg est devenu gâteux, Lucas feignant, Cameron mégalo, Scorcèse fait des films intimistes chiants et Lynch est définitivement perdu de vue.

La science-fiction, ce cousin galeux du mainstream, est particulièrement touchée. Elle est réputée réservée à une élite d’emmerdeurs qui ont lu Lovecraft ou Orson Scott Card. Pendant que la SF littéraire s’est professionnalisée pour devenir un genre majeur, la SF hollywoodienne s’est abâtardie entre PG rating pour grand public, remake à répétition de franchises (Terminator, Transformer) et plus généralement une orgie d’effets spéciaux. D’autant plus que Alien occupe à peu prés seul une niche bien particulière: la hard science d’horreur qui se veux vraisemblable (parler de réalisme en matière de SF est très relatif) et orientée adulte .

Ridley Scott est capable du carrément navrant (Black Hawk Down et GI Jane films godillots de propagande pour l’armée US) comme du chef d’œuvre (Alien, Blade Runner) en passant par le très bon (American Gangster) et le passable (Gladiator).

Avec Prométheus, Ridley risquait gros. Le sujet, c’est l’avant-Alien. Un bon préquel de classique ça n’existe pas à ce jour. Un bon classique de SF, c’est déjà assez rare comme ça. Crise de l’Ego ? Caprice de vieillard à 70 ans bien tassés ? Ridley Scott a voulu cet opus dérivé.

L’histoire est simple : un vaisseau et son équipage part à la recherche des origines de l’homme et découvre plus que ce qu’il escomptait

Le résultat est très mitigé. De l’ouverture du film à la moitié de celui-ci, Prométheus arrive sans peine et avec fluidité à créer une ambiance qui n’écorche pas son illustre parent. L’habillage sonore discret, les décors, la sobriété narrative évoquent Moon et 2001.

Les personnages viennent chambouler cette atmosphère travaillée. Avec leurs dégaines de bobos-qui-meurent-en-premier-dans-un-slasher ils sont parfaitement antipathiques et caricaturaux. Mention spéciale à la pénible performance de Logan Mashall-Green, qui semble avoir été casté à un arrêt de bus du New Jersey pour une pub GAP. De son pendant féminin Charlize Theron on ne gardera qu’une énième impression de blonde corporate qui cache des trucs. Idris Elba, cantonné aux seconds rôles de black sympa de service depuis the Wire s’en sort mieux, tout comme Michael Fassbender en androïde oublieux de la première loi de la robotique. Handicapée par un personnage bondieusard, Noomi Rapace fait figure –honorable- d’héroïne forte et fragile et sauve de justesse un casting médiocre.

La rencontre fracassante d’une science sans conscience avec un business plan amoral est un thème majeur d’Alien devenu une figure imposée du genre. Mais le concept a mal vieillit. En 2012, à l’heure de Wikileak, il est évident que la corporation mijote un truc nazi pas net et le plottwist obligé tombe à l’eau. Pas de réelle surprises donc.

La force de Prométhéus c’est quand même de ne pas chercher à tout expliquer tout le temps. Et à l’occasion de renouer lors de trop rares moments forts (comme cette anthologique scène d’avortement approximatif) avec une forme d’horreur pure digne des plus grands bouchers-tripiers comme Kronenberg ou Carpenter. Dommage que la plupart du film se complaise dans le clicheton. Comme cette fin consternante sacrifiée sur l’autel impitoyable du happy ending Hollywoodien genre « il y aura un deux et vous saurez tout ».

Et si on ne voulait pas tout savoir, tout voir ?

Les effets spéciaux sont saisissants, et alors ?

Hollywood semble avoir oublié qu’un monstre qui cesse de se cacher sous le lit de notre imagination ne fait plus peur. En 1979 Ridley Scott jouait faute de moyens sur les ombres et nous effrayait avec un type dans une tenue en latex. En 2012 ses monstres ne font plus peur sous les feux de la rampe. Défaite du fond sur la forme, c’est le syndrome Star War, la surenchère d’effets spéciaux qui cache mal l’ineptie du scenario, du casting, des décors.

Donc oui, allez le voir: Prométhéus est distrayant, un très bon moment qui vaux amplement le prix du ticket. Mais ce n’est pas suffisant tant son ancêtre (et des suites de qualité) avait placé la barre très haut.

Ridley Scott prépare désormais un remake de son propre Blade Runner.

Sauf miracle, le pire est à craindre.