L’apocalypse zombi des « sels de bain » n’aura pas lieu.

Un récent fait divers particulièrement épouvantable a attiré l’attention sur ce que les médias ont un peu rapidement appelé « une nouvelle drogue » surnommé « sels de bain » (bath salts).

C’est devenu une figure imposée pour des medias à l’arrière-garde de la réalité sanitaire, sociale et géopolitique des stupéfiants de proclamer régulièrement l’émergence d’une nouvelle drogue dévastatrice. La vague de crystal meth annoncée il y a maintenant dix ans sur l’Europe n’a pas eu lieu, à part quelque cas marginaux. Et le Krokodil ne percera jamais en France non plus (la raison ici, dans une excellente analyse  ) pour cause de politique de réduction des risques. Mais ce qui implique une simple recherche sur wikipedia plutôt qu’un copié-collé d’une dépêche inepte de l’AFP (pléonasme) ne passe plus pour de la déontologie de base tant la drogue est le domaine (avec la guerre) où les mensonges les plus gros, les approximations et la désinformation tiennent lieu de dogmes médiatiques.

Tout d’abord qu’est-ce que le salt bath ? Contrairement à ce que les médias ont un peu rapidement clamé, ce n’est bien entendu pas de simples sels de bains sniffés ou injectés. Il s’agit -trés vraisemblablement- d’une ou plusieurs substances psychoactives utilisées –entre autres- dans la confection de sels de bain soit:

–           Du MDVP  ou Methylene dioxyprovalerone

–          De la mephedrone

Il convient d’emblée donc d’infirmer l’appellation stupide de « nouveau LSD » (ou encore plus stupide, « variante du LSD ») utilisée de manière particulièrement racoleuse. Le LSD est un hallucinogène très puissant (c’est même l’une des substances actives les plus puissantes au monde) tandis que le MDVP ou le Mephedrone sont des stimulants aux effets plus ou moins empathogénes (ce qui signifie qu’ils influent sur les émotions) voire psychogènes (qui induisent une psychose) . Contrairement à sa réputation sulfureuse, le LSD est lié statistiquement à très peu d’accidents violents tandis que les stimulants sont très souvent impliqués dans des crimes brutaux, des états délirants et des atteintes aux personnes. De nombreux faits divers « sous l’emprise du LSD » se sont avérées après analyses (comprendre, passée la frénésie médiatique de l’instant) être liés à d’autres drogues voir à des personnes tout simplement schizophrènes ou psychotiques.

Proclamer que ces substances sont « le nouveau LSD » c’est un peu comme proclamer que le whisky est le nouveau cigare ou que le prozac est un genre d’aspirine dopé. Ce sont des drogues (au sens que la prise de ces substances modifie le comportement) de synthèse (elles n’existent pas dans la nature en tant que telles mais nécessitent d ‘être synthétisées en laboratoire) mais la comparaison s’arrête.

Le site Errowid est une base de données consacrée à ceux qu’on pourrait considérer comme des psychonautes, ces cosmonautes des drogues psychédéliques qui partagent en ligne leurs expériences, leur informations sur une foule de drogues « du chocolat au crack » pour reprendre leur slogan. De nombreux utilisateurs de drogues de synthèses comme le MDVP, le LSD, l’extasy, la kétamine ou le PCP viennent s’y informer.

 Comme les cosmonautes, leur passe-temps est dangereux et les témoignages sont aussi déplaisants qu’incitatifs. Plutôt déplaisants, voire cauchemardesques dans le cas du MDVP. Voici quelques retours de trip d’usagers de MDVP. La plupart sont très jeunes (une vingtaine d’années) consomment de manière risquées (en surdoses avant d’aller en cours, chez leurs parents) et mélangent allégrement les substances :

–          J’ai enchainé les insomnies. Rétrospectivement je suis devenu quasi-accro […] mon cerveau tournait en boucle à un niveau que je qualifierais de psychotique. Je me parlais à moi-même comme si j’étais le sujet d’une expérience scientifique. Rush, 23 ans.

–          Après deux heures je me suis sentit comme si j’étais en descente de crack (sic) mais ça ne s’arrêtait pas. Cette sensation a duré 6 heures. Je n’ai pas dormis pendant plusieurs jours mais les hallucinations (NDR : probablement dues au manque de sommeil) n’ont pas encore commencées. Sparkles.

–            J’ai consommé pendant 4 jours (sic) et ma copine 6 (re sic). Le pire c’était les hallucinations et la paranoia. Nous avons perdu notre santé mentale tout ce temps. Un cauchemar. Trippy.

Le tableau clinique est donc typique d’une prise de stimulant type amphétamine à haute dose : Un usage répèté (le craving) toutes les deux-trois heures suivit d’une descente apocalyptiques induisant les effets de plusieurs jours d’insomnie (paranoïa, hallucinations, irritabilité). Si ce schéma ne rencontre pas une personne déjà psychotique, la drogue aura vite fais de créer une psychose sur le moyen terme.

Rien de nouveau donc, les auteurs de la beat génération enchainaient dès les années 50 les shoots de métamphétamines et les semaines sans sommeil qui leur inspireront (entre autres) le festin nu ou sur la route (le livre a été écrit en 3 jours sous benzédrine).  Et, quotidiennement, les japonais s’injectaient du shiabu-shiabu (encore cette fichue métamphétamine) dans le japon occupé de l’après-guerre.

On est donc en droit de se demander comment un type de drogue –le stimulant chimique- peut régulièrement faire son grand come-back travestit en nouveau lsd, en nouvelle extasy sur 50 ans de guerre piteuse à la drogue.

Pour commencer ces drogues se synthétisent facilement à base de médicaments, de sels de bain, de peintures chimiques, de solvants pour ongles ou d’additifs alimentaires. La guerre à la drogue, soucieuse de ménager des intérêts industriels puissants –qui contrairement aux dealers financent des campagnes- n’est pas très regardante sur les précurseurs, les ingrédients fondamentaux des drogues chimiques.

Saviez-vous qu’il aura fallu par exemple 15 ans aux lobbys américains pour limiter (pas supprimer) l’accès aux médicaments contre la toux utilisés pour produire des métamphétamines ? Que vous pouvez produire la drogue du viol dans votre cuisine avec un solvant importé à la tonne dans l’union européenne ?

Le marché de la drogue illégal a deux concurrents. L’industrie du tabac et de l’alcool sont les plus connus (et les plus encadrés). La mafia pharmaceutique se permet quant à elle des pratiques qui couvriraient de hontes les revendeurs de banlieues qui revendent du hash coupé au pneu. Non content d’empoisonner ses clients (Vioxx, médiator ont tués infiniment plus que la cannabis, infiniment dans le sens où l’on obtient l’infini si on divise O par un chiffre quelconque) cette industrie refourgue de la came en boite avec DLC, avis médical et notice d’utilisation à un public avide (la France reste le premier consommateur de médicaments au monde) mals informés (les prescription inadaptées, les usages détournés sont légions) et conforté dans son bon droit par des médias pour le coup très complaisants.

Ainsi, il suffit d’extraire un cachet de Desoxyn (la forme respectable du meth, la métamphétamine, encore elle !) de son emballage, de le broyer et de le mettre dans un sachet sale pour passer de la profession respectée de pharmacien à celle de dealer de rue !

Vous vous demandez donc pourquoi donc les médias n’alertent pas sur le « nouveau LSD » revendu en pharmacie ?

Moi aussi.

La réponse pourrait bien venir du docteur Hubert dans un épisode des simpsons:

« C’est seulement de la drogue si vous en prenez pour vous amuser« .

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