Mes voeux de bonheur!

Ça fait un moment que je les entendait : Des percus hier jusqu’à 3 heures du mat’ gênaient ma convalescence. Le genre noce manouche avec boite à rythme, chanteur à trémolos sirupeux comme un lokoum et reprise du jingle des feux de l’amour (si !). Ils sont postés sur une chaussée en béton sur le trottoir en face de ma fenêtre genre mariachis malais (idée scenario pour Tarantino).

Le lendemain matin rebelote alors  je farfouille dans mon sac en grognant pour y trouver deux bouchons d’oreille que je compresse en tubes pyramidaux et enfonce dans mes oreilles. Pas assez. Oreiller sur la tête. Pas assez.

Me rendors. Me réveille. Re-oreiller sur la tête. Je re-grogne.

Le service d’étage (enfin, le mec qui passe la serpillère) me réveille à midi  Je me traine dehors et cherche un stand de bouffe pour éponger mes antibios du matin.

Le mec à turban se jette sur moi et me demande si j’ai mangé. Me voilà officiellement invité à mon premier mariage malais !

Sans autres formalité on me met une assiette en plastique dans les mains et on me pousse vers le buffet où attendent riz, curry de bœuf redang, tranches de concombres et autres crudités (dont ce légume vert bizarre délicieux qui se mange trempé dans du piment, le pois carré). Avec bien sûr le traditionnel bol de sambal belacan (j’adore ce truc, mais même pour moi ça pique), du cœur de palmier au curry au lait de coco et des haricots verts au sambal avec anchois.

Je me sers et je suis heureux de trouver des couverts (fourchette et cuillère uniquement) dans un coin car tout le monde mange de la main droite.

 Jamais de couteaux. Et les morceaux de bœuf font la taille d’un poing d’enfant avec esquilles d’os dedans.

  Ce n’est pas facile de découper le bœuf à la grosse cuillère mais j’ai acquis une certaine technique :

 Les informations qui suivent vous seront précieuses si vous comptez visiter l’Asie et y manger de la viande. Plusieurs de nos agents se sont salement tachés pour les obtenir en territoire hostile.

/Tutorial :

Comment découper ton curry à la cuillère.

 D’abord tu libères une zone d’impact (nous y reviendront)  vers le bord de l’assiette et tu isole ton morceau (par exemple en lui proposant une opportunité d’investissement sur les marchés à terme ou des places pour un concert). Ensuite tu cales ta bidoche (qui a compris trop tard que c’est un piège et cherche désormais à fuir) avec la fourchette et tu cisailles du mieux que tu peux avec le bord de ta cuillère. N’essayes pas avec la fourchette, elle plie à chaque fois. Soit t’es doué et tu obtiens une bouchée, soit tu t’y es pris littéralement comme un manche et ton bout de barbaque est éjecté par des forces centrifuges complexes hors de l’assiette (d’où l’intérêt du couloir aérien susmentionné). Et ce –scandale- vraisemblablement vers un autre convive (des guerres ont commencées pour moins que ça).

 Comme la viande est enduite de sauce la reconnaissance aérienne est difficile. Ce que tu vas donc mettre dans ta bouche c’est un peu la grande inconnue : tendons, forte teneur en gras caoutchouteux, nerfs dégelasses et esquilles vicieuses t’attendent peut être.

 Mais bon t’es un homme pas une mauviette et t’as pas peur d’aller au contact.

( Si tu comptes laisser plein de bouts de barbaques au bord de l’assiettes comme ces bolos qui commandent une entrecôte et en laissent 45% t’as qu’à devenir végétarien. Ou même vegan : les vaches seront fières de toi. Nan mais : si t’aime pas le gras demandes un faux filet ou une bavette et le griladin se foutras de ta gueule en te traitant de vieux sans dents)

 Répète l’opération jusqu’à ingestion complète.

Peut-être qu’ un jour nous étudieront les stratégies propres au poisson et au redoutable poisson-chat (surnommé la pelote d’épingle)

/tutorial

Ya pas mal d’enfant qui courent partout. Les jeunes époux sont flamboyant, la jeune femme dans sa jolie robe et le marié dans son costume pas village people pour un sous.

Je demande à les photographier.

Il m’explique qu’il est garde-côte (on est à 200 km de la mer donc il doit être rentré au pays pour les noces). D’où l’épée (en cas d’attaque de pirates). Son oncle de 3 ans son ainé (l’homme au turban et proprio du resto) m’explique qu’hier ils ont tous préparé à manger en chantant hier (ca, je sais déjà) en buvant une soupe confectionnée avec les os du bœuf.

Un genre de pot-au-feu polyphonique quoi. Alliant la menace au folklore il m’explique que ce soir ils feront « un peu de bruit » comme le veut la tradition. J’ai hâte de voir ça, ils ont même une machine à karaoké. Ca va swinguer. Il faut que je pense à piquer des oreilles dans une chambre à coté, plein d’oreillers.

Je reste un moment prendre quelques photos (que j’ai envoyé aux jeunes mariés) et je rentre à mon hôtel car mon pansement supporte mal les 40 degrés.

Rétrospectivement, c’est mon premier mariage où personne n’est bourré.

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