Un plan simple

Je me casse de Nanjing. Direction le sud, puis le Nord. Devant moi ; Une route qui sera faite de frustration, de courses-poursuites, de trains ratés et de pieds qui saignent. Mais je ne le sais pas. Pas encore.

Entasse, trie, donne, range. Empaquette, jette. Expédie, stock, détruit. Tente de revendre des trucs.  Dé-freeze mon frigo. Veux partir vite. Perdu un mois à cause d’une connasse. Un mois à être là sans y être, à laver mes caleçons dans le lavabo, à annoncer mon départ sans partir : Mon propre petit enfer. Et, plus le temps passait, plus la torpeur provinciale de Nanjing me semblait devenir un piège gluant. Finalement, je n’ai pas eu le boulot. Renouvelle mon visa : Attente dans une salle surchauffée, tampon, certificat policier. Sans le savoir j était clandestin depuis 6 mois en Chine car ma guest-house ne m’avait pas déclaré !

Arrive le samedi, mon dernier, avant de sauter dans le train le lendemain. Décide de passer au Castle, la boite expat’ de Nanjing pour un dernier verre et pour saluer une dernière fois les lieux. Coronna, Heineken, shots de Tequilla. Types qui te connaissent à peine qui te tapent dans le dos et te demandent comment ca va et se cassent pendant que tu réponds. Filles qui dansent en se frottant entre elles pour avoir l’air chaudes. L’une d’elle se frotte à moi, une chinoise incroyablement familière. Mercredi prochain elle se marrie, elle est venue de Heiffei avec ses copines Françaises, Russes, Philippines –me gusto- pour sortir de sa petite ville de province si chiante. Danse collé-serré avec elle. Lui empoigne son petit cul ferme et enfonce ma langue dans sa bouche pendant qu’elle soupire. Lui mordille les lèvres, elle presse ses hanches contre ma taille. Jamais compris les mariés. Mais bon, moi c’est sa pote Philippine qui me plait. Shot de tequilla, Gin Tonic, odeur de hash dans les chiottes. D’autres type me demandent des nouvelles et se cassent. Faut que j’apprenne à répondre « Ca va » quand on me demande « comment ca va ». Arrive Maiwenn, déception amoureuse immature et sosie de Maude. Tsing-Tao, carnet de note qui tourne pour des messages de départ sans intérêt pour la plupart. La chinoise écrit sur mon carnet « Hat wise : unforgettable. Soul wise : I don’t know ». Maiwenn écrit « je souhaite qu’on reste amis ». Tequilla, Gin tonic, Coronna. Trop bourré pour la philippine et la chinoise me gonfle. Conversation sans intérêt avec Maiwenn. Propose de la raccompagner. En route, elle part en gueulant. Même pas mal. Même pas malmené. Même : Rien à foutre. Retour en Zigzag. M’effondre et ronfle.

Le lendemain. Cours m’acheter des trucs à bouffer dans le train. Entasse ma vie dans 3 énormes sacs et saute dans le taxi. Le tableau de bord est plein de smileys.  Je réalise que je n’ai plus de chez moi et 30kg d’affaire à porter.

Un plan simple. Descendre avec Lara dans le Guangdong en bas à droite de la Chine. Visiter avec elle une usine. Remonter au bout de 3 jours pour Pékin. Entretient d’embauche pour un poste de traducteur. Si job : trouver un appart, des amis, des colocs. Choose life. Choose a job. Choose a career. Choose a family. Choose a fucking big television, Choose washing machines, cars, compact disc players, and electrical tin openers. Si pas Job : Choose DIY and wondering who the fuck you are on a Sunday morning.

Qui est Lara ?

Lara est une amie. Eurasienne Franco-Vietnamienne. Taches de rousseur, yeux noirs, cheveux coupés courts. Sourire doux de Toulousaine. Un brin paillarde et rigolote. Après des études de finance elle a dirigé plusieurs usines en Asie, a Nanjing et au Bengladesh. Patronne du meilleur restaurant Français de Nanjing. C’est là que je l’ai rencontré pompette un soir de 14 juillet 2009 organisé par l’alliance Française après avoir tenté maladroitement de faire de l’œil à sa fille de 19 ans. Lara  descend dans le Guangdong pour visiter des usines en mission de  consulting. Elle a gentiment accepté de m’ouvrir des portes pour un article. Après sa visite dans le Guangdong, elle part aussi pour un entretient d’embauche à Honk Kong pour un juteux poste pour un grand groupe de lingerie néerlandais. Elle –aussi- aspire à quitter le calme engourdissant de Nanjing, ses expats chiants, son climat abrutissant et son jolie lac.

Wagon de premiere vide. Branche l’ordi et regarde « Election 1 » de Johnny To. Que je vous conseille chaudement. Soupe en sachet. Café. Bières. 23 heures passent. Gare du Guangdong. Taxi et chambre à l’hôtel 4 étoile. On sort pour manger, le marché est assourdissant et tout le monde cours. Il y a eu une bagarre et 300 chinois regardent un type qui se masse le cuir chevelu en sang. Pas trop compris qui l’avait tapé : Les flics ou un autre gars.

Le lendemain visite guidé de l’usine flambant neuve. De la fenêtre on voit les champs. L’ingénieur textile Français qui me fait la visite –Jibé- est un ami et ex-collègue de Lara. Nous sympathisons. Il m’emmène dans une autre usine plus… Chinoise. Avec un taux de defect assez affolant. Murs dégeux, organisation du travail anarchique, des générateurs vrombissants, pièces mal ventilées. Dans le magasin, un gosse de 10-12 ans prépare les commandes. Jibé gueule. Le gosse se casse.  Déjeunons avec le patron de l’usine. Brochette de Satay fadasse, nouilles pleines d’huile. Le lendemain, déjeuner avec le patron de l’usine neuve. Le chauffeur de l’usine me dépose en BMW devant la gare du bled. Dans ma poche, les horaires de trains imprimés. J ‘ai le temps mais je dois passer par Canton à quelques kilomètres pour faire la correspondance. Dongguandong, c’est trop paumé pour un train direct.

A Canton, foule étourdissante : veux acheter un billet. Non, fallait descendre à Canton-est. Plus de trains. Achète un billet de train pour le surlendemain, seuls tickets encore disponibles. Appelle la première adresse cheap du guide du routard, saute dans un taxi. La piaule sent la pisse de chat et le renfermé très fort. Les draps sont moites. 8 lits, un seul autre occupant. Un Singapourien flippé entre fin de master et début de service militaire qui a décidé de partir à l’aventure, la vraie. Celle qui sent bon le pipi de chat, le hall de gare et les draps moites. Le-vent-fou-et-exaltant-de-la-liberté-dans-le-soleil-couchant. Et sa petite sœur si souvent reniée : La gastro sévère dans un bus en rase campagne.

Email l’employeur pour le prévenir de mon retard.

Je sors chercher à manger. Croise un resto qui vend du crocodile au détail. Hésite. Part. Revient. Commande 250 grammes de viande et regarde songeur la patoune de la bête se faire déchirer au hachoir. 10 euros pour ca ? Pas terrible. Un genre de poulet croisé veau. Fade mais maigre. Revient à l’hôtel.

Pendant que le Singapourien -les yeux brillants du novice- me demande de raconter mes souvenirs de vieux Fennec de terre je pense en mon fort intérieur, qui est aussi mon point faible : Mais nan c’est cool, tu reviendras la tête pleine d’images et le foie plein d’amibes. Arrive Christophe, un Français fou qui a décidé d’aller au Tibet en vélo. Tout cela ressemble à une cession exceptionnelle des psychédéliques anonymes mais on s’amuse. Tout ce petit monde se couche dans la joie, la bonne humeur, et les moustiques dopés aux stéroïdes du Guangdong.

Le lendemain, réponse de l’employeur. Il n’est pas disponibles pour un entretient avant Lundi. Décide de rester à Canton, jusqu’à dimanche, moins cher. Envisage désormais de me faire un nouveau Visa à Hong Kong au passage.

Christophe a convaincu le Singapourien de voyager avec lui. Et moi le Singapourien de m’aider à changer mon billet. Trois heures plus tard j’ai un billet pour Dimanche, un contact pour mon visa à Hong Kong. Appelle Lara à Hong Kong. Qui appelle le contact. Qui me jure mordicus qu’il peut m avoir un VISA entre vendredi et samedi. Pas cher. Nous passons l’aprèm à Xinping, le marché médicinal de Canton. Ou tout se vend, et surtout les choses les plus étranges. Quitte à regret mes compagnons rigolards en route pour Kunming. Les salauds.

Le lendemain. Parcours des kilomètres de galeries de vente de grossistes en jouet made in Guangdong. Achète un sac de couchage ultracompact et un futal de trecking pour 30 euros. A Canton, tout se vend et s’achète. La ville a des magasins improbables –mon préféré ? le type qui vend des roues de kaddy- et des galeries marchandes entières de démonstration de produits pour grossistes.

Nouveau plan : Descendre à Honk Kong 24 heures, nouveau visa, retour à Canton, prendre le train. Aller à l’entretient, choose life. Je prépare un sac allégé de teuffeur. Dedans : big brother mon appareil photo, paire de chaussettes, sweat-shirt pour le soir, chemisette et un caleçon. Laisse mes 30 kilos à l’auberge de jeunesse qui sent le pipi de chat. Reserve à la guest house Hollywood à Chungking mansion. En franchissant la frontière, je brule mon visa. Désormais il me faut un nouveau visa pour récupérer mon sac.

A Hong Kong il y a encore plus de racoleurs indiens et de dealers nigérians que dans mes souvenirs sur Nathan’s Road. Dans le hall, deux minettes pas rassurées m’interpellent. Elles m’ont vu sur le site cousurfer.com. Elles flippent dans leur guest-house que leur taulier, un nigérian, les violent ou volent leurs sacs. Ou l’inverse. Les rassurent. Monte prendre ma chambre. Le croisement clean entre une cellule d’hôpital psychiatrique et de prison. Mon contact, un Tibétain louche est là, aussi. Pas possible de m’avoir un visa avant Lundi : C’est  congés nationaux à Hong Kong. 5 jours par ans. Moi, j’ai un train Dimanche à prendre. Cours au Chinese travel service de la gare. Ils veulent 150 euros pour un VISA de un mois. Je reviens. Accepte l’offre du Tibétain louche. Me retient de lui coller mon poing dans la gueule pour son mensonge à Lara. Me voilà partit pour 4 jours à HK avec une chemise déjà limite cracra, un caleçon et une paire de chaussette. Croise deux allemands qui bossaient chez Siemens à Nanjing, et une étudiante monégasque de l’université de Nanjing coup sur coup dans le hall de Chungqing mansion. Dors mal dans ma cellule, bercé par les hurlements de backpackers dans une langue que je n’identifie pas.

Un topo sympathique sur le fascinant buiding qu’est Chungqing Mansion ici :

http://en.wikipedia.org/wiki/Chungking_Mansions

Et je vous conseille aussi le superbe film de Wong-Kar-Wai de 1994 :  Chungqing Express.

Le lendemain, me promène sans but. Mes Caterpillar payées une fortune commence à se faire la malle après seulement 6 mois de services. A partir de ce jour, mes pieds vont devenir une source de souffrance permanente, au point de me faire boiter comme une racaille sans amour-propre. En plus, le crocodile est revenu se venger avec la petite sœur du vent-fou-et-exaltant-de-la-liberté-dans-le-soleil-couchant.

Un gars Français a posté un truc sur couch-surfing : Sacha est bloqué comme un con aussi. Se donne rendez-vous devant Chungking. Il arrive avec Berny –j’aime les hyènes- un volubile Gabonais rigolard croisé dans sa guest house. Ils se prennent une teille de whisky, je décline. Ferry. Nous voilà à Long Kwai Fong. Le quartier des bars de l’ile de Honk Kong. Ils prennent une bouteille de vodka. Je leur fais un vodka-tonic-bouteille-d’eau dans un park à proximité. Rencontre avec les expats Français de HK. Les trou du cul de Shanghai ont des soucis à se faire : la concurrence pour le prix du plus gros blaireau colonial est rude ici. Mes compagnons d’infortune dansent à proximité de ce qui pourrait passer, vu le tonnage et l’ancienneté, pour un super-tanker battant pavillon de complaisance panaméen. Du lourd. Je décide de me casser. Berny, complètement peté, me propose une excursion bière-vespasienne en devisant gaiement des femmes et du cours tardif de leur vertu. Et des propriétés aphrodisiaques des calypigiques danseuses. Dans les toilettes publiques un flic prend sa pause et vide sa vessie.

Et là, c’est le drame.

Berny tapote sur l’épaule et lui demande très distinctement « Is it big or is it small ? Mine is big ».

-Il y a deux trucs avec lesquels on ne rigole pas avec un chinois. C est Taiwan et la taille des Zizis. –

Le type hurle « papier, papier, mains sur le mur, immédiatement ». Berny essaye d’expliquer. Je lui ordonne de la fermer. Le mec est chaud, il veut nous embarquer. Et bien au chaud au poste, probablement nous coller deux-trois torgnoles.  Je plaide sa cause. Me retrouve sommé de montrer mes papiers. Mais j’ai filé mon passeport au Tibétain pour le visa. Baratines, m’excuse, justifie. Le flic me donne 30 secondes pour déguerpir. Je déguerpis. Avec Marcin, un polonais format poid plume mais gosier Eltsine qui comprend d’un regard l’urgence de la démarche. Taxi. Sur Nathan’s road propose une bière à Marcin. Un mongole –oui, de Mongolie, pas de Saint-Anne- vient nous gonfler et je le sommes de se casser. Il me court après avec un couteau. Satisfait de l’incroyable succès de ma soirée Hong Kongaise digne d’une hidden track des Svinkels, je m’endors dans ma cellule carrelée devant garde à vue avec Serrault et Ventura sur TV5-Monde.

Le lendemain je reprends le ferry. Dehors il y a des milliers de Philippines qui dinent tranquillement au plein air assises sur des cartons en causant de leur douce et belle langue, le tagalog. Des banderoles du syndicat des travailleurs Philippins et au fond, une scène avec un talent show. Que des femmes. Au bout d’un moment je réalise que je suis le seul homme et de plus le seul non-asiatique à la ronde. Demande à une femme d’âge mur ou sont les hommes. Elle me répond « Nulle part, mais tu peux être mon homme si tu veux. » sa copine « moi aussi, si tu veux ». J’hésite à répondre « 30 dollars, me so horny, me love you long time » vu les récents coupes budgétaires. Il y a bientôt des élections aux philippines et aujourd’hui c’est jour triplement important pour ces femmes catholiques et citoyennes d’un pays dans la merde. Pâque et élections. Quel mélange.

Me paye un ticket de tramway Honk Kongais et prend des super photos avec Big Brother sur la ligne vetuste. Parcours le quartier des affaires. Sasha me rappelle : Il a faillit conclure la veille avec une journaliste. Air connu. Mangeons un pho dac biet moins bon qu’a Belleville. Retour pour le lock-down.

Le lendemain je dois retrouver Sacha devant ma tour-ghetto. Passe me prendre un coca et des pansements pour mes pieds qui souffrent au Seven-Eleven. Un type black est étendu là avec une couverture sur le visage. Les secouristes se font même pas chier et fument une cigarette. Je réalise que le quartier est vide d’indiens et plein de flics. Meurtre ? Overdose ? Cause naturelle ? Je prends une photo –reflexe de journaliste- et me tire en frissonnant. Le mec jonche l’endroit même ou le Mongole m’a couru après il y a un jour.

Choppe le Visa : 75 euros. Ouille.

Dine avec un amis de Lara, David, fixer à Honk Kong. Ma chemise en soie pue le jeune clochard et est déchiré. Je commence vraiment à faire pathétique. La femme de David m’explique le mystère des Philippines : Elles sont employées de maison et se réunissent ici chaque dimanche pour leur jour de congé. Loin de leur boulot/logement. Au plein air, à papoter.

Je saute dans le train, content de fuir vers un endroit moins cher. Retour à la chambre qui sent la pisse de chat pour récupérer mes affaires et –enfin- enfiler des vêtements neufs comme une nouvelle peau. Perdu mon billet de train. Le lendemain, trouve un couch surfer allemands musicien dans l’orchestre municipal de Canton. Dinons et discutons avant de regarder Election 2.

Je saute dans le train pour Pékin. 24 heures de trajet à jouer à la gameboy et à regarder des films. Et me voilà maintenant. Dans une auberge de jeunesse de Pekin prés de la cité imperiale. Lundi, entretient d’embauche. Malgré les annulations à répétition. Bizarrement après toutes ces emmerdes la capitale Chinoise me semble vide et chiante, à croire que j’ai pris gout au stress permanent des derniers jours.

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