Saturday first of may night fever

Jo, la diaphane barmaid anglaise blonde du hump coupe un ananas pour la sangria. Elle a les même fines cernes plissées sous les paupières que Jo la Corse brune de Paris. Son homme, Brian, un irlandais à bouclette porte le sound system dans le bar qui surplombe la cours carrée. Les regarde faire en sirotant des bières à la nuit tombée. La lune se lève. Pleine lune. Bien sur.

Arrive Lin. Deux jours trop tard. Explications confuses. Trop tard ma belle. L’ignore. Me no more horny. Vexée, elle se sert une bière et drague Eric, un suédois chauffeur de poids lourd. Diner communal dans la cours. Concert de rock. Des Chinois regardent devant une table couverte de bières. Dans la rue, un feu de joie entouré de gens bariolés. Techno. Biere. Baijiu. Makha danse un genre de  tektonik. X, un arménien de passage a l’air trop rougeaud. Les yeux trop brillants. 45 images par secondes. Il a l’air de mâcher un chewing gum qui serait composé de ses dents. Je demande : Extasy ? Crystal, me répond-il. Il sort un sachet de sa poche pour me montrer.

Le crystal meth, ou metamphetamine, ice, crystal etc. Attendu d’un moment à l’autre en Europe. Est au crack ce que l’alcool à 90 est au cidre. Sale drogue. Indiscernable du bon vieux MDMA, alias Extasy. 48 heures d’effets en moyenne. Se fume, se shoote, se sniffe, s’ingère. Hyperactivité. Paranoïa. Délire de persécution. Agressivité. Ultraddictif. Facile à produire avec une passoire, un filtre à café, deux boites d’allumettes et un flacon de médicaments contre la toux. Littéralement. Devenu un problème de sécurité majeur dans le sud de la Chine. Ignorantes des risques à cause de la politique  de l’autruche en vigueur des jeunes femmes en prennent pour maigrir. Radical pour ressembler à un déporté. Deviennent accro. Se prostituent. Vieillissent de 10 ans par année d’usage. Gencives qui saignent, immunodéprimées, sida, hépatites. Réponse pénale chinoise: Balle dans la tête pour les trafiquants. Facture à la famille. Attaché à un lit jusqu’à ce que désintoxication s’en suive pour les accros. Do not try this at homeDo not try this in  China. Do not try this at all.

A ce moment là, 3 flics font irruptions dans le bar pour parler à Brian. X range sa came. Trop de bruits. Sont chauds pour verbaliser. Discutent avec Brian. Rangent le calepin.

Des chinois dansent sur de la grosse techno germanique. On dirait qu’ils pogotent.

X est confiant. M’explique qu’il dormira avant le lever du soleil en se massant la nuque les yeux grand ouverts. Je ricane. Bonne chance mec.

Allons à un autre bar. Bad monkey. Billard. Fresques, peinture fluo aux murs. Barre de strip-tease. Chinoise vulgaire qui s’y frotte. Jolie cul. Un américain bourré essaye de jouer starway to heaven. Pas terrible. Pub pour de la Stella –les anglais appellent cette bière wifebeater– mais yen a plus.

Retour au hump. Les flics repassent. Enervés. Baissez le son. Comme un air de déjà vu. Me retrouve à faire le gué devant le bar avec les autres autours du feu. X n’a plus l’air de s’amuser du tout. On dirait Lookoom à 10 heures du mat’. Tousse. Commence à s’étrangler. Gerbe une mauvaise bile. Continue de s’étrangler. Devient rouge. Cours lui chercher de l’eau. Le mec devient un peu moins rouge. Il trépigne.

Lin roule des pelles au Suedois. D’abord avec réticence. Puis avec entrain. Me regarde fixement. Me no more horny  girl. Cible une jolie canadienne d’origine indienne à la crinière flamboyante. Avocate, grande gueule. Mon genre. Râteau. J’en ai marre. Drague une hippy australienne bariolée. Lui roule des pelles et la pelote. M’explique que ce n’est pas possible de… avant une semaine. Beurk. Veux pas trop savoir pourquoi. Fatigué.

J’aime pas ces moments ou j’ai l’impression que tout le monde va baiser cette nuit sauf moi.

Makha danse un genre de danse de la pluie en hurlant une chanson des doors. X aussi.

Un Chinois arrive. Chaud. Crane rasé et tatoo. Demande de couper la musique. Le style gangster asiat’ dans un mauvais film américain.  Anglais parfait. X essaye de jouer les médiateurs. Le type l’envois chier comme une merde. X lui colle une beigne. Sur des bonnes bases, les négociations reprennent. Les deux hommes vont dans un coin s’expliquer. Petit à petit. Le ton baisse. Ils finiront au bar à s’envoyer des bières en rigolant. Comme deux amis de toujours.

Vais me coucher. Prend soin de boire un litre d’eau tiède pour prévenir la gueule de bois.

Le lendemain. Midi. Types qui émergent. Mal de crane communautaire. Ralentit. X est debout, droit au milieu de la cours. Rouge pivoine. Yeux grands ouverts. On dirait un fou. Pas dormis. Premières sorties du coma. Inventaire. Untel a trouvé un poivrot dans son lit. Le lavabo du dortoir de bidule est bouché par la gerbe. Et un troisième n’a pas dormis à cause de la baise tonitruante d’un couple dans sa piaule. Complainte, chœurs, refrains. Vais me promener.

Marche jusqu’à une pagode décatie. Bookine à l’ombre fraiche. Repart sans trop savoir ou je vais dans le village paysan. Odeurs de charogne. Nuées de mouches. Vieilles sur les perrons. Terrains vagues. Route défoncée. Bifurque. Trouve un petit champ de cannabis sauvage sous les vergers. Continue. Arrive au bord d’une riviére asséchée sous le soleil rutilant. Tombe sur un énorme bâtiment aux murs crénelés. Une prison ? Continue ma route. Derrière les murs, des pagodes. Une prison pour bouddhistes ? Plus loin une carriole et des touristes. Un site touristique ?

Me faufile. Entrée. Que des chinois ! Entrée chère, 5 euros pour accéder à la télevision city du conseil municipal de Dali. Demande à un touriste de Canton si c’est bien, il me répond que oui. Je prends un ticket et là… C’est le drame. Comment dire. Un genre de OK Coral asiatisant pour le coté bidon, avec un petit peu de parc Astérix pour l’entretient –c’est dégelasse-. L’endroit sert à tourner des téléfilms avec des rues japonaises, des rues laotiennes, des rues chinoises des dynasties diverses et des bâtiments bien kitchs. Ya aussi des trucs indéfinissables comme cette épée géante en plastique, la fontaine enchantée totalement fake, un mur gonflable d’escalade Pékin 2008 pour les minots. Certaines parties étaient fermées. Dommage. Je rêvais de voir le village traditionnel de la minorité –fictive- Kirikulu. Des Chinois en pagne avec un os dans le nez peut-être ?  On peut aussi se faire shooter déguisé en Japonais/Mandarin/Empereur. Avec les Nikes, c’est mieux. Ou alors faire une super vidéo déguisé en Bai sur un tapis volant survolant divers sites touristiques chinois. Pour vous faire une idée du professionnalisme du résultat, regardez sur Youtube le clip de David Hasseloff « Hooked on a feeling ». C’est dans le même ordre d’idée. Atroce !

Rentre, pionce 12 heures. Le lendemain nous partons pour le marché « pittoresque » de Shapin avec Sharon, une Israélienne rencontré au Hump. Bof. Un genre de terrain vague avec des broyeuses à piments, des étals de boucher qui font peur, des poissons encore vivants du lac. Mangeons dans une gargote tout en négociant ferme –une bonne demie heure quand même- pour acheter de l’artisanat local à une vieille qui arrête pas au passage d’essayer de me refourguer de l’herbe et du hash. Retour. Tombons sur Lin et Eric le Viking. Qui ne se quittent plus depuis leur nuit torride au milieu du dortoir qui a empêché de dormir tout le monde. Nous proposent d’aller voir la pêche au Cormoran sur le lac Errhai.

Les Cormorans en fait c’est des genres de canards noirs. Pas hostiles pour un sous. Font des drôles de bruits assez pathétiques. Ficelle autours du cou pour pas gober les poissons. Le lac Errhai est en train de mourir. La pèche est limitée à 2 mois par ans. Et uniquement au Cormoran, pour les touristes. Parfois la préfecture interdit de manger les poissons dans le coin. Mercure, plomb, produits chimiques. La traduction que j’ai fait pour le chef de mon département sur la pollution des marécages du Jiangsu était flippante. Taux incroyables de saloperies diverses. A coté de Dali il y a une fontaine aux papillons ou ils venaient se reproduire. Plus de papillons, la pollution les as tués il y a 3 ans. Le phénomène est mondial. Je me rappelle étant gosse les nuages de papillons en été à Mouchin dans le nord. Maintenant quand j’en vois un, je fais un vœu tellement c’est rare.

Le pécheur me propose de poser avec des cormorans pour la photo. Un sur chaque bras. Le contact des palmes n’est pas désagréable. Un peu comme les mygales en plastique mous des magasins de farces et attrapes. 5 kilos sur chaque poignet, les bras en croix, on fatigue vite. Oui, j’ai les photos. Satisfait de la pèche –deux énormes poissons que les cormorans lâchent à contrecœur- le pécheur fourre une ablette dans le gosier de chacun d’eux.

Un tour à la fête foraine en bordure de Dali. La mystérieuse femme-serpent dans sa tente. Approchez, approchez : 3 koueis seulement. Une mère de famille lao danse paresseusement en short avec un serpent aussi usé qu’elle. Jeux de tir avec des AK47 jaune poussins. Manèges rouillés qui grincent. Brochettes douteuse.

Vais poster un colis pour mes parents et ma tante, et aussi pour me débarrasser d’un encombrant classeur de DVD pirates : J’essaye d’alléger mon sac. Explication confuse dans le patois local. Interdiction d’envoyer plus de 10 dvd. Et un des objets du colis -un bibelot- est susceptible d’être considéré comme une antiquité par les douanes. Quand même réussit à envoyer 3 dvd de photos puisque facebook bloque toujours autant.

Dans la rue, hasard incroyable, je tombe sur Cornelius. Un allemand couch-surfer qui m’avait hébergé à Canton il y a maintenant un mois ! Et de se percher dans les montagnes pour une rando à 3000 mètres d’altitude. Essoufflement, palpitation : Rien n’a changé depuis mon voyage il y a un an à Shangrilla avec Alex et Corinna.

Perché sur un genre de nid d’aigle pour Hermite, le regard embrasse la vallée.

Sans trop s’attarder sur la chute possible, vu l’abime : Un peu comme l’Europe.

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