Rampe vers l’ouest, mon sentier

Rampe vers l’ouest, mon sentier
It’s 106 miles to Chicago, we’ve got a full tank of gas, half a pack of cigarettes, it’s dark and we’re wearing sunglasses. Hit it.

Je monte à bord du grand condor chargé comme une 106 dans un ferry pour le bled. Avec un petit sourire narquois. Plus que 2800 kilomètres de route seul dans une bagnole d’occase rouillée. Et tout ira bien, il faut que ca aille bien. Si ca ne va pas bien je vais… Oui, je crois bien que… Relax Fennec.

Mais n’y pensons pas, et tournons plutôt le contact pour foncer vers le grand Ouest canadien et une nouvelle vie.

Oui, tournons le contact.

Et la voiture ne démarre pas. Bien sûr.

Je n’ai ni la force de pleurer ni de hurler. Je reste là, comme figé. Je rigole comme un con. Loin, à l’ouest d’Eden, un compteur impitoyable s’est enclenché, le tic-tac avant ma première journée de taff. Celle où tu es censé arriver propre, calme et à l’heure.

En moins d’une semaine j’ai acheté une voiture, revendu des trucs de mon appart, trouvé un repreneur pour l’appart en question, souscrit une assurance auto, immatriculé la voiture, vidé l’appart et fait mes valises, trouvé une colocation à Winnipeg, suivit une formation, trouvé une coloc au manitoba, entamé une amourette de fins de vacances.

Il existe une échelle du stress qui mesure la chance statistique de péter un plomb médicalement, suite à des facteurs anxiogènes. Toutes ces petites choses de la vie qui vous font grincer des dents, mal dormir la nuit, hurler nu en slip dans la rue sur une ambulance. J’ai fait un High score ! En fait, le maximum. Heureusement que je suis flexible, quand la moitié des Français à l’étranger rentrent en état de choc après 3 jours sans Nutella. Il va falloir improviser:

« Oui, vous monsieur, dans la voiture qui venez de vous garer, vous n’auriez pas par hasard des pinces crocos et l’âme d’un bon samaritain ? Non ce n’est pas pour me les attacher aux tétons et m’infliger une torture supplémentaire, mais ma batterie est morte. Je vous donnerais des sous même. »

Et me voilà fonçant vers Laval, la trouille au bide de caler comme un naze sur l’autobahn cabossée qui survole le boulevard au Nord. En route…

La banlieue nord de Montréal se dégentrifie. Puis elle se désurbanise. Et enfin elle se désagricolise. Puis il ne reste que les forets bordés de chalet du Mont Tremblant. Je me permets enfin une pause, le temps de manger un burger. Le grand condor ou rusty Jane -une Hyundai Accent Manuelle 2004 négociée 500€- est un tas de rouille couleur cuivre dont le moteur grogne en surrégime quand je passe les vitesses. Le GPS en english a du mal à prononcer les noms français. Bientôt, je suis seul de mon côté et je croise des camions chargés de rondins dans une forêt neigeuse. À Val-d’Or je glisse sur la première plaque de verglas de ma carrière d’automobiliste et manque de m’emplâtrer dans un panneau de stop. Ou plutôt d’arrêt, comme ils disent ici. La neige tombe dru.

La télé du motel passe les Simpsons en Québécois, la jolie réceptionniste me fait un prix. Le souvlaki a l’agneau me donne la nausée. Je m’effondre dans un sommeil sans rêves. Il neige toute la nuit.

Avec mes pneus d’été je ne risque pas la grande route du Nord. Trop peur de finir en vol plané dans un pin. Il me faudra redescendre de Rouyn-Noranda vers Sudbury et ajouter une journée de route à mon périple. La température remonte, les vallées boisées de l’ouest du Québec. Quelques kilomètres avant l’Ontario, dans le magasin général une bâche remplace le mur. Une paroissienne prise de boisson a traversé la boutique en négociant un virage too fast et too furious. Le fils du gérant a froissé l’aile de sa Honda en percutant un ours la nuit. Un petit. Ce seront les dernières choses que j’entendrais en français de mon odyssée.

La réserve indienne est moins misérable qu’attendu, avec ses petites cabanes qui vendent du tabac de contrebande douteux et ses énormes supérettes qui fourguent de la bière par palettes de 48. En rentrant en Ontario, la limite de vitesse baisse de 10km/heure.

Sudbury devrait faire du cinéma, mais uniquement dans des rôles de méchant. Toute en vallées et en bâtiment de briques et en friches industrielles, avec un château d’eau comme tour Eiffel que j’immortalise sous le regard des bikers du chapitre local des Outlaw en train de boire une bière sous leur porche.

La télé du motel Canadiana passe Royal Tennebaum. La Pakistanaise au guichet m’oriente vers le centre-ville. Au crépuscule, la ville est désertique, silencieuse, hormis le crissement du train qui freine dans sa propre odyssée vers l’Ouest. Tout est fermé. J’achète des chips à la supérette après avoir essayé un restau fermé à 9 du soir. Le lendemain je mange un petit dej dans une assiette en carton quand un dealer m’accoste dans la galerie marchande qui semble structurer le centre de toutes les villes canadiennes. Le vigile dans son gilet pare-balle fait semblant de ne rien voir.

Le serpent de la route est un monstre d’énergie disait Jim Morrison, il bénit ceux qui l’embrasse sur la tête sans peur. Mais il avale les craintifs. Sa queue sinue toute en courbes de femmes dans les bois, et le lac -n’importe lequel – n’est jamais loin. Il y a tellement de lacs au Canada que les noms reviennent comme un mantra sur les panneaux qu’un fonctionnaire zélé a accolé sur chaque étendu d’eau statique ou mobile au bord de la route: eau sombre, lac aux ratons laveurs, aux élans, aux castors, lac calme , rivière rouge, rivière de raine . Parfois un camion me colle au train pendant des dizaines de kilomètres avant de me doubler poussivement. Route à 90, 100 autorisé. Je ne risque pas la prune, je suis les conseils de bison stressé. Je suis le seul.

Wawa.

La ville-frontière. L’Ouest se matérialise. Quelques rues. Des motels pleins. Tous. Dans l’auberge-bar je demande la taulière. Pas de chambre. Plus de chambre. Même pas à White Water à 120 kilomètres. C’est exceptionnel. Il paraît.

« Mon chou tu devrait filer à la station. Elle ferme dans 5 minutes, sinon tu vas passer la nuit ici jusqu’à l’aube. »

Je file à la station. J’avale un redbull, j’envoie du punk sur l’émetteur radio connecté à mon téléphone. Je crève de fatigue. Pas de chambre à White Water. La nuit tombe lentement. Les camions pleins phares, les panneaux qui indiquent les traversées d’élans. La radio qui fait un tour de bande FM avant de revenir vers le punk. Pas d’OVNI. Cigare au bec, bâillement. Le serpent est en train de me prendre tendrement dans ses anneaux. Arrivé à Marathon j’envisage de dormir dans la cafète du coin comme un vagabond en me demandant si j’aurais encore des chaussures au réveil. Ou une voiture.

Sur le parking du dernier motel, un natif fume sa clope.

« Excuse mon pote, tu ne sais pas si ya une chambre dans ce coin ? »

« T’as le cul bordé de nouilles, on vient d’annuler, il m’en reste une »

La télé du motel passe Speed. Sandra Bullocks minaude. Keanu Reeves joue mal. Comme d’hab. Je ne mange pas et je tombe dans les pommes, habillé, sur le matelas trop mou.

La dernière chose que je vois c’est la trogne de Dennis Hopper. Easy Rider.

J’ai fait 385 kilomètres de rab sur ma feuille de route. À 60-70km/h. J’arrive à Thunder Bay affamé et manque de faire une crise d’hypoglycémie sur le périph. Je prends le serpent par la queue, je le jette au sol et repart après un sandwich au poulet épicé.

Allez un petit cliché pour le folklore-du-bloggeur-avec-le-vent-dans-les-cheveux.

Arrivé à ce stade la seule perspective de bouffer encore de la junk food me révulse. Ça fait 4 jours que je me noie de pizzas en burger, de frites en trucs panés. Je rêve de salades aux noix, de pain de campagne et de chèvre avec une tasse de café buvable.

Ignace, Ontario sent la poussière, la graisse de moteur et le gasoil. Le grec obèse en chemise sale au comptoir me fait un prix. Dans sa cabine, il y a des silhouettes de superhéros comme celles qu’on met dans les salles de ciné pour le dernier Marvel. En entrant dans ma chambre fumeur peu chauffée j’ai la certitude que quelqu’un est mort ici, et peut-être il n’y a pas si longtemps. La décoration est de toute façon un homicide de toute forme de goût, mauvais y compris.

Mes yeux, mes magnifiques yeux

La télé du motel passe un documentaire sur les douanes canadiennes. Le pépé US qui débarque de Detroit, Michigan ne savait pas que le poing américain sous le siège passager était illégal. On le menotte, on lui colle 500 dollars d’amendes pour port d’armes prohibé au Canada. Avant de le laisser entrer quelques minutes plus tard avec son fusil à pompe Ithaca qui est légal, et déclaré.

Encore un fast food, l’employée du Subway me donne du « biquet » (sweety). Le biker poussiéreux sirote son café en tirant sur sa Camel. Il n’a pas eu de « biquet », plutôt du Mister. Easy Rider.

Le bouclier Canadien s’arrête un peu avant le Manitoba. L’horizon devient visible, puis plan. Le serpent raidit, et je fonce dans la poussière. Les voies d’accès à l’autoroute sont des carrefours à angle droit, pour s’insérer dans la circulation on accélère sur la bande d’arrêt d’urgence et l’asphalte spécial grogne sous les pneus.

Winnipeg est en état d’alerte à cause d’un colis suspect. Le trafic explose, et c’est toujours un peu stressant de se coltiner les connards qui déboîtent sans clignotant après 4 heures de bâillement et de ligne droite dans la Taïga. L’après-midi est encore jeune, le soleil polaire se couche une heure plus tard qu’au Sud-Est, à Montréal. Au sud. Est. Je mâche cette idée dans ma tête, comme un chewing-gum géographique.

Les référentiels changent. Le sud d’avant-hier c’était Canton, celui d’hier Marseille. Mon orient, c’est désormais New York, et mon extrême orient Paris.

Je suis une boussole. Sans point fixe à montrer, juste une direction. La sempiternelle randonnée vers  sa propre mortalité.

Kiss the snake on the head, no one get out of here alive*.

La vie est un vecteur, un serpent qui traverse des plaines, des forêts, des montagnes, des gouffres.

Et, parfois, des prairies. Aujourd’hui , j’ai 38 ans. Et le blog du Fennec bientôt 10. J’ai passé les dix dernières années entre tant de pays. Je ne regrette rien, et j’espère que vous aussi lecteurs du blog (je vais changer d’adresse bientôt à propos, et de site !) appréciez la vue du fauteuil passager.

Mes excuses si je ne parle pas trop, je suis encore un jeune conducteur fennec. Et demain pour le boulot je vais à Edmonton, en Alberta. Vers l’Ouest.

 

*Embrasse le serpent sur la tête, personne n’en sortira vivant.

 

 

 

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Se vêtir pour pas trop cher au Canada

Se vêtir pour pas trop cher au Canada

Salut à toi ami (moyen) pauvre, immigrant bulgare en guenilles débarqué du Lutecia, pévétiste fauché. Maintenant que tu ne dors plus dans des cartons, que ton scorbut s’est résorbé grâce aux excellents conseils alimentaire de sa fenekissime plume tu vas pouvoir te vêtir comme un milord avec tes piastres durement gagnées .

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La parade nuptiale au Canada est une affaire de bon goût

Venez (si c’est l’été !) avec des chaussettes, des sous-vêtements, un maillot, des serviettes et une bonne paire de chaussures montantes, un jean et 3-4 tee-shirts. Et ce que vous avez sur le dos. Le climat local est tel que vous ne possédez pas en Europe la garde-robe (sans compter le volume bagage) nécessaire à l’amplitude thermique qui oscille entre moins 40 et plus 35 Celsius. Il vous faudra donc vous approvisionner sur place. Pas de panique, de nombreuses alternatives existent. Par une de ces bizarreries locales, les caleçons droits (pas boxer mouletonboule) sont relativement rares icittes (on en trouve à Wallmart), si j’avais su j’en aurais ramené plus.

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Nous rappelons aux Canada Goose-sluts que les Québ se foutent du fétichisme des français (ici un coureur de Ramparts dans le dénis de sa prostitution) pour cette marque hors de prix de petit bourge et ses pratiques de cruauté envers les pauvres coyotes et oies . Et bon appétit bien sûr. Si tu vois quelqu’un se balader en automne en Canada Goose, t’as de bonnes chances qu’il soit français. C’est un peu comme un signe de ralliement de gang ethnique. Sauf qu’au lieu de vendre de la drogue, ils font la gueule devant le Fitzroy et l’Avenue. Si tu veux vraiment porter de l’animal mort, achète-le d’occase, comme ça tu garderas le karma pur et empêchera la mort inutile d’une pauvre bestiole de nourrir les mites dans un grenier.

Si vous arrivez quand il fait encore un temps potable (cad au dessus de moins 5) ne commencez pas à vous emmitoufler dans votre parka. Vous allez devoir fortifier votre corps tel un héros de film de kung fu, et lui apprendre à encaisser ce petit vent froid dégelasse qui vous lapide la gueule passée janvier. Il n’est pas rare de croiser des filles en jupettes courtes et leurs chums en short sous un climat considéré comme grand froid par ces chochottes d’Européens de l’Ouest (parce que la Finlande c’est badass, j’aime la Finlande).

Où acheter?
Vaste question. Des promotions occasionnelles « nous payons les taxes » vous donneront le privilège insensé de payer ce qui est marqué sur l’étiquette (sans taxes donc).
LA grosse journée de solde systématique c’est le « Boxing day » (26 décembre) et un peu aussi le « black Friday/Vendredi Fou ». L’état canadien se garde totalement d’intervenir dans les soldes et les commerces sont libres d’organiser leurs ventes spéciales toute l’année. En général s’il y a un festival (rue bloquée et tréteaux sur la route) c’est Bingo. A noter que Johannie (notre experte, voir plus bas) ne partage pas mon analyse. Encore une chicanerie…

Les enseignes Winners et Mark’s proposent des « grandes marques » à prix bradés toute l’année pour ceux qui veulent se vanter de payer la même m… moins cher. A Montréal l’Aubainerie, à Toronto Honest Ed (terminé hélas) cassent les prix. Les toutes petites mains d’enfants chinois et mexicains fournissent aussi Walmart en vêtements neufs peu onéreux. Pas mal de vêtements chinois (qualité bof-bof) pas cher vers PIE IX (MTL)et Bloor West (GTA). Etant vous-même un pauvre, vous n’avez pas forcément le luxe d’avoir une éthique de consommation. A moins bien sûr que… (voir plus bas).
La fausse bonne affaire : les petites annonces sur Facebook de gens revenants au pays une main devant une main derrière (ça sera votre cas, mais j’espère que vous limiterez la casse en suivant mes conseils). Dieu que nos contemporains sont rats, c’est affligeant. La vraie bonne affaire, la section « dons » et échanges de Kijiji.ca et Craiglist.

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Même la Police de Montréal aime s’habiller cool (nan en fait c’est une marque de protestation syndicale de porter des futals non réglementaires)

Si comme moi vous adorez chiner vous allez kiffer les « thrifts stores » (en gros les Emmaüs) du Canada. Les gens donnent leurs vieux vêtement (entre autres) à ces enseignes dont les plus connues  sont le village des valeurs/Value Village , The Salvation army (l’armée du Salut) et Renaissance. Le ratio de vêtements homme/femme est d’environ 1/3 sans que je puisse établir si les femmes sont plus généreuses ou plus achalandées niveau garde-robe. Ces magasins font aussi office d’œuvre de réinsertion et l’étiquetage/ classement laisse à désirer (la partie sportswear est toujours unisexe). On y trouve des perles rares à des prix défiant toute concurrence avec des arrivages quotidiens. Pour vous faire une aprèm shopping bien BS (Rmiste en Québécois) rendez-vous sur le croisement Ontario-Est/Pie 9 (MTL) ou à celui de Bloor/Lansdowne (GTA) avec deux magasins et plein de bazars. Les affaires partent vite et si vous laissez un truc dans coin, il risque de n’être plus là à votre retour. J’ai personnellement trouvé des jeans de marque à 12 boules, des vêtements polaires à 30 et des vestes en cuir à 30. Perso, je vire les étiquettes de marques à coup de cutter et de patchs de Punk. NO LOGO 4 EVER. Les églises organisent aussi des ventes de charité hebdomadaires dans leurs sous-sols lors des jours de congé de Jésus (typiquement vendredi-samedi-dimanche).

Les Canadiens ont pour tradition de laisser leurs biens en trop dans la rue à destination des moins fortunés lors de déménagement ou de ménage de printemps. En général c’est rangé proprement dans des boîtes (en attendant la pluie). Il convient de faire TRES attention à ne pas ramener à la maison des petites bébêtes inamicales types puces de lit. C’est possible de « stériliser » des vêtements secs trouvés dans la rue au moyen d‘un traitement prophylactique impitoyable. Transportez-les dans un grand sac-poubelle ETANCHE noué serré. Dirigez-vous vers la laverie la plus proche. Transférez le contenu du sac directement dans le séchoir. Traitez le sac comme une couette de pestiféré (ne pas réutiliser au retour). Et faites-leur subir une heure de séchage (à sec) à puissance maximale (meurt, pourriture communiste suceuse de sang). Deux si vous êtes paranos. Si vous êtes psychotique, un mélange de cryogénisation (une nuit dehors par moins 20) et/ou de micro-onde pour les grands malades (40 secondes, vérifier si ya du métal, ne pas foutre le feu à la maison) semblent donner des bons résultats. Puis lavez-les normalement comme du linge sale. Les larves (ou pire, la gale !) ne survivront pas au traitement de choc. Les vêtements vendus dans les thriftstores sont traités et nécessitent juste un classique lavage à froid avant utilisation. Fuyez comme la peste les canapés et les matelas laissés dans la rue, particulièrement s’ils sont lacérés.

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Wep, c’est vraiment une fille, et même une jolie quand elle déconne pas avec le makeup

Johannie* est quebecoise et maquilleuse pro, elle nous livre ses conseils, pour vous les filles:

Pour les basics (chaussettes, sandales, accessoires pour les cheveux, quelques fois des bijoux cool, costumes ou t-shirt): Ardene. Pas de la grosse qualité, mais on peut acheter en gros pour pas cher. Certains trucs font ados, mais on peut y trouver des trésors. Environ 20$ pour des chaussettes, mais tu en as 15 paires. Pour les amoureuses du vintage: L’armée du salut ou Renaissance (celui sur Masson à les meilleurs trucs, souvent des marques). Environ 5$ le haut et 7$ le bas. Astuce: Attendre les soldes géniales. Évitez le Boxing Day (prix moyens, trop de gens, clientes agressives). Préférez la fin de janvier, la mi-mars, la mi-juin, juillet, la fin août, mi-octobre (après l’Action de Grâce), la mi-novembre (au Black Friday, pour l’achat en ligne). Certaines rues deviennent de charmants marchés à ciel ouvert. St:Hubert: parfait pour les amoureuses de la mode ou pour la demoiselle d’honneur qui cherche sa robe. Il y a également des boutiques de lingerie et des Sex Shop (lors des braderies, les soutifs sont très abordables et la qualité est acceptable). Mont-Royal: Rue centrale du Plateau et noyau principal de l’invasion française, elle comporte peu de boutique12513894_10153700280851888_1982899840623142667_o de vêtements. Cependant, c’est un coffre à accessoires. Plusieurs bonnes adresses proposent des chaussures allant de l’escarpin à la botte de combat, bijoux de hippies pour danser au son des tam-tams sur la montagne, ceintures et lunettes de festival. Il faut absolument arrêter au Blue Boy pour déguster un fabuleux sorbet fait maison, dans une ambiance des années ’50 (*Me contacter si vous souhaitez faire appel à elle, elle habite désormais Toronto.)

I’m too sexy for my short

5798cbcfc70b9Les filles voilà la bonne nouvelle. Ici c’est pas l’Europe, et tu peux t’habiller sexy moulant, ou même en jupe sans attirer la meute de schlagues usuels. Enfin si, mais ils seront moins relous. Et n’ai surtout pas peur d’être de mauvais goût, t’as pas le level du Canada.

Pour les hommes si tu veux t’intégrer, je te conseille le MUST du mâle québécois urbain moderne: la chemise-barbe.D’ailleurs pas qu’en boîte ou au bistrot, au travail ca marche aussi.

Inversement, si tu pousses du plomb en écoutant du Jay-Z essaie la douchebag attitude qui fait fureur chez la jeunesse dorée du boulmich’ Saint-Laurent. Pour etre un douchebag il te faudra un débardeur, un bukkaké à l’autobronzant, un jean, et une casquette bien vilaine.Ensuite c’est dans les manières, essaie de te comporter comme si t’étais un gros thug sexiste qui écoute du rap de merde. Si tu es un bon Red Pill Player qui sèmes des MST à tout vent, tu finira peut être même par atteindre la consécration du douchebag: ta propre fiche dans thedirty. C’est maman qui va être fière.

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Contrairement aux apparences, ces douchebag sont  officiellement heterosexuels

(NDF: Ça fait un moment que je veux te parler de thedirty, cette abjection digitale qui te fera vomir. C’est comme regarder confession intime ce truc. Avec des kassos Tinder qui s’accusent mutuellement de se filer des DRD. Si tu soupçonnes les anglos d’être légèrement faux culs, tu pourras rire un bon coup. Et vérifier au passage si ce beau gosse n’est pas le père de 14 enfants de 8 femmes, et cette blonde siliconée, un mec.)

T’es encore là toi? Allez, voilà du porno vestimentaire d’Arabie Saoudite

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Se nourrir pour pas cher au Canada sans devenir diabétique ou obése

Se nourrir pour pas cher au Canada sans devenir diabétique ou obése

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Le monde se divise entre plein de catégories de gens. Par exemple, ceux qui te font un festin avec 3 navets, et ceux qui foutent le feu à la cuisine en faisant une omelette. Si vous appartenez à la première catégorie, vous disposez là d’une compétence inconnue de la plupart des cuisiniers de cafétérias du Québec (ouais, c’est un peu dégelasse et gras). Mais ça se change et la cuisine c’est facile une fois qu’on a choppé le coup. Ça prend un peu de temps mais c’est du temps social, où tu peux causer avec tes colocs en pelant des légumes, ou alors sortir au marché avec ta blonde.

Si vous avez la flemme de lire tout (ça serait bête je me suis cassé le boule à l’écrire) l’idée se résume en deux concepts : éviter les grandes chaînes pour les indépendants et cuisinez vous-même votre propre bouffe plutôt que de baffrer du tout fait! Rappel: c’est la deuxième partie d’un guide qui commence ici.

Bannir la grignote nécessite un effort de fond qui paie en santé et en économies. Votre serviteur aime particulièrement se faire une bonne grousse marmite de plats en sauce bien piquants portionnés en doses journalières dans des tupperwares qu’il suffit de congeler. Bœuf bourguignon/curry de poulet/rougaille-saucisse/ratatouille agrémenté suivant le gout du jour de féculents tels que patates/riz/pâtes/semoule/quinoa.

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Fascinant autocuiseur. On a tous un féculent préféré. Moi c’est le riz. Voilà pourquoi je possède un autocuiseur. On en trouve à moins de 20$ (parfois moins de 10) et ils permettent de faire du riz sans le louper en 15 minutes chrono quand on rentre la dalle au ventre de soirée. Efficace aussi pour les lentilles, la Quinoa, les raviolis et toutes sortes de poissons qui se cuisent à la vapeur. On trouve même des recettes pour cet instrument miracle. Pour le nettoyer, tu laisses tremper dans l’évier une nuit et tu nettoies à l’esponge non abrasive. Cousin bourgeois de l’autocuiseur : le crockpot ou mijoteuse, tu mets tout les ingrédients dedans et ça cuit 8 ou 12 heures à super basse température. Comme ça tu pars bosser et t’as un bourguignon au retour sans foutre le feu à la maison ni cramer au fond.

L’été c’est la saison des salades (tomates/kale/laitue/lentille) et l’hiver des soupes moulinées (carottes/navets/choux/et toutes ces citrouilles/courges délicieuses). Soyez attentifs à l’aspect/date limite de consommation du produit et des conditions de stockage, j’ai vu des taboulés gonflés dans des frigos défectueux (clostridium)  et je connais au moins deux supérettes qui éteignent les frigos la nuit, à Montréal, et Toronto. Pas moyen d’écrire où mais en inspectant la gueule des surgelés on se fait une bonne idée en général.

Le bal des vautours : Quelques enseignes de grande distribution

Loblaw/Provigo No Frills Maxi Metro Wallmart IGA Cosco
En un mot Vaste choix de trucs trop chers. Le hard-discounter en bouffe grasse et sucrée douteuse hors Quebec Loblaw des pauvres, Mammouth écrase les prix Du vol patenté avec des promos intéressantes sur la viande Premiers sur les prix, derniers sur le droit du travail La chaîne bien-de-chez-Québec Là où les obèses pauvres achètent leur diabète
Prix $$$ $ $ $$$$ $ $$$ $
Choix/Qualité JJJ J J JJ J JJ JJ

Manger des trucs bios sains est possible au Canada, mais nous sortons là d’une optique budget. C’est un choix de vie qui se monnaye (et pas qu’un peu). Si vous êtes diététicien/expert en agroalimentaire etc et souhaitez que j’écrive là dessus quelque chose, contactez-moi.

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Festin pour fêter le têt (nouvel an Viet) à Toronto. A force de vivre à Chinatown… à gauche un bouillon de gingembre/citron vert, une salade de champignons froide, et une salade de poulet thai. Budget: 10 boules.

Pour vous procurer tous les ingrédients, direction le plus proche quartier ethnique. Si vous habitez sur le plateau, je vous recommande chaudement Seagals’ (en bonus pas mal de trucs bio à pas cher) si vous arrivez à supporter les beaufs qui vous foncent dessus en caddie dans les allées larges d’un mètre. Ou alors le PA (qui livre) mais il s’embourgeoise encore plus vite que le quartier et les prix augmentent constamment au rythme de la gentrification de Montréal.

Les experts: Autopsie d’un ticket de caisse d’une épicerie pas chère, en rouge les prix grande distribution

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Les Asiatiques, Africains, Ukrainiens, Italiens, Maghrébins, Grecs et Sud-américains ont été des immigrants avant vous et connaissent souvent les bons plans. Les Chinois excellent particulièrement dans l’art de cuisiner pour pas cher grâce à des années de pratique de la famine maoïste. Deux livres de gîte de paleron en gros (11 dollars à Fu Tai/Montréal un peu plus au Nosso Thalo de Toronto), une barquette de champignons en fin de vie au fruitier dans le bac à promo (1 dollar les deux) et une botte de céleris ou de carottes négociée en jouant les causette-les-deux-pieds-dans-la-neige à Jean Talon (2 dollars à Montréal, 3 chez Yong Xin Fruit and Vegetable à Chinatown-sur-Toronto ). Versez de la bière dans votre ragoût et servez avec un féculent, et voilà pour moins de 20 dollars 4 ou 5 excellents repas qui feront le bonheur de vos amis.

Pour des bons plans en gros (venez avec un gros cabas), direction Mayrand la centrale de gros qui fait des prix de fous furieux. A ces tarifs-là (les moins chers de la ville accessible aux particuliers) ça vaux le coup d’affréter un Uber voire de louer une bagnole par mois. A visiter pour une soirée raclette, ou un plan méchoui à 40.

Tu es gourmand(e)? Va pécho du vieux!
Ils sont là, seuls et délaissés telles des vedettes grabataires d’Hollywood. Les vieux légumes pas sexy, victimes du diktat du jeunisme, sont parqués dans un coin sombre du fruitier et stigmatisés d’une étiquette rouge. L’occasion pour toi, travailleur pauvre, d’en pécho un maximum à prix discount. Et de ranimer le chasseur-cueilleur qui sommeille en toi vu qu’on est génétiquement prédisposés à se goinfrer de fruits en un temps rapide. Soit opportuniste. Ces kilos de pommes défraîchies te nourriront en compote pour la semaine, et ces toimg_20170215_102209mates feront des merveilleuses bolognaises/sauce tomate. Tu peux aussi te faire des pots massons/conserves en demandant à un québécois de t’expliquer la marche à suivre pour pas t’intoxiquer. Dans le doute lave, bouille, frit et cuit. Il n’est pas vraiment possible de se faire trop mal avec du végétal moribond (moisis=danger) vu les tonnes de conservateurs qu’ils foutent dedans. Par contre si c’est animal (viande, poisson et surtout fruits de mer) et que ça a a l’air en retour d’after méfiance voire fuite s’imposent.

 

Mais tu peux aussi pécho du gros! L’enseigne bulk barn propose de la « dry food » (aliments « secs » longue conservation) au poids en self-service dans ses nombreuses filiales. Pratique pour acheter juste ce qu’il faut d’épice, de farine ou de poivre au citron (ou bourrer les mômes de sucre à Halloween) sans faire de stock ni abuser du packaging. Tout n’y est pas forcement plus avantageux mais bon… Il existe une variante moins achalandée à Jean Talon : Vrac en Folie15133031164_67e46f26f1_b

  • Les supermarchés genre Cosco vendent à prix cassés des saloperies bourrées de sucre et de gras d’huile de palme (aussi appelée jus d’Orang-Outang pressé). Du véritable bouche artère qui fait un gros cul. Le cholestérol et le diabète sont endémiques en Amérique du Nord au cas où tu ne l’aurais pas remarqué en descendant de l’avion. C’est souvent un corollaire de la pauvreté car les trucs les plus répugnants (gras, sucrés etc) ne coûtent presque rien. Si l’on évite les petits épiciers bio péteux de broue, les légumes et fruits sont économiques s’ils sont de saison et qu’on va pas les acheter chez Valmont. Le fromage coûte cher, mais le Global Cheese de Toronto pratique des tarifs de demi-gros appréciables. Pour le poisson : des conserves de sardines (très avantageuses d’un point de vue nutritionnel) des poissons boucanés (excellents maquereaux fumés délicieux avec endives et moutardes) sans compter la morue salée du Nosso Thalo. Les Canadiens sont un peu chochottes avec les abats et du foie de bœuf d’Angus (la rolls-royce du bœuf) se monnaye 2 ou 3 $ la livre à l’occasion. Idem pour gésier, tripes et rognons avec des bonnes affaires à l’IPA. Le prix du cheval varie du simple (cad quasiment rien) au double suivant les quartiers. Pour parfumer un peu tout ça, direction Dollarama et ses épices à prix discount. N’essayez pas leurs conserves, elles sont horribles.
Gare à l’arnaque à l’étiquette : Au Canada on a pas l’obligation d’afficher le prix. Pire, les distributeurs ne risquent rien en cas de différence « prix à la caisse/prix affiché » à part appliquer le moins cher (qui est 100% du temps celui sur l’étiquette, car c’est du vol revendiqué). Si quelque chose n’est pas étiqueté, vous êtes libre de traverser l’hypermarché pour aller à une borne (qui ne marche pas une fois sur deux) ou carrément demander à la caissière de vous scanner le truc (en faisant râler la file d’attente). Puis de revenir à votre caddy reprendre vos emplettes. Ce n’est pas pratique, et c’est fait pour. Mon conseil est donc de ne pas acheter de trucs non étiquetés car c’est fait exprès, et toujours plus cher que ce que vous espérez. Ne les encouragez jamais à vous voler.
  • Tous les adeptes du dumpster-diving (ici un open map avec des pistes pour jouer au raton laveur) ne sont pas des radins ou des pauvres, certains le pratiquent par conviction politique et économique. C’est assez répandu à Montréal (jamais vu à Toronto) et des commerces jouent le jeu. Ainsi certaines franchises connues déposent leurs baguettes invendues devant leurs boutiques le soir. Il existe aussi des soupes populaires (dédiées ou non à certaines communautés), des épiceries solidaires sous conditions et des colis alimentaires mensuels dans les quartiers populaires. A vous de voir si vous pouvez ôter le pain de la bouche des locaux pauvres (vers Montréal Est et Nord la misère est terrible), et vous regarder dans une glace.

Quelques recettes

La bonne soupe d’hivers à Mamie Fennec

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Mamie Fennec (allégorique)
  • Une courge (n’importe laquelle on est pas raciste mais je préfère la butternut)
  • Un oignon, de l’ail
  • N’importe quels légumes d’hivers qui traîne en promo: Patate, Carotte, Navet, Oignon, Kale, Épinard, Haricots verts, panais etc etc PAS de Tomate qui va ruiner le plan avec l’acidité
  • Une pointe d’ail
  • Un corps gras type beurre, huile ou Jean-Marie-Bigard
  • Un bouillon cube dissous dans de l’eau
  • Un mixer
  • Optionnel: du piment émincé et un morceau de gingembre pelé et émincé de la taille du pouce

Pelez/lavez/épépinez ce qui doit l’être (gaffe la butternut c’est robuste et chiant à peler) et détaillez en morceaux grossiers. Faites revenir l’oignon, la courge dans le corps gras. Quand l’oignon devient transparent, versez l’eau avec le bouillon cube avec les autres ingrédients (si ils sont vraiment fragiles genre épinard ajouter une minute avant de couper le gaz). Une fois que tout est bien cuit, ajouter la pointe d’ail, laissez refroidir un peu et mouliner. Vaut mieux avoir une soupe trop épaisse et la rallonger que l’inverse. Une fois la soupe moulinée vous pouvez ajouter au choix du vin rouge, de la crème, un peu de lait entier, du fromage râpé éventuellement pour lui donner du corps. Avec une bonne tartine de pain grillé ça va vous revigorer. Ça se congèle super bien en portions.

 

Les pâtes « Luca Brazi » à la sicilienne 

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Bonu vinu fa bonu sangu!

 

  • des pâtes fines genre cappelini
  • de l’huile d’olive de très bonne qualité
  • un vieux guignon de pain tout dur
  • de l’ail coupé à la lame de rasoir (nah je déconne, c’est pour la private joke)
  • du poivre
  • une boîte de sardines ou d’anchois
  • Optionnel si ta fagnari I pizzu: du parmesan.

Émincez et broyez l’ail dégermé (moi j’en mets une tonne dans cette recette) explosez le pain pour en faire de la poudre (on appelle ça de la chapelure). Poivrez et pimentez le mélange pain-ail et ajoutez votre boîte de sardines (ou d’anchois) égouttées et broyée, ajouter l’huile d’olive et mélangez pour faire une sorte de purée. Cuisez vos pâtes al dente. Pendant qu’elles égouttent dans l’évier faites revenir très brièvement la purée de sardine/pain/ail dans la casserole séche (pas plus d’une minute). Puis versez vos nouilles égouttées sur le mélange et mélangez bien avec la purée comme si vous épongiez un parquet avec une serpillière. Servez aussitôt avec des copeaux de parmesan et un bon chianti. 

 

 D’autres plats de pauvre avec ce que vous trouverez en promo chez le fruitier: omelettes, gaspacho, tartines, curry de legume à la mijoteuse, haricots frits à la chinoise, Tofu MA/PO, moules à la bière façon belge, riz frit à l’Indonésienne. Oui j’ai un gros biais pour la bouffe asiatique, la faute à 5 ans passés là-bas.
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Allez avoue que toi aussi t’as déjà bavé en pensant à elles petit(e) dégelasse

 

 

Guide économique au Canada à l’intention des fauchés, des sous-employés et des radins.

Guide économique au Canada à l’intention des fauchés, des sous-employés et des radins.

Ça vous apprendra à croire les suppléments de l’Express sur vos compatriotes devenus millionnaires en 3 mois. Votre rêve canadien sent la moufette : passé la frénésie de l’installation, vous vous demandez comment vous allez payer vos factures. Pas de panique ! Ce guide va vous aider à gratter quelques piastres sans trop sacrifier à votre niveau de vie. Les conseils s’appliquent aux deux grandes villes où votre serviteur a vécu et galéré : Montréal (MTL) et Toronto (GTA).

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Les plus libérales des gazettes ne cessent de louer le Canada, merveille des possibles, infinité des grands espaces où Priscilla la Française de souche écarte les bras devant les skylines avec son petit drapeau.  Mais le Canada c’est bien plus que ça, genre Justin Trudeau qui pagaie l’air sérieux pour aller butter un orignal qui lui a mal parlé. Il y en a pour tous les goûts et le Canada « nouvelle superpuissance » c’est toujours une bonne occasion de s’entraîner au sport préféré des français: l’autoflagellation .
  • Les indications en noir comme celles-ci sont des considérations générales s’adressant à chacun.
  • Les commentaires en vert sont pour les lumpenprolétariens qui luttent le 5 ou 6 pour boucler leurs fins de mois. Si vous travaillez au salaire minimum, c’est pour vous.
  • Les commentaires en rouge sont pour les fauchés absolus et plus proches du guide du routard pour clodos

Notes : Ce guide ne s’adresse pas seulement aux pauvres mais aussi aux adeptes de la décroissance et les gens près de leurs sous que je saluent bien bas. Les prix sont sauf mention contraire en dollars canadiens, qui a tendance à danser la gigue niveau cours en ce moment.

Sommaire

Logement

Nourriture

Habillement

Télécommunications

Transport

Sorties

Services bancaires

Un dernier mot pour la fin : donnémangé sivoupléééééééé

Logement

Oubliez vos fantasmes néo-bobos de Friends et autres Auberge Espagnole : avec les différences de loyers entre quartiers, la colocation chez les hipsters n’est pas forcément plus économique qu’un bon vieux bail dans les quartiers nord. Et en plus ca laissera moins de vieux poils de barbe dégueulasses dans la baignoire. C’est même certain dans le plateau –le ghetto franco-porto de Montréal-, ou dans l’hypercentre de Toronto (où même les banquiers galèrent). Ainsi, une chambre minable des quartiers ci-mentionnés se monnaye par des marchands de sommeil dans les 5-650$ à MTL alors que pour moins on trouve des 2 ½, 3 ½ dans Rosemont/Frontenac/Anjou. Se méfier en particulier des propriétaires qui louent à la chambre. Idem à Toronto, où la banlieue reste nettement plus accessible. Voici pour les fauchés de Toronto un petit guide immobilier en anglais, avec présentation des quartiers et loyers moyens. Avoir un bail en bonne et due forme vous protège de l’expulsion locative suite à une sous-location foireuse ou un conflit/vol/incendies avec vos colocataire/proprios (plus fréquent que dans les films de Klapisch). Pour des questions de budget, comptez maximum 1/3 de vos revenus pour le logement (électricité et web inclus) sous peine de sévèrement sucer des cailloux. Demandez toujours s’il y a des puces de lit/cafards/milles pattes et vérifiez sur Internet ici. Si votre futur coloc ou loueur a des longues trainées rougeâtres sur les bras invoquez un rôti sur le feu et foutez le camp : les envahisseurs sont là. Pas mal d’arnaques aussi.

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Le salon/cuisine/pièce à vivre que j’ai partagé avec 4 étudiants chinois à Toronto. Au fond à gauche, ma piaule à 650 dollars. Ouaip, c’est ghetto. Petit détail moyennement intéressant: à force de croiser Leika chaque matin j’ai écrit une nouvelle sur ce cabot.
  • Une manière de concilier la stabilité du bail et les avantages de colocation consiste à louer à plusieurs un appartement. Vous serez parfois obligé de chercher en urgence un nouveau locataire si l’un d’entre eux s’en va sous peine de payer deux chambre. Les gens sont nettement plus respectueux quand on leur demande de payer à l’avance le premier et le dernier mois. La fausse bonne idée : Sous-louer et se faire son beurre sur vos colocataires. Ça finit toujours par se savoir, et personne n’aime vivre avec un connard. Attention, en Amérique du nord les droits d’un locataire sont limités.
  • Trop pauvre pour un loyer ou une coloc, et trop digne pour dormir dans la rue ? Hormis le squattage, il vous reste la possibilité de bosser gratuitement. Cette forme d’exploitation–le woofing- vous permettra comme Kunta Kinté de travailler dans un champ contre une paillasse et parfois un repas chaud par jour. Les auberges de jeunesse proposent aussi des programmes « travail contre toit » avec possibilité de draguer des touristes facil(e)s pour qui lutiner avec le personnel d’AJ est une forme de street-credibility. Gare à la cirrhose, à l’herpès et à la toxicomanie. Sinon il vous reste la bonne étoile à la chaude saison, bercés par le chant des moustiques et les câlins trop meugnons des Grizzly.
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Bien sûr Priscilla, tu es une aventurière. Mais il me faut pointer plusieurs faits de mes doigts mesquins et crochus.

1: Personne ne t’attend. Les Québécois ont en général leurs propres amis, et pas forcement envie de vivre avec toi Priscilla. Ceux assez aventureux pour risquer ze clash of civilisation le matin devant leur tasse de café peuvent être plus ou moins dysfonctionnels, toxicomanes ou tricard. J’en parle un peu ici, mais au final mes meilleurs colocs et de loin étaient un couple de français adorables et d’autres immigrants comme mon pote J du Maroc.

2: Pas mal de Quebecois nous croient riches.  La phrase préférée des proprios du plateau? « Je peux toujours le louer 100 piastres plus cher à un français ».

3: Si tu veux vraiment croiser les locaux, essaye de vivre dans une petite ville. Avec 60% de résidents nés hors Canada, les Canadiens d’origines se font rares à Toronto.

4: Les gens cherchent un coloc, pas à t’enseigner l’anglais Priscilla.  Leur patience a des limites, et reprendre ton wolestritingliche tout naze et réviser tes verbes irréguliers n’est sans doute pas leur priorité le soir en sortant du boulot. Mais tu peux toujours essayer de troquer des cours contre des bons petits plats ou des cours de français, ça fait moins schlague.

5: La notion de fun est culturelle. Voici quelques un des passe-temps de mes anciens colocs locaux: Jouer à l’équivalent de « Question pour un champion » comme mémé, Regarder Kerbal Space Programm en bavant, voler ma bouffe, faire la teuf le lundi soir toute la nuit, dealer de l’herbe, cacher le PQ, foutre le feu à la cuisine etc etc etc. Nous n’avons pas toujours les mêmes passe-temps toi et moi Priscilla, et les Canadiens aussi.

La suite: Se nourrir sans manger son poing.

Toronto blues (part 1)

Toronto blues (part 1)

Toronto étale sa tranquille indifférence sur des avenues qui se croisent comme ses habitants: à angle droit. Elles sont entrecoupées de vallons, de parcs et de ponts.

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Au sud c’est l’eau. Elle transpire, souffle une haleine humide sur la ville, en toutes saisons. Parfois, ses volutes exhalent une brume fine. Et les tours de downtown ont des airs de séquoias géants qui s’enfoncent dans le blanc bistre du ciel.

Son méridien est une droite qui fonce vers le Nord. Loin. Si loin. Vers les pôles. Yonge, un axe qui écartèle la ville. C’est un peu son Broadway au rabais, à Toronto. Et comme l’artère new-yorkaise, elle mute, change. Les derniers sex-shops pour ligne de front, et du lac remontent l’invasion des condos, des restaurants, les centres commerciaux. Une lèpre de verre et de béton. Les conseillers municipaux spéculateurs, du temps où le maire était un ivrogne fumeur de crack, sont restés.  Les affaires continuent là où la vie populaire s’arrête. Il n’y a pas d’enfants sur Yonge Street. Les banquiers n’ont pas le temps d’en faire, et ceux des junkies ont été confisqués par les service sociaux. Je n’aimerais pas y grandir.

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Il y a le Eaton Center. Une ruche abstraite, un food court, du Prada, du New Religion. Du bling, de la sueur cantonaise, un Apple store pour croquer à belles dents le rêve américain.

Mais je rêve en français, et mon regard s’attarde sur les itinérants qui titubent, les toxicos qui hurlent torse nu par moins 20 en hivers. Le cauchemar américain dort roulé en boule à la porte automatique sous bonne garde des vigiles de l’argent.

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La foule bigarrée me porte. Toronto n’est pas vraiment cosmopolite. Elle est asiatique. Indienne, chinoise, coréenne. Et même parfois caucasienne, quand les salarimens s’aventurent hors de leurs banlieues impeccables et stérile, leur enfer climatisé.

Il y a Chinatown. Plus vraie que nature. Quelques rues serrées aux pancartes traduites au hasard d’un logiciel. Il y a ma rue. Ma pension de famille. Une allée entre une salle de Mah jong, un grossiste en légume, deux salons de massage-bordels, et le club social d’une triade, le clan Su Yup. Le matin je m’étire en caleçon devant la baie vitre de ma chambre, et je regarde les perdants sortir du tripot le visage triste. Un autre matin, la rue est bouclée, la police scientifique quadrille le secteur après le triple homicide dans un restaurants chinois ouverts toute la nuit. Pour un mauvais regard, un chargeur de Glock 17 vidé sur les clients.

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Traversons une autoroute de ville. Approchons la subversion castrée d’un quartier d’artiste gentrifié. Kensington Market. Un vaste choix de lattés sans lactose, de gâteaux sans glutens, de saucisses sans nitrates, de restaurants sans viande, d’artistes sans talent. On ne s’y encanaille pas, on y parade. Pour exhiber des tatouages, des barbes et du bling vintage. Kensington est cool, pourquoi la gâcher avec d’inopportuns sarcasmes existentiels ?

Les moins de 40 ans ont deux boulots : un boulot alimentaire (en général servir le café), et un truc « artistique ». Pour les femmes c’est la photographie. Les hommes écrivent. Mon enthousiasme des débuts retombe vite. Nous ne sommes pas à Prague, Paris ou Vienne. Ce sont des écrivains de coffee-shops, et des « photographeuses » de salades sur Instagram. Ceux qui ont une culture générale vous la jettent à la gueule comme de l’eau bouillante. C’est toujours drôle -pour un Européen- de voir quelqu’un se vanter d’avoir lu Steinbeck. Ou de connaitre Nietzsche. Ils utilisent des mots comme post-moderne (au lieu de bêtisier ultra capitaliste) sapiosexuel (au lieu d’endogamie bourgeoise) en fermant les yeux, comme si la récitation de leur podcast appris par cœur était une épiphanie à la porté transcendante.

Nulle profondeur où s’accrocher, nulle vie intellectuelle, juste l’abîme confortable du politiquement correcte positiviste au rabais.  Cuuuuuz Im happy. Sans débat, ni incertitude: la bauge aux porcs.

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Fuyons Kensington, retournons au zoo de temps en temps pour y acheter du fromage (c’est après tout un marché) et essayer poussivement de lutiner des thésardes en sociologie de 30 piges.

Le ticket pour le musée d’art moderne coûte 20 dollars. Je brandis ma carte de membre à l’année (cadeau d’une femme dans une autre vie) et on fait signe au vigile qui s’était approché discrètement derrière moi, que ce paysan manifeste est inexpugnable en l’état.

Pas étonnant que les sectateurs du libéralisme citent régulièrement Toronto en exemple : les pauvres y font deux boulots à la fois et les bars y ferment tôt, l’argent sale prospère sans police financière pour faire trébucher Babel.

Et on y mange bien, des plats trop riches préparés par des immigrés heureux d’échapper aux camps. Des pauvres trop épuisés pour l’insurrection, des nouveaux arrivants trop affamés pour le syndicalisme, et une police trop aux ordres pour la finance. Un état de saturation économique, démographique et nerveuse permanente. Avec -ultime camisole !- le râle lourd de la dette sur la nuque du peuple.

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 Ce que Naomi Klein, une journaliste canadienne, appelle la thérapie de choc, est ici, une façon de vivre. Elle n’est pas subie, elle est souhaitée.

Et c’est pour ça que je déteste Toronto.

( à suivre)

 

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Demain, le Canada change de Premier ministre et je serais au cœur de l’action. Pas attablé au Fouquet’s à sucer un Partagas. Pas dans la rue à fredonner « au revoir président ». Ni même en garde à vue, après un autodafé automobile à la cité.

Nan, en coulisse, à l’usine. Au turbin, à compter les petits bouts de papier d’un processus démocratique auquel je ne participerai pas en tant que citoyen.

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Il y a de cela deux semaines, ma seule amie en cette terre anglophone d’ultra-capitalisme m’avait proposé de donner un coup de main. Ce qui, vu mon isolement social, prouve que ce n’est pas une amie imaginaire. Sa chef, une grisonnante quinqua aux airs de prof de math revêche avait tout de suite trouvé les mots pour me vendre le poste :

« Même une amibe y arrivera ».

Le temps de signer 2-3 papiers, de filer mon RIB et l’amibe était sur le pont à remplir des classeurs, des centaines de classeurs de documents.

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Les kits électoraux sont entreposés dans un gymnase d’ancien lycée privé catholique. Ici, on a la laïcité relative. Des linéaires de présentoirs, des cartons. Et moi, m’activant sous le « Walking in the light of Christ » d’un genre de douanier rousseau en culotte courte. Les horloges et les speakers sont grillagés pour éviter le vandalisme au ballon de basket.

Au Canada on peut voter avec presque n’importe quoi : carte de maison de retraite, de crédit, permis, quittance de loyer, carte de chasse. Plus de 40 documents. Mais si vous n’avez pas ces documents, jurez –crachez (sans croiser les doigts, sinon ça ne compte pas) et hop voilà.  Avec une burqa sur la tête, un masque de Dark Vador ou un sac de pommes de terre. Ouaip, c’est constitutionnel et les québécois ont décidé de s’en moquer . Je présume que deux nains empilés dans une grande veste peuvent aussi compter.

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Canadian Citizen, CIRCA 2015

Ce qui apparemment ne pose aucun problème aux candidats, sauf au pire de tous. Faut pas stigmatiser Dark Vador. Ce n’est pas pasqu’il a vaporisé Alderaan et envoyé des petites filles se faire exploser sur des marchés de Kano qu’il n’a pas sa place au Canada comme les autres.

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Comme l’homme à la tete de cheval, ou Monsieur Pomme de terre

Du coup, c’est compliqué pour les agents électoraux de savoir quels documents marchent. Alors j’invente des histoires aux flash-cards. Les faux documents d’identification présentent des faux citoyens aux profils aussi cosmopolites et multiethniques que la population du pays de la feuille d’érable. Les photos d’acteurs ressemblent toutes vaguement à des gens connus. Ici une Gloria Jone entre deux âges, plus loin un Takeshi-Kitano sans œil fatigué. Et si c’était Kitano en fait, en vacances au Canada, qui avait accepté un petit cachet ?

J’y pense en marchant une heure chaque jour pour aller au boulot. J’ai maigri, mon bedon Kronenbourg a diminué. Les pommettes empruntées à ma mère, qui avaient disparues avec l’arrêt du tabac recommencent à tendre mes joues. J’ai retrouvé, un temps, un peu de cette maigreur de prédateur émacié, fébrile. Un regard de loup avec un strabisme. Et les bobo tatouées de Kensington Market me jettent des regards en coin de biche apeurées.

4e jour. 6 heures à coller des stickers, prendre 3 feuilles, les mettre dans un dossier, plier le dosser. Puis, coller des stickers, plier le dossier, prendre 3 feuilles, Puis plier le dossier, prendre 3 feuilles, mettre le sticker.

En empilant des listes de dossiers des 6 partis, je fais des blagues connes de français.

  • Regardez, j’ai 6 conservateurs, on va pouvoir se faire des bocaux de Balladur en saumure pour l’hiver.
  • 4 cocos ? Hop une fédé ! Encore un et c’est la scission.
  • 3 écolos dans le désordre, mais on peut jouer Placé aussi.
  • Vous pensez que si je mets un démocrate dans le paquet de libéraux ils vont le privatiser ?

En théorie, on est pas censé causer politique dans cette ville libérale et gauchiste avec une liste communiste (une rareté en Amérique du Nord). Mais personne ne loupe une occasion de casser de la fracture hydraulique sur le dos d’un candidat, que la neutralité éminente de ce blog m’interdit de nommer ici. Mais pas là.

Après avoir voté sans papiers et en Burqa, le bulletin de Dark Vador servira à élire un MP, un genre de sénateur français en moins bien payé et en moins grabataire. Puis, après consultation du chapeau magique de Poudlard de la Reine d’Angleterre, ces messieurs/dames choisiront le nouveau VRP des Chinois et bizut’ des Américains.

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Bien sûr, l’équipe sortante couvre déjà ses arrières en votant en catastrophe toutes sortes de motions « prends l’oseille et tire-toi ». Des mesurettes aussi inconséquentes que la servitude éternelle de l’armée canadienne envers les USA, ou la signature du pacte fondamentaliste libéral de libre-échange transpacifique. Pacte dont on découvrira le contenu (ou pas) avec le temps, vu que même les politiciens qui l’ont voté ne le connaissant pas. Ce qui ne les empêchent pas d’avoir un avis vu que si c’est du libre-échange c’est toujours bon pour certains. Meme si au final le libre échange est relatif puisque les consortium et cartels se voient renforcés. Les européens apprécieront la saillie drolatique.

Ces derniers jours, la torpeur des débuts a laissé place aux cernes, aux doubles doses de café et aux comportements bizarres.   On se croirait dans les épisodes spéciaux pleines lunes d’Urgence, ou ceux où le docteur Housse tripe sous kétamine.

Les gens qui travaillent 90 heures dans la semaine peuvent devenir …fantasques. Mon superviseur par exemple, un Canadien qui ressemble à la version coréenne de Michel Blanc. Je le suppose de dormir dans un coin, et de rentrer chez lui se doucher une heure.

Les milliers de stickers sur des dossiers, les piles de kits électoraux, les cartons jusqu’au plafond et les coupures digitales vicieuses à force de compter des pages et des pages de liasses de documents touchent à leur fin.

Demain, c’est le D-day, le jour des élections

[à suivre…]

Deuxième tour de manége

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Je ne dors jamais les veilles. Avant l’examen, l’entretien d’embauche, les vacances, le vol en avion, l’atterrissage. Je reste là comme figé, sur le dos à regarder le plafond. Ou le « bouclez la ceinture » du plafonnier de l’A320.

Et je mouline, je rumine, je ressasse. J’espère, je désespère.. J’égrène les heures comme un chapelet en tournant régulièrement dans mon lit comme un vacancier sur la plage.

Mais moi, je bronze aux rayons de lune.

Le sommeil c’est comme la faim : qu’on vous en prive trop longtemps et le besoin disparaît.

Il faut se forcer à redormir comme on se force à remanger.

Mais peut-être que je raconte mal. Alors on va procéder par ellipses pour des questions de budget.

C’est maintenant ou jamais.

Dans moins de 10 secondes, une fenêtre aussi étroite qu’un puits gravitationnel de mission spatiale va s’ouvrir pendant à peine une minute et demie. Et une dizaine de milliers de jeunes Français essaieront de se glisser par le trou de serrure d’un serveur paresseux et surchargé. C’est la dernière chance cette année de décrocher un permis vacances-travail au Canada. Et, pour moi, il n’y aura pas de future occasion l’an prochain.

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Dans moins de 20 jours, j’ai 36 ans. Je serais alors officiellement et irrémédiablement un vieux. Et mes deux premières tentatives m’ont poussé à deux doigts de l’infarctus. La main crispée sur la souris je me faisais l’impression d’être Yves Montand plongeant vers la mort dans le salaire de la peur[1]. Bref, c’est ma dernière vie, il n’y aura pas de continu[2] et il n’y a pas de plan B.

S’il y avait eu un plan B j’aurais pu au moins m’interroger sur le bien-fondé de ma démarche. Mais je suis aussi peu disposé à la prévoyance et l’organisation, qu’à l’introspection.

Et je passe: 14e sur plusieurs dizaines de milliers. Je tremble, et gambei[3] un shot de vodka à 10h du mat pour me remettre de ces émotions fortes.

Près de 2 mois de développement administratifs poussifs passent. La file d’attente est interminable dans la voiture pourrie de G et sa climatisation surmenée. C’est une belle journée de canicule au poste-frontière. Le douanier jette un coup d’œil rapide sur mes documents et m’octroi le droit de vivre, de payer des impôts, et d’occuper dans un sous-emploi quelconque[4] au Canada. Jusqu’au 9 juillet 2017.

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Entre temps j’ai quitté mon appartement pour un nouveau dans Frontenac le temps d’un mois, sous-loué une chambre chez mon amie Coco, dans le quartier franco-bobo de Montréal. Deux déménagements à dos d’homme(s). Trop de choses à moi, trop de boulets, de chaines aux poignets.

(Si j’étais riche, je ne posséderais rien. Ou presque. Juste un vieux jean robuste, une carte bleue et un smartphone. J’irais dans les rues au hasard, à l’hôtel chaque nuit. Parfois des palaces feutrés, parfois des bouges à dortoir. Si j’étais riche, je passerais ma vie à me promener comme un bohémien, un nomade de luxe. Je dormirais dans des jardins les nuits d’été, et débarquerait dans des brunchs de palace en semant sur le velours des halls somptueux la terre sèche des chemins. Et le regard de mépris des maîtres d’hôtel deviendrait un rictus moustachu en ramassant à terre des poignées de biffs de 10 comme une strip-teaseuse après son show).

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Hélas je ne suis pas riche, et il me faut posséder des choses, faute d’avoir les moyens de m’en passer. Les livres par exemple. Ça pèse lourd un livre. Et moi je suis du genre à ramener à la maison les livres abandonnés sur le trottoir. Jetterais-je cette initiation au Feng Shui ou cette édition en anglais du Yi Chin commenté ? Ce Truman Capote à peine écorné, ou ce manuel de sociologie de deuxième année ?

Trente-cinq kilos de dilemme éthique, de livres, de tee-shirts. Qu’emporter quand la bibliothèque d’Alexandrie brûle ? Et une énorme valise de vêtements d’hivers laissés chez G(wen).

Encore un mois et arrive le passage obligé de l’insomnie du départ. Je fais mon petit briefing : C’est un autre Canada qui m’attend là-bas. A quelque centaines de miles, on parle anglais, on bouffe anglais, on baise et on meurt anglais. On est fier d’avoir une reine et on vote Harper. On n’aime pas trop les Québécois (qui le rendent bien). J’ai hâte de voir où on positionne un eurométéque francophone dans tout ça.

Je pense à tout ça dans la torpeur de mon lit. Car c’était un de ces étés étouffants où l’on patiente en sueur que l’humidex, ce salopard, daigne redescendre de ses grands chevaux.

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Le lendemain de cette deuxième nuit blanche d’affilée, j’avais la certitude dans la voiture que si j’arrêtais de parler à mes malheureux compagnons de voyage, j’allais mourir. Voilà comment en alternant entre  micro siestes de chat et longs monologue je pénétrais dans les terres Ontariennes. Seul mon conducteur Boubakar, un migrant de Guinée (la vraie guinée précise-t-il, les autres Guinées étant à ses yeux des pales imitations) se félicitant de ma logorrhée, car elle « le garde éveillé ». Tandis que sur la plage arrière un russe de Toronto essayait de draguer Marion, une touriste française du Jura qui n’arrêtait pas de dire à qui voulait l’entendre qu’elle est venue au Canada, car « c’est un pays sûr ». Et de conclure « pas comme le Maroc ou les pays comme ça». Avant de s’inquiéter « mais ils parlent vraiment-vraiment pas anglais à Toronto ? Parce que moi je parle pas anglais, j’ai fait Allemand LV1 ».

C’est donc en clignotant des yeux, avec 6 valises (une sur le dos, une à roulettes bloquées, deux sous chaque œil) que j’entrais dans Toronto. Par la petite porte, celle des artistes qui donne sur la ruelle.

(à suivre)

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[1] Si vous ne savez pas de quoi je parle ce n’est pas grave, c’est triste pour vous.

[2] Voilà, une référence plus accessible.

[3] Cul sec

[4] Manquerait plus qu’on embauche un immigrant à sa valeur pro : Les chauffeurs de taxi de Montréal ont tous un doctorat. C’est flippant.